Mustang : un film controverse

5min
Mustang.jpg

Difficile à écrire et à produire, Mustang a mis 10 ans à voir le jour, mais l’entêtement de sa réalisatrice, la turque Deniz Gamze Ergüven, a fini par payer. Sensation du dernier Festival de Cannes le film plonge dans la Turquie rurale pour y pointer un retour à des pratiques archaiques et dangereuses.

Synopsys du film

On suit ainsi l’été de cinq soeurs sévèrement punies par leur oncle et leur grand-mère pour s’être baignées avec des garçons en rentrant de l’école.

« La noirceur porte plus d’un masque, aucun n’est aussi dangereux que le masque de la vertu. » disait Ichabod Crane dans le Sleepy Hollow de Tim Burton (1999) et sa maxime semble taillée sur mesure pour Mustang. Car c’est bien au nom d’une sacro-sainte vertu que l’on enferme cinq jeunes filles durant tout un été pour leur apprendre à être des épouses modèles (cours de cuisine et de couture au menu ! ), qu’on leur inflige l’humiliation d’obtenir un certificat de virginité pour finir par les marier de force à des hommes qu’elles ne connaissent pas et qui sont plus vieux qu’elles… Ainsi les adultes vomissent leur frustration et leur autorité sur une jeunesse enthousiaste et vivante qui n’aspire qu’à vivre libre.

Confits dans leurs traditions, engoncés dans les règles qu’ils imposent aux autres, les adultes n’ont rien de parents rassurants et aimants. Ici, l’oncle et la grand-mère qui s’occupent des filles depuis la mort de leur parents font office de geôliers pervers et calculateurs. Ils transforment la maison en prison-usine à épouses espérant marier les filles au plus vite.

Analyse

D’abord filmées en plans larges lorsqu’elles s’amusent sur la plage les filles sont ensuite enfermées dans un cadre resserré lorsqu’elles sont faite prisonnière de leur propre maison. Ergüven filme alors ces visages qui pleurent, crient, rient, rêvent… et ces mains qui frappent, cuisinent, étouffent… Mais surtout elle ne filme jamais la violence de manière frontale. Omniprésente, celle-ci s’exprime au détour d’un cours de cuisine, d’une phrase anodine, du service du café… Les gestes et mots du quotidien en sont imprégnés car tous sont mis en oeuvre pour opprimer, frustrer, dompter ces jeunes filles qui n’ont rein exigé sinon de pouvoir vivre comme elles l’entendent.

Par moment Ergüven relâche la tension, agençant entre des séquences dramatiques des moments burlesques comme lorsque les jeunes filles s’échappent pour aller au stade assister à un match de football ou encore lorsque Yasin, un jeune livreur de légumes donnent des cours de conduites à Lale, la plus jeune des soeur, qui espèrent pouvoir ainsi s’échapper de sa prison. Seulement, ces séquences n’empêchent pas ces filles d’être les martyrs d’un monde qu’elle ne comprennent pas car soumis à des valeurs qui ne sont pas les leur.

Des valeurs et des traditions qui de tout temps n’ont fait que créer frustrations, déceptions et douleurs en tout genres. Tout cela fait au nom de la religion, de la morale, enfin de la vertu… Des jeunes filles mariées de force, obligées de coucher avec des hommes qu’elles ne désirent pas et ce pour accomplir un devoir conjugale qui s’apparente au viol … Mais le cauchemar ne s’arrête pas là, cela ne fait que marquer le début d’une vie de servitude auprès d’un mari qui commande et à qui il faut obéir. Un mari qui peut par exemple exiger que sa femme soit examinée par un gynécologue durant la nuit de noce parce que celle-ci n’a pas saigné lors de leur rapport et qu’il a des doutes sur sa virginité.

La violence est ainsi partout et tranche avec l’impression et liberté et de joie qui se dégage de ces filles au début du film. Il ne leur reste que deux choix la révolte ou l’acceptation. La révolte pouvant prendre les formes les plus extrêmes et violentes.

Ergüven livre donc là un film à charge sur une certaine Turquie et faisant de la plus jeune fille des cinq le Mustang du titre, semble placer ses espoirs dans les générations à venir afin de mettre un terme à des pratiques qui n’ont jamais eu lieu d’être.

Note personnelle : 7/10.

Cliquez ici pour voir la bande annonce du film