Notre avis sur Vice-versa : l’aventure cérébrale

6min
vice-versa.jpg

Que se passe-t-il dans nos têtes ? La réponse de Pixar avec son dernier film d’animation est une explosion de créativité.

Synopsys

Aux commandes du cerveau de la petite Riley, 11 ans, se trouve Joie, Colère, Tristesse, Peur et Dégout, attachantes allégories des émotions. C’est avec un étonnant naturel que Pete Docter – qui nous avait déjà conduit de l’autre côté de la terrifiante porte du placard dans Monstre & Cie – nous fait à présent passer celle du cerveau et déambuler dans la mécanique abstraite de l’esprit d’une petite fille.

Tout commence dans le Minnesota, ou Riley mène une vie joyeuse partagée entre sa famille, sa meilleure amie, le hockey sur glace et son inébranlable énergie pour les bêtises. Mais voilà que son père est muté à San Francisco, et tout son univers intérieur en est déboussolé. Sa nouvelle vie est très différente d’avant et puis surtout concomitante à une drôle de période de transition entre l’enfance et l’âge adulte. Espèce de raz-de-marée émotif, interminable spleen que nourrissent d’innombrables cris du cœur, l’adolescence n’est pas de tout repos ! Sans compter que Joie et tristesse ont disparu du quartier général et sont perdues dans un bien étrange univers…

Comment la snob Dégoût, le grincheux et sanguin Colère et le drôle de névrosé qu’est Peur vont-ils réussir à préserver l’harmonie intérieure de Riley ?

Combien d’épreuves devront traversées Joie et Tristesse avant de les retrouver ?

La profondeur du film

Du quartier général à l’allure d’un star wars des seventies aux endroits les plus mystérieux de l’esprit de Riley, les 5 héros vont vivre une crise adolescente de l’intérieur. L’île des bêtises est la première à disparaitre tandis que celle de la famille s’ébranle déjà…

Critique

D’abord, saluons le concept. Dans la lignée d’Il était une fois…la vie mais en plus marrant et coloré, Vive-Versa nous entraine dans les méandres d’un monde qu’il a fallu tout entier imaginer. Il y a les souvenirs, ces sphères précieuses entassées dans un infini et silencieux dédale que troublent seulement de petits êtres habilités à trier la mémoire. Et on se surprend à leur en vouloir de jeter à l’Oubli certaines de ces sphères : pour une fois qu’on peut accuser quelqu’un d’avoir laissé filer nos joyeux souvenirs au détriment de ceux qu’on voulait pourtant oublier… Ce sont ces mystères de la psychologie que Vice-Versa dévoile avec grâce et poésie. Le vertige que provoque cette escapade dans la fabrique des rêves, le monde du sommeil paradoxal ou celui de l’imaginaire se produit sans aucun doute par la force des allégories. Toutes nos représentations sont mises en images et en couleurs : un challenge risqué. Mais ce délicat récit de la mélancolie adolescente évite le piège des lieux communs et est frappant de cohérence.

Bref, le génie de Pixar est de retour.

Le récit est bien double : d’un côté on a affaire aux déboires de Riley dans sa nouvelle vie, de l’autre on suit les mésaventures de ses émotions. Comparés à notre imagination excitée dès qu’on se trouve « à l’intérieur » de Riley, ces déboires dans la « vraie » vie peuvent sembler un peu fades. On préfère au mauvais et somme toute assez banal premier jour de classe la terrible aventure de Tristesse et Joie dans la zone de la pensée abstraite : un délire graphique qui les réduit en 2D puis en simples traits ! On peut donc reprocher au récit de la vie de Riley une tendance un peu niaisouille que la banalité du thème de la crise adolescente renforce. Ce qui plait, c’est bien de voir comment ça se passe dedans ! Notons toutefois que c’est bien la petite Riley qui nous livre LA séquence émotion du film…

La version française peut se vanter de son casting jeune et talentueux. D’abord on trouve Charlotte Lebon qui prête sa voix à Joie, voix un tantinet agaçante à force d’enthousiasme (bon en même temps une Joie pas enthousiaste… mais quand même). Celle de Marilou Berry, a contrario, grave et mélancolique est ravissante…de Tristesse ! Et puis on a Pierre Niney qui fait Peur, Mélanie Laurent Dégoût et Gilles Lelouche Colère. (C’est plutôt amusant d’accolés ces noms à des émotions, non ?).

Vice-Versa a été présenté hors compétition à Cannes et comptait parmi ces films qu’on attendait avec impatience. Pete Docter avait ravi le public et placé la barre haut avec l’émotif et lyrique Là-haut, si bien que l’ambition du projet Vice-Versa aurait pu en rebuter certains. Il a fallu être fin pour rendre avec justesse et humour l’univers décalé et surprenant de la psyché d’une enfant. Mais le pari a payé : 91 millions raflé en 3 jours, le film décroche le record du plus gros démarrage pour un Pixar qui ne soit ni une suite, ni une adaptation, devant Les Indestructibles (70,4 millions).

Au rendez-vous donc, la magie du studio de la firme à la lampe, un spectacle expérimental inédit tant du point de vue visuel que narratif. Des idées et des surprises en cascade, en somme. Car Pete Docter ouvre grand les portes de l’imagination : la construction des rêves est comme un studio de cinéma, le monde des pensées abstraites une invitation au surréalisme. De l’art animé ! Un reproche peut-être in fine : la lenteur du deuxième tiers avant le tournant décisif final. Tournant décisif qui conduit à une morale complexe sur l’importance de la tristesse et la mélancolie pour se construire. Pixar ne laisse donc rien au hasard, à notre grande satisfaction.

Ma note personnelle : 7/10