True Detective : Vendettas et fuites pour le final de la saison 2

8min

Un grand final

90 minutes. Le temps pour True Detective de délivrer un final qui se devait de justifier longueurs et petits détails glissés à droite et à gauche. Mais surtout, le temps de mettre un dernier coup de pied dans la fourmilière en offrant un grand final pour chaque personnage encore en vie. Exit Woodrugh donc, c’est Velcoro, Semyon (Frank et Jordan) ainsi que Bezzerides qui se jettent dans la gueule du loup, histoire d’en finir avec le corbeau et les policiers véreux.

On démarre avec la suite logique de la mort de Woodrugh et Davis lors de l’épisode précédent. Sans preuve irréfutable et sans allié, Velcoro se retrouve accusé du meurtre des deux et Bezzerides est activement recherchée par Jeff Hunt et le chef de la police de Vinci Holloway. L’envie de fuir est présente pour les deux nouveaux amoureux – qui se font une petite séance de psy post-sex, un peu lourde malheureusement – mais la solution sera plutôt de retrouver ce fameux corbeau.

Le corbeau

Et suite à une déduction logique et un peu de recherche, il se trouve que nos enquêteurs trouvent une réponse : le corbeau est Leonard, le frère de Laura/Erica, qu’on avait déjà aperçu rapidement lors de l’enquête quand Bezzerides et Velcoro étaient sur le tournage d’un film et que Erica leur a donné des documents concernant la nouvelle autoroute. Suspicion qui s’avère être la bonne, sauf que Leonard se révèle être un peu dérangé, ayant menotté sa sœur et se lançant dans une vendetta contre Holloway et Hunt, après avoir déjà tué Caspere.

Pourquoi ? Tout simplement parce que ces trois personnes sont responsables du meurtre des parents des deux enfants lors du cambriolage sur lequel enquêtait Woodrugh, qui était définitivement le plus proche de la résolution de l’enquête. Velcoro entreprend d’arriver avant l’échange que voulait effectuer le frère entre le disque dur – vierge car il s’est vidé lors des tentatives pour briser le code – et les diamants – des faux, comme le montrera Holloway à Velcoro ensuite.

Holloway: une mort devevante

Tentant d’obtenir des aveux qu’il obtient au fil de la conversation, Velcoro ne prévoit toutefois pas que la fureur de Léonard finirait par être trop importante et dans une fusillade confuse, Holloway et le jeune frère de Laura sont tués. Cette dernière est quant à elle envoyée très loin par Bezzerides. Sans possibilité de retour en arrière, Velcoro devient un ennemi public numéro 1. C’est là qu’intervient ce cher Semyon, qui propose à tout ce beau monde d’aller au Venezuela et à sa femme en premier qui part avec le bon Nails, peut-être son seul véritable ami sur toute la saison.

L’action, déjà assez importante, s’enchaîne alors assez rapidement. L’opération contre Osip Agranov et le reste de ses alliés est un succès, Velcoro et Semyon empoche le pactole et se prépare à partir sauf qu’à l’image de la saison, les deux personnages se révéleront trop gourmand. Velcoro se fait piéger par Hunt – qui porte décidément bien son nom – après avoir voulu voir une dernière fois son fils et Semyon n’avait pas prévu la réaction des Mexicains à la disparition de leur business – c’est-à-dire la boîte que Semyon a brûlé.

Les deux personnages vont mourir alors que Bezzerides part seule au Venezuela, forcée par l’amie de Velcoro et Semyon. Un peu téléphoné, ce sacrifice de Velcoro qui voit qu’il est piégé, mais cette mort des mâles de la saison est assez différente l’une de l’autre. Pour Velcoro, il s’agissait avant tout de retrouver un honneur, une sorte de foi perdue depuis un moment, qu’il trouve en défendant ce qu’il aime à raison – sa paternité est révélée à sa femme après sa mort via le test. Mais Hunt finit par le piéger définitivement et dans une scène assez intense, Velcoro finit entaché de sang et du meurtre de Davis et Woodrugh, qui est lui honoré d’une route à son nom.

Quant à Semyon, il hérite de ce qui est probablement la plus belle scène de la saison deux de True Detective. La photographie placé en hauteur légèrement décalée pour montrer cette marche interminable et impossible que doit entreprendre Frank pour retrouver sa femme alors qu’il est délaissé seul, poignardé par un des mexicains. Encore atteint dans sa fierté, Frank répond à ses hallucinations avec son orgueil, croyant s’en sortir même lorsqu’il répond à sa femme.

L’épilogue voit Bezzerides et Jordan Semyon au Venezuela, donnant les informations à un journaliste proche du Times pour disculper Velcoro et révéler les corruptions autour de la police de Vinci et dans l’état de Californie. Un final majoritairement négatif avec sa pointe d’espoir lancée par Bezzerides – qui est devenue mère de l’enfant de Velcoro. Mais aussi un final définitivement trop abrupte en comparaison aux multiples longueurs de la saison.

L’intrigue

L’intrigue est dénouée en quinze minutes et le reste de l’épisode consiste en une série de péripéties vraiment sympathiques mais qu’on ne peut s’empêcher de trouver tardive. Certes, les graines laissées par Pizzolatto dans son scénario sont assez astucieuses, mais on ne peut s’empêcher de voir le gâchis autour de certains aspects de celui-ci. Le problème majeur ayant d’abord été la différence entre la première saison et la seconde, il faut trouver une autre conclusion que cette simple différence qualitative.

Cet écart reste dans la différence entre les deux saisons mais plutôt sur le traitement que certains fans ont pu en faire. Là où on attendait une anthologie – c’est-à-dire une série avec des histoires différentes mais avec un lien entre elles, on se retrouve avec un autre genre policier, totalement sans lien avec l’histoire de la première saison. Il faut plutôt voir True Detective comme un recueil d’histoires à une échelle télévisuelle. Et forcément certaines seront plus attirantes que d’autres.

Notre avis sur la saison 2 de True Detective

Cette saison n’est pas un échec par rapport à la saison 1, mais par rapport à elle-même. La difficulté de montée de l’intrigue, les personnages bien trop lourds et parfois manquant de cohérence. True Detective n’a finalement convaincu que part ses pointes de vitesse et ses moments de grâce, un moment où on retrouvait le drame policier actif et non pas sa parodie philosophique lourde dans la conception. Tout n’est pas à jeter, globalement les acteurs ont fait le boulot, notamment Vince Vaughn et Colin Farrell qui ont joué leur personnage avec une justesse assez forte.

Il faudra regretter le traitement très maladroit des personnages de Woodrugh et Bezzerides, qui semblaient parfois de trop et nous éloignant souvent de l’intrigue – À quoi a donc finalement servi ce mouvement religieux mené par le père de Bezzerides? Très peu voire à rien du tout. On se retrouve donc avec un polar solide dans sa conclusion mais très lourd et aléatoire sur la durée. Les sentiments sont trop confus pour véritablement pouvoir apprécier la totalité de cette saison. L’unanimité de la première saison est bien loin et est remplacée par une amertume globale. La troisième saison n’est pas annoncée mais il faut se satisfaire d’un chose : ce sera l’occasion de tout reprendre à zéro pour Pizzolatto et son équipe, avec d’autres acteurs et surtout, une autre histoire.