Nebraska : Midwest, vieillesse et cause perdue

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« Nebraska » est le sixième long métrage réalisé par Alexander Payne, de son vrai nom Alexandros Papadopoulos. Cet américain, grec d’origine, est lui même intimement lié au « cornhusker state » (« l’Etat du brou de maïs ») puisque qu’il y est né, en 1961.

« Nebraska » est le sixième long métrage réalisé par Alexander Payne, de son vrai nom Alexandros Papadopoulos. Cet américain, grec d’origine, est lui même intimement lié au « cornhusker state » (« l’Etat du brou de maïs ») puisque qu’il y est né, en 1961.

 

Synopsys

« Nebraska« , c’est l’histoire d’un road-trip entre un vieil homme, Woody Grant (Bruce Dern) et son fils David Grant (Will Forte). Le vieil homme, sur le chemin de la sénilité, est persuadé d’avoir gagné le gros lot à une loterie douteuse, grâce à un prospectus lui étant personnellement adressé et envoyé par courrier. Le retraité, qui habite dans le Montana, doit se rendre à Lincoln, Nebraska, mille cinq cent kilomètres plus à l’Ouest, pour toucher cet hypothétique gain. Son fils, impuissant face à l’obstination bête et têtue de son père, se résilie à l’accompagner en voiture. Commence alors un voyage dans ce que beaucoup surnomment « l’Amérique profonde« .

« Nebraska » est un film au « petit » budget puisque Alexander Payne à bénéficié de douze millions de dollars pour réaliser cette oeuvre, en noir et blanc, empreinte d’humour et de mélancolie. Le film fût d’abord projeté au soixante-sixième festival de Cannes en mai 2013, avant de sortir aux Etats-Unis en novembre de la même année. Il faudra attendre cinq mois de plus afin de le voir débarquer en France, puisque le film sort aujourd’hui dans nos salles obscures.

 

 

Un film primé

« Nebraska » a fait l’objet de plusieurs nominations prestigieuses, dont, entre autres, six nominations aux Oscars 2014 (dont celle du meilleur film) ainsi que cinq nominations aux Golden Globes 2014. Mais le seul titre « important » remporté par le film, le prix d’interprétation masculine du festival de Cannes 2013, est en fait attribué à Bruce Dern, pour son rôle de Woody Grant, incarné avec beaucoup de talent. Son personnage oscille entre des absences liées à l’âge et retours rapides à la raison, motivés par l’appât du gain. Bruce Dern incarne ici une véritable girouette émotive, sans jamais tomber dans le grotesque ou l’agressivité. Woody Grant est un homme simple et attachant mais non dénué de profondeur, à l’image de ce film.

Analyse du film

Et cela à juste titre. En effet, plus qu’un simple road-movie, « Nebraska » explore plusieurs sujets d’actualité, et en premier lieu celui de la vieillesse ainsi que les problèmes qu’elle engendre. Woody Grant est un homme âgé qui n’a plus toute sa tête. Ce mécano retraité a deux fils, et une modeste bâtisse dans le Montana. Bercé par cet onirique million de dollars de récompense, il fait face au refus de sa femme Kate Grant ( June Squibb), affolée de l’accompagner si loin pour toucher son gain. Cette dernière n’est pas tendre avec lui, et les deux personnages sont tout autant aigris l’un que l’autre. Woody souffre de sa condition de vieil homme que personne n’écoute. C’est en quelque sorte un retour à l’enfance : les gens ressentent la nécéssité de l’encadrer, de le diriger. L’ancien ouvrier a perdu sa liberté et se sent prisonnier de sa propre famille qui ne le soutient plus. Quelle est la bonne méthode pour accompagner des personnes en fin de vie, parfois instables, sans pour autant les faire hospitaliser ou réduire à néant la modeste qualité de vie dont ils jouissent ? « Nebraska » soulève ces questions sensibles, qui touchent de plus en plus nos nations vieillissantes dans lesquelles les personnes âgées occupent un pourcentage toujours plus important au sein de la population. Le film traite également de l’enfance difficile de ce fils de paysans, ayant servi sont pays durant la guerre de Corée, et qui a derrière lui plusieurs dizaines d’années d’alcoolisme. On nous évoque, progressivement, au rythme d’un retour aux sources du vieillard, les raisons qui l’ont certainement conduit à l’addiction et à une démence plus ou moins précoce.

 

Son fils cadet, David, est lui aussi un pur produit de cette Amérique souvent oubliée, loin des grandes universités, loin du feu des projecteurs et des grandes mégalopoles que sont New-York, Los Angeles ou encore Chicago et touchée de plein fouet par la crise économique qui sévit depuis 2008. Rien d’étonnant dans le fait que le Montana, mais aussi le Nebraska aient des taux de suicides parmi les plus élevés des Etats-Unis. L’ennui, l’absence d’institution scolaire de qualité et le chômage, sont de véritables problèmes dans ces Etats majoritairement agricoles et comptant moins de trois habitants au kilomètre carré pour le Montana et moins de dix dans le Nebraska. David est vendeur dans un magasin d’équipement sonore, un travail qui ne le passionne guère, et il vient de se faire quitter par sa petite amie, avec qui il était depuis deux ans. Son frère, Ross Grant, incarné par Bob Odenkirk (célèbre grâce à son rôle de Saul Goodman dans la série « Breaking Bad« ) s’en sort mieux. Il travaille pour une chaîne télé locale et est en passe de devenir présentateur du JT. Il est l’exception qui confirme la règle. Mais son rôle n’est que peu développé, presque anecdotique.

Critique du film Nebraska

La bande originale du film, composée par le « Tin Hat Trio« , alterne entre country, folk et musique plus classique au piano. Elle nous accompagne avec légèreté dans ce voyage pour Lincoln, Nebraska. Légèreté, puisqu’en effet, il ne faut pas l’oublier, « Nebraska », malgré le sérieux du sujet, est une comédie-dramatique. L’humour est donc naturellement présent dans ce film qui ne donne pas le cafard, mais nous laisse plutôt contemplatif. Ce n’est pas l’explosion de rire, mais quelques dialogues et situations cocasses font mouches et permettent aux spectateurs d’apprécier plus aisément le film. Ce voyage va également rapprocher un père et son fils, qui n’avaient jamais développé de réelle relation. Les deux hommes font également un arrêt dans leur famille éloignée et en profitent aussi pour revoir d’anciens amis au vieil homme, particulièrement stéréotypés et vénaux, à l’origine d’une bonne partie de l’humour du film.

 

« Nebraska », est un film indépendant (distribué par « Paramount Vantage » spécialisé dans les films plus confidentiels, contrairement à la maison mère « Paramount Pictures ») à l’esthétique soignée, au scénario original et habilement mis en scène. On pourrait presque avoir affaire à une oeuvre des frères Coen, le grain de folie en moins. L’oeuvre fait sans doute partie de ces quelques perles confidentielles, qui, chaque année, sortent de manière plus ou moins anonyme, mais dont le visionnage ne laisse jamais indifférent, et qui n’ont rien à envier à de nombreux blockbusters parfois bien trop amers.

La bande annonce ICI

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