The Duke of Burgundy : Papillons, Urine et Sado-Masochisme, merci pas pour moi mais tu peux bien les offrir à un autre.

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Qu’on se le dise tout de suite, The Duke of Burgundy possède le plus beau générique d’ouverture vu au cinéma cette année (à l’exception peut-être d’Inherent Vice dans un style très différent). Le ton visuel est tout de suite donné, nous voilà plongés dans le cinéma sexploitation des années soixante-dix, dans l’univers de Jess Franco, roi du nanar érotique. Mais Peter Strickland, son réalisateur, se plante totalement comme lors de son précédent film, Berberian Sound Studio, plus intéressé par la masturbation intellectuelle que par le sexe.

Synopsys

Dans une époque révolue mais jamais explicitement définit, Evelyn (Chiara D’Anna) se rend chez Cynthia (Sidse Babett Knudsen) pour réaliser divers taches ménagères. Nous déchiffrons très rapidement que la relation des deux protagonistes est plus importante que simplement employeur/employée aux vues des multiples humiliations verbales que fait subir Cynthia à cette dernière, très souriante et joyeuse de la manière dont elle est traitée. Lorsque Evelyn n’effectue pas correctement une des taches qui lui a été assignée, Cynthia s’empresse de la punir culminant dans une scène, il faut le dire, assez inattendue où la maîtresse de maison urine dans la bouche de sa servante. Strickland heureusement, ou malheureusement c’est selon, reste dans les limites du bon goût, cette scène étant suggérée par le son, la caméra restant positionnée derrière la porte de la salle de bain (et puis il paraît que c’est bon pour la peau).

Le son: un des points forts du film

Le travail sur le son, justement, persiste comme dans Berberian Sound Studio, un des gros points fort du film. Strickland est très certainement un des réalisateurs Européens actuels qui conçoit et utilise le mieux le mixage audio, le montage son, la diégèse et la musique pour créer une atmosphère riche et oppressante. Ajoutez à cela une image léchée du chef opérateur Nic Knowland ainsi qu’un montage image fabuleusement soigné et vous obtenez un film techniquement irréprochable.

Un scénario trop anachronique

Les véritables défauts du film surviennent plutôt du côté scénaristique et narratif. Strickland vénère le cinéma des années soixante-dix et ça se voit, le film est truffé de références cinéphiles, mais de ce fait il souffre d’un aspect trop « mosaïque » c’est à dire d’un mélange de différentes références ne fonctionnant pas nécessairement dans un ensemble (un peu comme un pull jacquard tricoté par sa grand-mère). Un vilain trait qui devient gênant à la réalisation que la seule scène du bordel de Belle de Jour réussit en quelques minutes ce que Duke of Burgundy tente durant une heure trois quarts. Ce qui nous amène au deuxième défaut de cette entreprise : la diversité et variété des références. En citant dans un même film Buñuel et Franco, Strickland se retrouve le cul entre deux chaises proposant une œuvre qui ne possède ni la puissance surréaliste de Buñuel, ni la folie vulgaire d’un Franco mais coincée quelque part au milieu, c’est à dire nulle part.

D’un point de vue narratif, le metteur en scène tente nous intéresser, en vain, à la vie de ses deux héroïnes. Au bout de vingt minutes nous découvrons par exemple qu’Evelyne n’est pas la femme de ménage de Cynthia mais qu’elles sont en réalité amantes s’adonnant à un jeu de rôle pervers. Une scène qui symbolise parfaitement la dualité de ressenti qu’évoque le film. Dans un premier temps, la qualité de réalisation étonne, non pas par les moyens techniques qu’elle met en œuvre, mais par la simple et jolie idée de mise en scène utilisée par Strickland pour nous révéler l’information : tandis qu’Evelyne est surprise par Cynthia en train de rêvasser en lieu et place de lui polir ses bottes, Cynthia menace de la punir si elle recommence. Trente secondes plus tard voilà qu’Evelyne, incapable de retenir l’attention de Cynthia trop occupé par autre chose, vient frapper à la fenêtre pour que elle revienne constater encore une fois son manque de discipline et satisfaire sa passion pour les sports, disons, « nautiques ». Une fois ce beau moment passé cependant, on se rend compte que cette révélation est aussi passionnante que leur collection de papillons mort (le mot du jour est lépidoptérophile) et qu’on s’en fout royalement.

Critique

Pour la majorité de sa durée le film est passablement ennuyeux, ne sortant le spectateur de sa torpeur qu’a de trop rares occasions. Notons tout de même la scène avec la charpentière qui, lors d’une conversation, propose la fabrication d’un « toilette humain » que nous ne verrons malheureusement (ou heureusement, encore une fois c’est selon) jamais, mais qui donne lieu à la phrase la plus memorable du film, qui espérons le, deviendra autant citée dans le futur que « je suis ton père » ou « I’ll be back » : « les choses se passeraient-elles mieux si je t’avais offert un toilette humain ? ».

Mais qu’un film qui tourne autant autour de l’urine et de l’humiliation corporelle puisse être aussi soporifique, timide et contenu est un réel problème. Evidemment le cinéma en tant que médium a toujours bénéficié grandement de la suggestion et du hors-champ, tout l’art d’un grand réalisateur est de savoir quoi montrer et quoi omettre mais si Peter Strickland s’impose depuis quelques années comme un metteur en scène visuel extrêmement prometteur il lui reste encore énormément à prouver en tant que scénariste.

Ma note personnelle : 5/10

Bande annonce officielle du film The Duke of Burgundy

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