True Detective : Les dés relancés pour la saison 2

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True Detective avait fait du bruit lors de son arrivée sur HBO en janvier 2014, associant Matthew McConaughey et Woody Harrelson dans huit épisodes concoctés avec minutie, une enquête de 17 années placées sur trois timelines différentes, sur fond d’ambiance fantastique avec cette Louisiane aux décors post-Katrina qui donnaient ce charme à la série, en plus de bien sûr, la performance sublime des deux acteurs principaux. Cette saison, les dés sont relancés, autres acteurs, autres lieux et surtout, autre crime.

Les deux premiers épisodes sont sortis et il est temps de faire un petit récapitulatif sur ce premier quart de saison et d’essayer de voir où Nic Pizzolatto, scénariste et créateur de la série, veut nous emmener. On vous le dit donc tout de suite sur le paillasson de cet article : Attention, spoilers en vue.

En tant que série dite « d’anthologie » – ce qui veut dire que le lien entre les saisons n’est que dans le thème de la série, il fallait faire table rase de cette saison conclue et repartir avec un nouveau casting. Cette fois, c’est un habitué des rôles d’action / science-fiction qui prend la tête d’affiche, c’est-à-dire Colin Farrell (Phone Game, Minority Report). Il est accompagné par celui qui a rendu tous les fans un peu perplexe, Vince Vaughn, dont les films de comédie ont un peu entâché son image d’acteur, malgré ces rôles dans Into The Wild ou dans le remake de Psycho par Gus Van Sant.

Mais la dynamique ne se repose pas sur un duo cette saison mais plus un quatuor dans lequel Taylor Kitsch et Rachel McAdams s’ajoutent à ce casting qui reprend une lignée d’acteurs pour lesquels on ne pense pas nécessairement à ce genre de rôles. Quand on voit Rachel McAdams dans The Vow par exemple, son rôle de flic endurcie et de femme très forte paraît à cent mille lieues.

Balayée mais pas oubliée, cette deuxième saison commence avec un nouveau générique, qui garde l’esthétique de la première saison mais qui passe de Far From Any Road de The Handsome Family à Leonard Cohen et son titre Nevermind. Un morceau envoûtant, mais qui paraît moins bien collé malgré tout avec ce générique, qui reste quand même loin devant ce que la majorité des shows peuvent proposer.

Mais l’important reste dans l’histoire, qui ne commence pas dans le vif du sujet comme la première saison, au contraire, l’affaire de Ben Caspere, associé de Frank Semyon (Vince Vaughn), ne commence qu’à la fin du premier épisode. On s’attarde bien plus sur Ray Velcoro, détective de Vinci, nouveau département de police en Californie (Where the fuck is Vinci? c’est le genre de dialogue qui te situe bien la ville) et accessoirement corrompue jusqu’à la moëlle. Ray est d’ailleurs en collaboration fréquente avec Frank, les deux ayant un passifs assez lourd suite au viol de la femme de Ray.

La relation entre Ray et son fils est d’ailleurs tendue, et le divorce ne se passe pas bien, puisque Ray est alcoolique et à tendance agressive et tout tourne autour de ce double jeu entre d’un côté l’aspect parental loupé à cause du train de vie déplorable de Velcoro mais aussi le fait qu’il ralentisse l’enquête du fait de son double jeu avec la police.

Il est suivi de très près par Antigone « Ani » Bezzerides (Rachel McAdams), très stricte en ce qui concerne la morale et très rude dans sa façon d’opérer dans la police. Le troisième inspecteur de l’enquête est Paul Woodrugh (Taylor Kitsch), un ancien militaire membre de la section routière et qui ne semble pas vraiment bien mentalement. Globalement, le coup de génie de cette saison est là, dans ces personnages déjà déchus, pas vraiment les plus à même de résoudre l’enquête.

C’est donc sur une introduction d’un groupe très fragile que se fait ce premier épisode, dans le but de voir se dessiner une mésentente rapide entre chacun, puisqu’ils font tous partie d’un département de police différent et ont tous des obligations différentes. Le comble étant cette question de Velcoro au maire de Vinci, demandant s’il doit résoudre l’enquête, ce à quoi celui-ci ne répond pas vraiment.

Le second épisode continue cette mise en place mais avec cette fois-ci le meurtre de Ben Caspere mis à l’étude et qui fait naître une concurrence entre les départements de police, une sorte de lutte interne où chacun veut sa part du gâteau. En attendant, on retrouve l’esprit malsain de la première saison, avec un meurtrier à tête de corbeau qui brûle les yeux de ses victimes à l’acide. Sympathique.

Mais l’enquête reste pour l’instant au second plan, ce qui s’explique réellement par tout ce qui l’entoure, les manipulations, le manque de volonté de coopérer des différents inspecteurs, font que le tout n’avance pas vraiment, même si Bezzerides veut secouer tout Vinci et que Velcoro semble en équilibre entre son envie de faire son boulot et les influences qu’il reçoit du maire et de Frank Semyon.

Ce dernier qui a lui de lourds problèmes à régler puisque Caspere lui a subtilisé de l’argent avant de mourir, faisant de lui un homme endetté et avide de retrouver son pouvoir. Pour l’instant assez discret et calme, le personnage de Vince Vaughn commence à chercher à mettre le feu aux poudres pour assurer sa place dans le business local et ses arrangements avec la ville, lui qui a décidé de lâcher les criminels locaux pour voir plus haut.

On est dans une ambiance très proche du film policier noir, avec une enquête qui s’attache autant sur les crimes que sur les enquêteurs eux-même. On pourrait comparer ça au climat qu’il y a dans le jeu L.A Noire par exemple, avec des thématiques toutefois plus actuelles – l’intrigue du jeu se déroulant dans les années 1950.

Malheureusement, malgré cette ambiance prenante – aidée par une réalisation juste et bien lourde, calculée pour laisser quelques blancs, le rythme prend un coup assez rude, c’est un peu moins fluide, plus chaotique puisque l’on se retrouve autant à gérer les informations de l’enquête que celles concernant les enquêteurs. Il n’y a que très peu de nuages de fumée autour des personnages comme pouvait en avoir Rust Cohle dans la première saison.

Le seul un peu en retrait étant Paul Woodrugh, qui a un passé militaire mais dont on ne sait pas grand chose si ce n’est qu’il en traîne un traumatisme certain, touchant ses performances avec ses compagnes. Velcoro va sûrement prendre la voie de la rédemption au fur et à mesure de la saison tandis que Bezzerides reste campée dans son rôle de flic austère, sévère avec tout ce qui lui semble en dehors de la morale – elle a une aberration pour le porno, mais semble bizarrement assez violente dans ses relations.

Le seul gros tournant de cette affaire réside dans le piège tendu à Velcoro alors que Semyon lui indique un lieu où Ben Caspere aimait emmener des filles – on découvre assez rapidement qu’il était un pervers visible. Piège, oui, car Velcoro se fait tirer dessus par un homme portant une tête de corbeau, le même qui semblait conduire la voiture où Ben Caspere était dans le premier épisode, assis mort à l’arrière sur plusieurs plans.

Cet épisode deux se termine donc sur Velcoro, apparemment abattu à bout portant par le meurtrier. Un début en dents de scie, très différent de la première saison et qu’on espère voir progresser un peu plus vite, car dans l’état de Californie, c’est un tout nouveau qui commence pour True Detective, celui de la confirmation.