Un homme idéal : En manque d’inspiration

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Une route de campagne du sud de la France, une automobile déboule le long du tracé sinueux dans une obscurité quasiment absolue. Notre héros, le regard lourd et troublé appuie sur l’accélérateur et se dirige droit dans un escarpement. SYMBOLISME !

Fraichement césarisé pour son rôle dans Yves Saint-Laurent, Pierre Niney de la comédie française (parce que vu comme on nous l‘écrit partout ça doit être obligatoire) endosse le rôle de Mathieu Vasseur, un aspirant romancier dont le premier manuscrit ne cesse d’être rejeté par les maisons d’éditions parisiennes.

Synopsys du film

Pour subvenir à ses besoins il travaille pour une petite entreprise de déménagement. Ce petit boulot présente deux avantages plutôt conséquents. Premièrement cela lui permet de d’apercevoir la femme de sa vie (Ana Girardot) et deuxièmement de tomber par hasard sur le vieux carnet d’un soldat français en poste durant la Guerre d’Algérie. Niney s’empresse évidemment de le plagier mot pour mot et de le faire passer pour sa propre œuvre. Toutes les maisons d’éditions se l’arrachent et Mathieu devient le jeune auteur français le plus hype de la place de Paris. Mathieu peut enfin participer aux soirées mondaines et poursuivre la femme de son cœur puisque nous le savons tous, la préférence des femmes va plutôt aux artistes célèbres qu’aux prolos de banlieue.

3 années de succès

On saute trois ans dans le temps pour découvrir Mathieu, petit polo, cheveux aux vents au volant de son cabriolet accompagné de la jolie Alice sur les routes varoises. Le couple arrive dans la magnifique villa des parents de cette dernière, l’occasion de découvrir que la belle famille est blindée. La femme idéale est donc belle, cultivée et richissime (prenez des notes). Tout semble aller dans le meilleur des mondes pour notre cher et sympathique protagoniste lorsqu’un coup de fil de son éditeur nous fait découvrir que Mathieu est en fait dans la merde. Il a reçu une avance importante pour son prochain livre mais n’a pas encore écrit le moindre mot. La banque menace de lui couper les fonds et un mystérieux corbeau qui possède beaucoup trop d’information sur son passé tente le faire chanter.

Pour son deuxième long-métrage, Yann Gozlan ressort ses classiques (Plein Soleil en tête) et réalise un pur film de genre, un thriller à la française. C’est à la fois tout à fait louable, la France est en manque d’un cinéma de genre riche et vibrant mais c’est malheureusement complètement raté. Le thriller a cette particularité d’être un genre extraordinairement casse gueule car il doit faire exister des personnages dans des situations totalement invraisemblables. Il exige la mise en place d’une ambiance oppressante, où tout et tout le monde parait dangereux. Il demande une immense qualité de mise-en scène et nombre de réalisateurs talentueux s’y sont casser les dents dessus (Friedkin, Verhoeven).

Critique et analyse

Parlons en justement de la mise-en-scène parce qu’elle est parfaitement inexistante. La lumière, le placement des acteurs, l’ambiance, la composition des cadres rien mais alors rien n’est exprimé par l’image durant les 1h40 du film. Tout passe par le (très mauvais) dialogue. Le film est tourné en scope mais à aucun moment le réalisateur ou son chef-op ne tirent parti de ce format. On se limite toujours à du champ/contre-champ ultra simpliste et la quasi totalité du film a lieu dans la villa des parents d’Alice, soit un espace plutôt réduit. Cela ne veut pas dire pour autant que le film est « mal-fait » il est même très propre mais on ne ressent jamais clairement la présence de l’auteur derrière le projet, il se contente de filmer le scénario, de mettre en image sans réellement s’impliquer ni donner de point de vue. Impossible de voir donc une raison dans le choix du 2.35 si ce n’est que « ça fait cinéma ». Idem pour le choix du lieu. La villa est magnifique certes mais a aucun moment elle ne devient cause de claustrophobie ou d’étouffement, sa seule fonction est de représenter l’ascension sociale de Mathieu passant des tours HLM aux villas de Provence mais on a surtout la vilaine impression qu’elle a du couter très cher à la production et que le mot d’ordre était de la rentabiliser au maximum.

Jeu des acteurs

Niney s’en sort pas trop mal dans l’ensemble mais Gozlan ne cesse d’appuyer les comparaisons avec un jeune Delon. Plein Soleil par ci, La Piscine par là, il croit visiblement énormément en son comédien mais malgré toutes ses qualités, Pierre Niney n’est pas Alain Delon. Il ne possède ni le charisme, ni l’aura de son ainé et de constamment y faire référence prouve une fois de plus que le réalisateur n’a strictement aucune idée de ce qu’il est en train de filmer. Justement, la sensibilité et la fragilité naturelle de Niney sont d’immenses bénéfices pour son film surtout lorsqu’il s’agit de le montrer totalement dépassé par les évènements. La pauvre Ana Girardot, quand à elle, doit composer avec absolument rien. Son personnage n’existe que pour symboliser ce que Mathieu risque de perdre, elle n’a aucune raison d’être en dehors de sa relation au protagoniste. Côté antagoniste c’est encore pire, on frôle le ridicule, aucune personnalité.

Critique finale du film « Un homme idéal »

Un manque flagrant de personnalité qui se fait ressentir dans le film tout entier. Un Homme Idéal risque de disparaître assez rapidement de la mémoire collective tant le manque d’originalité est évident. Il n’y a aucun mal à utiliser des ressorts narratifs classiques ou une imagerie familière, au contraire mais c’est la manipulation et l’exécution de ces éléments qui procurent du plaisir aux spectateurs, qui permet au cinéma de se renouveler et nous poussent a retourner chaque semaine dans nos chers salles obscures. De l’image à la musique, de la réalisation en passant par le scénario, il ne se dégage absolument rien. Le film ne peut même pas prétendre être assez mauvais pour en devenir divertissant, il est ni drôle, ni effrayant, il ne dégage rien se contentant seulement d’exister. Et le pire péché au cinéma n’est il pas de laisser indiffèrent ?

Ma note personnelle : 3/10

La bande-annonce du film ici