Renaissances (2015) enterré dans ses cendres

9min

Le retour de Tarsem Singh

Et c’est Tarsem Singh qui a voulu signer sa « Renaissance » mercredi 29 juillet, trois ans après son « Blanche-Neige » qui avait récolté près de 160 Millions de Dollars à travers le monde… Un retour à la simplicité, si l’on puit dire, avec un film au budget relativement réduit (seulement 26 Millions de Dollars) mais un thème sympathique, celui du transfert de l’esprit d’un corps à un autre, et un casting plutôt cool : Ryan Reynolds, Matthew Goode, Natalie Martinez, et bien sûr, Monsieur Ben Kingsley. Est-ce qu’on a aimé ? Il faudra passer sur le corps de cet article pour le savoir !

Le scénario

Pour ce scénario co-signé par David et Alex Pastor, les bases de l’histoire sont simples : Damian Hale, magnat richissime de l’immobilier américain, souffre d’un cancer métastasé, et n’a plus que quelques mois à vivre. Une mystérieuse carte lui parvient cependant, comportant une simple phrase : « ils peuvent vous aider ». Ce « ils », c’est en fait un groupe médical expérimental et secret dirigé par le mystérieux Albright qui, reprenant les travaux scientifiques d’un certain Dr Jensen, a découvert comment faire « migrer » l’esprit et la conscience de certains clients fortunés vers un corps de substitut, quand leur heure est venue. Secoué par une crise qui ne laisse plus de doute quant à l’imminence de sa propre fin, Damian choisit de faire confiance à Albright afin qu’il assure le transfert de son esprit dans sa nouvelle enveloppe corporelle… Jusqu’à ce qu’il découvre, quelques temps après sa mue, d’où provient son nouveau corps.

Les thèmes abordés dans le film

Plusieurs thèmes ici, celui de la peur de la mort, de la volonté d’immortalité, de la toute-puissance de la science, qui se mêlent souvent pour accoucher d’œuvres plus ou moins originales et achevée. Ici, malheureusement, c’est loin d’être le cas, et ce pour deux raisons majeures : tout d’abord, le personnage de Damian est bien trop peu crédible. De vieux lion mourant mais toujours orgueilleux et impitoyable avec ses adversaires (comme nous le présente la séquence d’introduction du film), il se transforme après sa mue en sportif sexy au grand cœur, soudainement bien plus pressé de découvrir d’où son corps provient (et étonnamment scandalisé quand il le découvre) que de profiter de sa renaissance pour conquérir le monde une seconde fois. Troublant d’irréalisme, comme si le transfert de son esprit avait en même temps modifié sa personnalité (ce qui est illogique selon le film, et montré comme tel à plusieurs reprise). Ensuite, alors que Damian commence à mettre joyeusement le bazar dans les plans d’Albright en fouinant pour découvrir d’où son corps provient, et ce que cela cache, on découvre que… Heu… Et bien rien, en fait. Il n’y a pas de seconde intrigue, plus poussée, qui expliquerait une telle révolte de la part du personnage principal, qui s’excite simplement parce qu’on ne lui a pas tout dit sur la provenance de son nouveau corps (illogique également, Albright avait toutes les raisons de le lui dire, quand on y réfléchit), soit pour rien, au lieu de se la couler douce et à vie avec son corps de trente piges (à l’instar d’un Bradley Cooper devenu accroc à sa drogue le rendant supérieurement intelligent dans le « Limitless » de Neil Burger, en 2011 – bien plus crédible !). Donc, d’emblée, quand on découvre que le fameux arbre qui cache la forêt ne cache en fait même pas de forêt, on est sacrément déçu, et on sort de la salle en hurlant des « tout ça pour rien ?! » (bien qu’heureux de ne pas devoir écrire une critique pour au-bout-du-film.fr… On imagine ainsi la détresse de l’auteur et on compati. Messages de soutien et dons divers en mp, merci.)

Notre avis

Allez, visuellement parlant, on pourrait croire que ça va malgré tout s’avérer sympa, après une bande annonce rythmée et motivante, mais finalement les séquences d’action (pour le peu qu’il y en a) sont franchement plates et très peu inventives : combats courts et déjà-vus, idem pour les courses-poursuites, les matchs de basket (oui-oui, allez savoir pourquoi), etc. Franchement décevant de ce point de vu là.

Au niveau de la mise en scène, c’est extrêmement classique, surtout pour un film de science-fiction (qui, comme vous l’aurez compris, l’est plus dans son thème que dans son traitement et sa forme), classique au point de se rapprocher davantage du thriller d’action. On tente bien sûr le petit effet bling-bling-clip-de-rap quand Damian redevient jeune et qu’il tire sur tout ce qui bouge (et pas qu’au basket), mais voilà, rien de vraiment original, c’est du vu et revu, au point que chaque rebondissement est devinable. « Ce personnage est un traître. » Oh, surprise, un traître. « Ce personnage ressemble étrangement à celui-ci. » Oh, tient, c’est le même personnage réincarné. Comme ça pendant tout le film, ce qui s’avère un peu navrant, à la longue.

Pas plus d’effort sur les effets visuels, sauf lors des « crises » de Damian, qui déforme alors vaguement un peu tout ce qu’il voit, et mélange sa vue et la « mémoire » du nouveau corps de Mark… Et c’est vraiment pas super beau en fait. Du coup, on a vraiment l’impression de s’être fait avoir par la bande-annonce qui, non seulement nous présentait un film intelligent, mais aussi visuellement prometteur ! En fait, c’est ni l’un ni l’autre.

Mais ce n’est pas tout, car après l’image, le montage est lui-aussi complètement foiré ! En effet, pendant TOUT le film, les raccords inter-séquences se chevauchent les uns les autres, chaque fin de séquence présentant ainsi quelques éléments de la suivante, puis revenant sur la fin de ladite première séquence, etc, comme un vas-et-viens répétitif, et ce absolument partout, qu’ils soient sonores ou visuels ! Sincèrement, une fois, pourquoi pas, sauf qu’ici, c’est tout le temps, donc non seulement c’est carrément chiant, mais en plus on a l’impression que Tarsem Singh ne connaît aucun autre effet de montage et/ou qu’il se fiche de nous. Par ailleurs, le reste du film est relativement mou du genou, avec des séquences de discussions inutiles à rallonges et des passages explicatifs cruellement raccourcis, voire simplement manquants, ce qui est assez, là encore, plutôt désolant.

Une bonne touche pour la fin

Allez, pour terminer on se console (un peu) avec les acteurs, corrects voire bons dans l’ensemble, malgré des personnages peu crédibles à incarner, comme on l’a dit plus haut. On se réconcilie un peu avec Ben Kingsley, qui nous faisait un peu peur depuis « Iron Man 3 » mais qui nous montre qu’il est toujours capable d’incarner un parfait salaud, tandis que Ryan Reynolds (le futur Dead Pool, on le rappelle !) reste professionnel, classique et efficace, face à un Matthew Good au jeu toujours aussi dérangeant (pas autant que dans « Stoker » de Park Chan-wook, mais pas loin). Natalie Martinez (essentiellement actrice pour la télévision, mais qu’on a pu voir dans quelques films depuis la fin des années 2000) défend pour sa part à merveille son rôle de femme rongée par la perte de son mari et totalement déboussolée par son retour. Probablement la meilleure performance du film !

La note

Une déception certaine, en définitive, pour l’un des rares films de science-fiction de cet été, qui s’avère plombé par un scénario trop simplet, des personnages incohérents, et un montage incommodant et rébarbatif… Et un bien mauvais choix de réalisation pour Tarsem Singh qui, espérons-le, saura revenir à son génie de début de carrière !

Ma note personnelle : 3/10

Vous pouvez retrouver la bande annonce sur le site youtube.fr : https://www.youtube.com/watch?v=GxzzH4m_Da4