While we’re young : Critique « il faut bien que vieillesse se passe »

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Qui est le réalisateur

Noah Baumbach est un cinéaste de crise. Crise de la vingtaine d’abord avec Kicking and screaming, son premier film. Crise d’ado, crise de la quarantaine et de la trentaine ensuite (Les Berkman se séparent, Greenberg et Frances Ha), le réalisateur New Yorkais est de retour avec un nouveau film sur la crise identitaire.

<2>Le synopsys

Le premier plan du film s’ouvre sur Cornelia (Naomi Watts) en compagnie de son mari Josh (Ben Stiller) observant quelque chose hors champ en direction du spectateur. Le contre-champ nous indique qu’il s’agit d’un tout jeune bébé allongé dans son berceau. On retrouve ensuite le plan initial, Naomi Watts se met à conter une histoire à l’enfant. L’association de ces trois plans simples semble, par effet Koulechov, indiquer au spectateur que cet enfant est celui de notre héroïne. La scène se prolonge, l’enfant ne paraît pas apprécier les comptines de Cornelia, il se met à pleurer, entre alors en scène Fletcher (Adam Horovitz, alias Ad-Rock des Beastie Boys) qui vient le calmer. Il est le père du petit, Josh et Cornelia n’ont jamais eu d’enfant, ils n’ont jamais pu en avoir apprendrons nous par la suite.

Analyse: La place du couple

Ce qui serait un terrain de départ dramatique évident pour de nombreux cinéastes ne l’est guère pour Baumbach, ce qui l’intéresse, comme dans l’ensemble de son œuvre, c’est la place qu’occupe ce couple dans la société alors qu’atour d’eux tous leurs amis, leurs contemporains sont devenus parents. Cette quête d’une place dans le vaste monde est la thématique centrale de toute la filmographie de Noah Baumbach, depuis Kicking and screaming et ses diplômés de fac mordus de peur d’entrer dans le monde réel, jusqu’au errements de Greta Gerwig dans Frances Ha. On peut cependant reconnaître au metteur en scène l’envie de changer, non pas la formule, mais quelques ingrédients clés.

Une histoire différente

Si précédemment les personnages de Baumbach étaient asociaux et souffraient communément de ce que les anglo-saxons appellent le syndrome « Man-child » que l’on traduirait à tort par « aduléscent », Watts et Stiller offrent une prestation différente. Ils sortent, ont des amis, des carrières, ils ne refusent pas le monde des adultes, au contraire. Le temps de l’ironie et de la désinvolture un peu rebelle de la génération X (dont Stiller et Baumbach constituait des fers de lance cinématographiques) est bien loin, nous avons affaire ici à de véritables quadras bobos. Toute la question est de savoir comment exister dans leur cercle social alors qu’ils sont le dernier couple sans enfants, comment exister lorsque l’on n’est pas considéré totalement adulte par ses pairs mais dont la jeunesse s’éteint ?

Arrive donc l’antithèse parfaite aux parents absorbés par leurs enfants, en la personne de Jamie et Darby, interprétés par Adam Driver et Amanda Seyfried. Ils sont jeunes, ils sont funs, ils rompent complètement avec les fréquentations habituelles du couple Watts/Stiller. Ces hiptsers typiquement New Yorkais amusent et intriguent au plus haut point, ils portent des chapeaux, fabriquent tout eux même, élèvent des poules en pleine ville, ils ne distinguent plus entre haute et pop culture (« pour eux les Goonies et Citizen Kane sont au même niveaux ») et leur appartement est rempli « de toutes les choses qu’on a jeté il y a longtemps ». La fascination de la culture du vintage de la génération actuelle intrigue Baumbach mais il ne va pas pousser l’analyse plus loin qu’une simple observation, se contentant d’un montage alterné où le vieux couple regarde Netflix et écoute de la musique sur téléphone portable tandis que les jeunes visionnent encore des VHS et jouissent d’une immense collection de vinyles.

Notre avis sur le film

Ce manque de profondeur, couplé à des observations et effets comiques assez faciles peut irriter. En effet Baumbach nous avait habitué à beaucoup plus de substance. Si le film est loin d’être déplaisant, on n’atteint jamais les meilleurs joutes acerbes de Kicking and screaming, la justesse des Berkman se séparent où la délicatesse de Frances Ha. Ici on préfère les gros gags lourdaud comme Naomi Watts qui danse le Hip-Hop. De plus il se perd dans une trame scénaristique sur la réalisation de films documentaires absolument inutile et légèrement pompeux. Le metteur en scène ratisse large et réalise son film le plus accessible au grand public, le plus ouvertement comique mais également le moins singulier. Comme ses personnages, il semblerait que Noah Baumbach se soit embourgeoisé. On obtient ainsi un film honnête, un peu ronchon et pantouflard qui plaira au plus grand nombre dans la lignée des Woody Allen de ces dernières années, mais dont on sait avec certitude que l’auteur est capable de mieux puisqu’il l’à déjà prouvé par le passé.

Ma note personnelle : 6/10