Still Alice : lutter pour se souvenir

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Adapté du roman de Lisa Genova, Still Alice met en scène Julianne Moore, récemment oscarisée « Meilleure actrice » pour l’interprétation qu’elle donne d’Alice, « l’héroïne » du film. Réalisé par Richard Glatzer et Wash Westmoreland, Still Alice compte aussi dans son casting Alec Baldwin, Kate Bostworth et Kristen Stewart, que l’on retrouve une nouvelle fois (après Sils Maria) dans un très bon second rôle.

Synopsys et intrigue

Alice Howland est une linguiste renommée. Elle enseigne dans la prestigieuse université de Columbia, à New York, est la mère de trois « merveilleux » enfants – Anna, Tom et Lydia – et la compagne très amoureuse de John. Alice est une cinquantenaire épanouie… Jusqu’à ce que son neurologue découvre qu’elle est atteinte d’un Alzheimer précoce.

La technologie: un remède contre la maladie<.h3>
Alice n’est pas du genre à se laisser abattre. Elle note dans son téléphone un tas de questions/réponses pour pouvoir garder sous la main les informations les plus importantes – adresses, dates de naissance – et les plus précieuses, comme les noms de ses enfants. Son téléphone sert à lui rappeler les choses à ne pas manquer : rendez-vous, dîners… L’iPhone, ce petit bijou technologique si souvent utilisé pour passer le temps devient dans le film de Glatzer et Westmoreland un véritable outil et allié pour Alice, qui ne peut plus s’en passer… Jusqu’à ce que la maladie devienne trop avancée et qu’elle oublie son utilité. L’ordinateur a également un rôle, celui de médiateur entre la Alice consciente de son état et la Alice trop malade pour comprendre ce qui lui arrive : c’est par le biais d’une vidéo que la Alice du passé communique avec celle du futur… L’usage de la technologie, dans ce film, est à la fois très simple et très intelligent ; des objets souvent présentés par le cinéma comme dangereux ou futiles ont ici un véritable rôle.

Les liens familiaux

Un autre aspect passionnant et bien plus émouvant du film est la détérioration des liens entre les membres de la famille Howland, qui apparaît pourtant d’abord comme une famille heureuse et soudée. Si la scène du dîner, qui ouvre le film, montre déjà que tous ont une vie bien remplie et des carrières qui passent avant tout, cela se confirme au fil de l’histoire. Anna ne joue plus au scrabble avec sa mère, John n’est pas présent lors d’un discours très émouvant qu’Alice fait à une conférence sur la maladie d’Alzheimer et l’abandonne pour un poste dans le Minnesota… et c’est finalement Lydia, qui n’était pas au dîner d’anniversaire de sa mère parce qu’elle passait un casting, qui va s’installer avec elle pour s’en occuper. Les rôles s’inversent, tout comme le passage du temps. Alice passe du statut de femme douée et sûre d’elle-même à celui de fardeau, et plus la maladie la ronge, plus elle ressemble à une enfant. L’ironie veut que ce soit chez les plus intellectuels qu’Alzheimer se développe le plus vite, et Alice la linguiste se met à perdre ses mots, se faire pipi dessus et ne plus pouvoir faire ses lacets.

Notre avis et critique sur le film

Still Alice est un beau et bon film, un drame sans pathos teinté d’ironie, juste comme il faut. Julianne Moore interprète son rôle avec brio et émeut en toutes circonstances : quand Alice est perdue, quand Alice décide de se battre contre l’oubli, quand Alice baisse les bras et aussi quand elle est comique malgré elle, à cause de ses trous de mémoire qui la mettent dans l’embarras. Les plans qui traduisent ses moments de trouble sont réussis : le flou, l’impression de tournis créée par les mouvements de caméra et la musique font ressentir aux spectateurs l’angoisse d’Alice. Le choix de la chronologie est intéressant également : le film est une suite de « séquences de vie », entrecoupées par des « trous » de quelques jours ou plusieurs mois dont on ne peut qu’essayer de deviner le contenu. Jolie façon de provoquer la mémoire du spectateur.

Ma note personnelle : 7,5/10