Valley Of Love : Et sous le sable se trouve l’espoir

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Projeté en compétition officielle cette année à Cannes, dixième film du réalisateur Guillaume Nicloux et retrouvailles des acteurs Isabelle Huppert et Gérard Depardieux 35 ans après leur dernier film ensemble, Valley Of Love comme un ovni dans le cinéma francophone.

Synopsys du film

Jouant leurs propres rôles, Isabelle et Gérard sont un couple séparé depuis de longues années maintenant. Leur fils, Michael, leur écrit alors une lettre. Ce dernier leur donne rendez-vous dans le désert Américain, à la vallée de la mort pour être exact. Mais leur enfant est mort, suicidé depuis 6 mois maintenant. Et pourtant, il subit le couple de venir, leur promettant que si ils viennent, il réapparaîtra.

Plongez dans l’univers de Nicloux

Dans cet univers étouffant qu’est le désert, Guillaume Nicloux nous invite dans son univers. Son univers oui, car le réalisateur ne vous laisse aucun répit. La caméra ne lâche à aucun moment les acteurs, hormis dans de longs plans d’ensemble, nous montrant ainsi ce paysage si beau, mais si hostile tant il est dur de rester de marbre sous cette chaleur croulante.

Une chaleur qui ne vous quittera jamais.

Là où la sensation d’efficacité se fait sentir dans la mise en scène, c’est précisément durant ces instants. On cuit littéralement avec les personnages, les suivant dans leur « road trip ». Des personnages sachant où ils vont, mais pas ce qu’ils vont trouver, ni même si ils vont le trouver.

Cette « course à l’espoir » est assez particulière. Au lieu de l’alimenter en péripétie, en rencontres, en désillusion, Nicloux s’attarde sur les relations entre les deux personnages. Faisant ressortir leurs vécus, leurs craintes, mais aussi leurs secrets dans ce qui deviendrait presque un « Huis clos de soleil« . Nicloux impose donc une mise en scène ultra-simpliste. De longs plans séquences, un champ /contre-champ, un plan large. Tout est dans le ressenti et c’est là que le travail de direction d’acteur se fait sentir. Qui est plus surtout dans un tel film.

Une émotion: L’espoir

Car oui si il y a bien une chose difficile à mettre à l’écran c’est celle-ci : L’espoir. L’espoir de retrouver un enfant qu’ils ont tous les deux délaissés, qu’ils avaient presque oubliés pour se focaliser sur leurs nouvelles vies respectives. Se racheter auprès de la personne qu’on aime, tel est un thème qui est plus que d’actualité de nos jours. Car oui l’être humain doute, fais des erreurs et ne s’en aperçoit très souvent que trop tard, c’est là alors qu’il faut trouver la force de pardonner, ou bien de se faire pardonner, quitte à en souffrir.

La performance des acteurs

Mais l’espoir pour être bien montré doit être bien joué et il n’y a aucun problème de ce côté-là. Du côté d’Isabelle Huppert nul besoin d’en rajouter. Le talent de l’actrice n’est plus à décrire et sa performance est réel, pleine de vie. Du côté de Gérard Depardieu le doute était encore permis. Celui que l’on surnomme ironiquement le « ventre » du cinéma français devait refaire ses preuves après ses nombreux flops au box-office, c’est chose faite.

Gérard Depardieu nous prouve une nouvelle fois pourquoi il est, a été, et restera un des plus grands acteurs français de tout le temps. Un tel rôle éponyme ne pouvait mieux lui convenir pour redorer son blason. Les erreurs, les vices de son personnage sont en réalité les siennes, et on le voit les affronter à l’écran. De plus, le voir jouer un tel scénario tout en connaissant son passé personnel (son fils ayant mis fin à ses jours), on assiste littéralement à la renaissance d’un homme qui affronte sa vie et ses erreurs, devant des milliers d’autres. Une performance cullotée, mais surtout sincère et malheureusement nécessaire.

Notre critique du film

Cependant cela ne fait pas tout. La sobriété du film et son propos en font ses avantages mais aussi ces inconvénients. Le film se veut volontairement auteuriste et du coup se ferme de lui-même à un certain type de public. Triste mais volontaire donc. Malgré cela, même les plus aguerris d’entre vous pourront regarder leurs montre tant la lenteur se veut de rigueur. Ajouter à cela cette sensation d’étouffement (du en grande partie au décor central du film), la salle de cinéma elle-même pourra devenir votre enfer.

Un film ouvert aux plus aguerris d’entre vous donc. Ne pensez pas « divertissement« , pensez au fait que vous plongez d’une l’univers d’un réalisateur, car c’est bel et bien ce que c’est. Valley Of Love est une vision, une vision propre de l’espoir. Qu’est ce donc que partir une semaine à l’aventure alors que tout semble terminer ? Peut-on se l’autoriser, si ce n’est pour le bonheur des personnes qui nous tiennent à coeur ? Ici le réalisateur nous parle, certes d’une manière très particulière, mais rien ne peut nous ôter ce message. L’espoir est une chose qui perdure au-delà des frontières du réel pour ceux qui nous sont proches. Et ici, c’est sous le sable que se trouve l’espoir.

Un film au message poignant donc, mais qui souffre d’un style trop marqué. Dommage, car l’espoir devrait être transmis à tous, sans frontières ni barrières. Guillaume Nicloux a donc voulu frapper fort, mais pas aux plus grands nombres.

Ma note personnelle : 6/10

Trouvez la bande annonce du film ici