Pourquoi j’ai pas mangé mon père : Cocorico ?

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Jamel Debbouze a fait son grand retour à l’écran, avec « Pourquoi j’ai pas mangé mon père », l’adaptation du roman anglais What We Did to Father, signé Roy Lewis (1960), un film d’animation en images de synthèse qui nous raconte l’histoire d’un jeune homme préhistorique un peu trop malin pour être accepté, mais qui va tout de même réussir à faire évoluer sa tribu au fil de ses découvertes… Un film entièrement tourné en MoCap (capture de mouvements), une première en France et en Europe ! Cocorico ? Lisez la suite !

On attaque directement

Il y avait un moment qu’on entendait plus trop parler de lui. Et pour cause, Jamel Debbouze, l’un des humoristes les plus appréciés des Français préparait son premier film, « Pourquoi j’ai pas mangé mon père », sorti cette semaine après pas moins de sept ans de production ! Une aventure non sans mal pour le comédien qui ne devait pas le réaliser, mais « juste » poser sa voix … Il est cependant rapidement embauché pour s’occuper des dialogues puis pour rejoindre une équipe de scénariste pédalant un peu dans la semoule. Enfin, aucun réalisateur ne souhaitant s’engager sur un projet si colossal (23 Millions d’Euros de budget annoncés ici et là, mais on parle de près de 40 Millions avec les frais de distribution…), il prend le risque de diriger lui-même le long-métrage qu’il porte somme toutes depuis le début, et dont il connaît l’histoire mieux que personne…

Analyse et Critique

Un petit conte très « humaniste » au final, adjectif qui revient souvent quand les gens souhaitent parler du travail de l’acteur, et pour cause : « Pourquoi j’ai pas mangé mon père » raconte l’histoire haute en couleur et dynamique d’Edouard (Jamel lui-même), premier né du roi des Simiens, mais souffrant d’une malformation physique le rendant malingre et faible. Son père le rejette immédiatement, lui préférant son jumeau à la constitution bien plus solide, et le fait mettre à mort par son conseiller… Mais celui-ci accomplira fort mal sa basse besogne, tant et si bien qu’Edouard, une vingtaine d’année plus tard, est toujours là, reclu dans « le quartier Nord » de l’arbre avec Ian (Arié Elmaleh), un singe retardé mais attachant. Edouard, qui a su compenser son manque de force par une intelligence supérieure à la moyenne, tentera d’enseigner ses quelques découvertes à son peuple, et d’améliorer leurs conditions de vie… Ce qui ne lui attirera pas que des amis, puisque le changement n’est pas toujours bien accepté, évidemment.

Une histoire simplette bien sûr (qui s’éloigne beaucoup du livre original, pour n’en garder en fait, que « l’idée » principale), avec ce qu’il faut de personnages aisément cernables, d’action, de romance, de soubresauts scénaristiques attendus, de scènes de danse hip-hop, etc, okay, certes, ce n’est pas un scénario de génie, mais sincèrement, l’essentiel est là, traité avec ce qu’il faut d’humour (tout comme le fond du sujet : l’évolution de l’homme, et sa force quand il est fédéré), ni trop ni pas assez, et, chouette surprise : l’acteur ne recycle pas ses vieux sketchs, contrairement à la plupart des humoristes passant sur grand écran (Dany Boon, Franck Dubosc, Gad Elmaleh…). Bien sûr, on reconnaît son humour déjanté, émotif, dynamique, ses sauts de voix rigolos, mais les dialogues sont au service du personnage et de l’histoire, non l’inverse.

La technique, quand à elle, est au rendez-vous, mais malheureusement pas au niveau d’une animation américaine à la Pixar ou Dreamworks… Si les caméras se font virtuoses par moment (lors du générique, de la séquence de « quidditch dans les arbres », ou autre courses-poursuites, par exemple), et les mouvements admirablement capturés par la MoCap (grâce à des combinaisons couvertes de capteurs électroniques) du producteur exécutif Marc Miance (dont la légende raconte qu’il aurait refusé de devenir le numéro cinq de Pixar pour travailler sur ce film…), on regrette des rendus souvent trop peu détaillés, notamment au niveau des visages et des textures (cheveux, poils…). Cela ne gâche en rien le film, mais on mesure ainsi la différence de niveau entre les équipes d’animation de ce film et celles outre-Atlantique auxquelles nous sommes plus familiers… Sachant par ailleurs que la production a dû découper le travail, comme il est de coutumes sur l’animation à gros budget, entre plusieurs studios, notamment en Inde. Un résultat prometteur au final, mais qui peut être amélioré. Allez, sans trop en dire, on peut tout de même saluer le travail particulièrement réussi vis-à-vis de(s) Louis de Funès, à tous niveaux. Là, c’est vraiment balaise (encore que l’intention soit floue, mais bon, qu’importe, c’est l’occasion de bien rire.).

Jamel Debbouze réussit donc deux paris audacieux, celui d’un premier film grand public très correct (ce qui n’est déjà pas toujours évident, hein, bon nombres de critiques feraient bien de ne pas l’oublier), original par son contexte décalé et son humour « anachroniqsme », mais aussi celui d’avoir su porter jusqu’au bout le premier film d’animation Français et Européen en capture de mouvement complète… Ce qui n’est vraiment, vraiment, VRAIMENT pas rien, et ce dont le cinéma Français peut être fier. Alors, cocorico ? Sans non plus le hurler sur tous les toits, oui, cocorico. Les Figaro et autres Nouvel Obs haters n’ont qu’à aller se rhabiller, ce n’est certes pas le film de l’année, mais il se regarde très facilement, et vous fera une chouette sortie en famille ou en amoureux ce week end si vous avez envie de passer un bon moment sans prises de tête !

Ma note personnelle : 7/10

La bande annonce du film ici

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