Masaan : Sur les rives du Gange

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Le premier long métrage de Neeraj Ghaywan a reçu le prix spécial Un Certain Regard au Festival de Cannes 2015 ex æquo avec Nahid de Ida Pananandeh. Au générique on peut apercevoir à la production le nom de Anurag Kashyap, la figure de proue du cinéma indépendant indien, dont Ghaywan a été l’assistant sur ses deux derniers films.

Synopsys

« Masaan », le bûcher, renvoie aux crémations qui ont lieu jour et nuit dans les villages sur les rives du Gange. Dans un de ces villages, des personnages sont confrontés aux côtés sombres de la société indienne ; de la corruption et la violence de la police, qui poussent un jeune homme au suicide et un père à la faillite, au système des castes, qui empêche deux jeunes amoureux d’être ensemble. Les personnages vivent des drames personnels et évoluent dans cette société, tandis que leurs histoires se croisent et s’influencent.

La mise en scène

Bien que classique, la mise en scène de Neeraj Ghaywan rend très intense les séquences dramatiques de Masaan. La séquence d’ouverture frappe ainsi très fort ; Devi, une jeune femme de milieu modeste se rend dans un hôtel avec un jeune homme. Timidement, les amants commencent à s’embrasser et couchent ensemble pour la première fois. Ils sont hésitants mais tendres, et sont interrompus par des policiers, qui font irruption dans la chambre, sortent les amants du lit très violemment, avec insultes et menaces, frappant le jeune homme au bâton tandis que Devi est contrainte de dévoiler son nom face à la caméra intrusive et insultante du chef de la police.

Un rythme haletant

Le ton du film est lancé, et oscillera régulièrement entre douceur et violence. Une autre dualité, celle de la tradition et la modernité est aussi très présente, et se retrouve dans le personnage de Deepak, qui va aussi naturellement sur Facebook pour retrouver la fille qui lui plaît qu’aux fêtes religieuses, où il fume et boit avec ses amis. C’est également un étudiant qui veut être ingénieur dans une grande ville, et qui travaille aux côtés de son père au Masaan du village, symbole des rites traditionnels de leur état.

Les passages plus romantiques sont tout aussi réussis, grâce à une musique très belle, un cadrage soigné et surtout à l’interprétation de ses acteurs, tour à tour heureux et brisés, remplis d’amour puis vidés d’espoir, qui interprètent des personnages nuancés, intéressants et vivants. Ghaywan évite la caricature en ne stigmatisant pas les différentes castes. Deepak et son amoureuse, qui est d’une caste supérieure, apprennent ainsi à se connaître en lisant de la poésie et en faisant des ballades à moto, ignorant ceux qui leur rappellent que leurs conditions les empêchera d’être ensemble. Mais comme pour Devi un drame violent les sépare, comme si le bonheur leur était interdit dans une société séparatiste et violente.

Analyse du film

Ce thème de la jeunesse prise au piège et qui ne peut s’épanouir dans des endroits où conservatisme et corruption l’en empêche rappelle quelque peu Mustang de Deniz Gamze Erguven, qui était également nommé à Cannes cette année. Le besoin de liberté et surtout de libération de la jeunesse se fait de plus en plus sentir dans le cinéma mondial ces derniers temps, et lui donne par la même occasion un souffle nouveau, ainsi qu’un enjeu politique, qu’il ne saisit cependant pas forcément.

Puis arrive la liberté finale, douloureuse et endeuillée, où les personnages ont quitté les murs du village et naviguent sur l’immensité du Gange, dont l’horizon sans fin efface peu à peu tous les chagrins passés.

Masaan est donc très bien construit et filmé. On y retrouve les thèmes les plus courants du cinéma indien, la famille, la tradition, le mariage, les castes, quee cinéma indépendant permet d’aborder de manière moins formatée que dans les grandes productions populaires de Bollywood. Les thèmes plus tabous du sexe, de l’argent, de la corruption et de la pauvreté constituent plus une toile de fond qu’un positionnement radical de la part du cinéaste, ce qui n’empêche pas d’apprécier le film et ses rebondissements intenses et dramatiques.

Ma note personnelle : 8/10