Love and Mercy : rien de plus qu’un biopic ?

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Producteur confirmé de Brokeback Mountain, Tree Of Life, Twelve Years A Slave et tant d’autres excellents films, Bill Polhad réalise avec Love and Mercy son premier long-métrage. Loin du feel good movie gorgé de soleil californien, il y brosse le portrait d’un homme torturé, possédé par son génie : le leader des Beach Boys, Brian Wilson.

Synopsys

Dans les années 60, les Beach Boys sont au sommet et Brian Wilson connait sa période de création la plus riche en accouchant notamment de l’album Pet Sounds mais c’est aussi l’époque durant laquelle il sombre peu à peu pour finir par ne même plus sortir de son lit. Dans les années 80 il est un homme ravagé par ce passé tumultueux et prisonnier d’une camisole chimique administrée par un psychiatre manipulateur.

Un véritable voyage dans les années 60

Une belle image vieillie oscillant entre des tons jaunes et oranges, une reconstitution minutieuse des années 60, une bande son de rêve et la détresse en plein soleil. Portée par un Paul Dano tout simplement possédé (comme à son habitude) la partie sur les années 60 du film montre bien toute la complexité de la vie d’un génie que l’on ne comprenait pas, qui avait toujours un temps d’avance sur tout le monde et ne pouvait vivre que pour la musique qui jaillissait littéralement de son esprit. Loin des plages et des surfeurs Polhad montre comment Wilson travaillait, enfermé toute la journée dans un studio d’enregistrement. Acharné, perfectionniste, génial. Cela tout en instillant subtilement l’atmosphère violente dans laquelle Wilson vivait.

Analyse du film

Entre un père tyrannique, insensible et cruel, des frères qui le voient sombrer sans tenter de l’aider ou de le comprendre et un cousin qui ne cherche que le profit financier et la notoriété Wilson étouffe. Entre deux enregistrements, Pohlad montre combien le quotidien lui fait mal et comment il se coupe peu à peu du monde pour ne plus vivre que dans sa tête, là où sa musique nait.

Image plus froide, espaces vides, et toujours la même détresse. C’est John Cusack qui interprète Brian Wilson dans les années 80. Il travaille finement son personnage : démarche, tics nerveux, violence, mais aussi ce regard fuyant et implorant, ces silences et ces réactions enfantines… Cusack est tout simplement extraordinaire. L’idée de Pohlad d’employer deux acteurs pour jouer le même personnage et non pas de vieillir l’un de vingt ans est excellente et fonctionne à merveille. Comme celle d’entremêler les deux parties du film qui se répondent l’une l’autre comme deux mélodies. Le père a été remplacé par un psychiatre tout aussi cruel et Wilson est toujours prisonnier d’un présent qu’il abhorre. Pohlad va mettre en scène sa délivrance avec beaucoup de tact et de subtilité, sans forcer le trait. Melinda, brillament interprétée par Elizabeth Banks, va ainsi peu à peu tirer Brian de ses ténèbres et le ramener à la vie.

Un film presque parfait

Seulement il manque quelque chose à ce film. C’est ce qui nous fait nous interroger : n’est-ce pas juste un biopic de plus ? A une époque où ces films foisonnent, pour le meilleur et pour le pire, on est bien en droit de se poser la question. Ce qui distingue très souvent un biopic réussi d’un excellent film c’est la capacité du réalisateur à créer une oeuvre d’art en se servant de la vie d’un artiste lui renvoyant en écho sa propre mélodie. C’est ce qu’a particulièrement bien réussi Bertrand Bonello avec son Saint Laurent et c’est ce qu’il manque à ce film. Bien construit et brillamment interprété, il lui manque ce supplément d’âme que seul le réalisateur peut lui apporter et c’est ce qui l’empêche de s’élever complètement et de transcender le genre qu’il emprunte.

Pohlad nous livre donc un vibrant hommage à un véritable génie qui a illuminé l’histoire de la musique et en particulier de la Pop. Un bon film qui pâtit d’être coincé dans la forme du biopic mais qui arrive tout de même à nous faire entendre sa plainte languissante : « La solitude dans le soleil, voilà la véritable tragédie. »

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