Lou ! Journal intime : Bordélique mais coloré

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D’abord projeté au Festival du film francophone d’Angoulême 2014, et sorti en ocotbre 2014, « Lou ! Journal infime » est le premier film de l’auteur Julien Neel, qui adapte ici sa propre bande dessinée à succès « Lou ! » pour une comédie touchante qui reprend l’histoire des quatre premiers tomes. Et contrairement à de nombreuses adaptations de bd, Julien Neel, malgré une inexpérience très palpable, apporte sa petite pierre à l’édifice du cinéma français, dans le bon sens.

Synopsys

« Lou ! Journal infime », c’est l’histoire d’une gamine blonde (Lola Lasseron) qui vit seule avec sa mère craquante et un peu à l’ouest (Ludivine Sagnier), dans un appart’ de fille complètement bordélique, mais à la vivacité sans pareille. Ses deux petits bouts de femme mènent une vive oisive et paisible, mangent des pizzas (beaucoup), et font des vides greniers (pour encombrer encore plus leur maison de vieux trucs). La passion de Lola, c’est son voisin Tristan, qu’elle observe en secret depuis des années, sans jamais osé l’aborder. La passion de sa mère, c’est son boulot qui paye pas bien les factures (« Y a de moins en moins de gens qui parlent le Moldave, alors bon… »), son roman de SF, et son nouveau voisin de palier, « Richard à la peau de mouton » (Kyan Khojandi). On rajoute à ça les copines de Lou, les amis de maman, les copains de Tristan, les amis de Richard, on met le tout au mixeur avec une bonne grosse dose d’arc-en-ciel, de barbe à papa et de paillettes, et on obtient un joli conte moderne et un peu décalé avec plusieurs histoires d’amour qui se croisent et ne se ressemble (vraiment) pas.

Critique

« Lou ! » nous entraîne, par sa voix off, dans le drôle de quotidien de tous ces personnages loufoques. Ou plutôt tente de le faire, car certains choix techniques (malheureusement volontaires) lui mettent clairement des bâtons dans les roues. D’abord, on a cette voix off. Plutôt logique puisque le titre nous présente le film comme un « Journal Intime », elle est malgré tout dérangeante pour plusieurs points : premièrement, elle est extrêmement présente, parfois même sans grande raison, quand nos yeux nous suffiraient à comprendre. Ensuite, trop forte, trop fausse. Nous savons qu’il s’agit d’une narratrice et de son journal intime, pourquoi nous le répéter aussi violemment ? Enfin, le changement de narration, à plusieurs moments, avec la mère (Emma) qui prend la place de sa fille pour raconter l’histoire. Le titre du film n’est plus, dès lors, complètement approprié, si ce journal intime n’est plus celui de Lou uniquement. Sans être complètement choquant (la mère prend la parole pour raconter le livre qu’elle en train d’écrire, le plus souvent), on trouve ça un peu maladroit.

Par ailleurs, et pendant que nous parlons de la voix, celles des personnages (tous, mais surtout les enfants – 75% des acteurs), à priori intégralement réenregistrée au mixage (on le voit), sont bien trop froides, plaquées sur l’image de manière artificielle, sans aucun relief… On a bien conscience qu’il s’agit là d’un procédé utilisé pour nous faire toujours ressentir la présence du journal intime entre nous, spectateurs, et Lou elle-même, mais… On en parvient parfois à se demander si l’on entend la voix off de Lou ou celle de son personnage à l’écran ! C’est très dommageable au film, et à l’insertion du spectateur dans une intrigue souvent prenante.

Pour rester dans les dialogues, et quand bien même on se souvient qu’il s’agit de dialogue oraux (la réalité de Lou) retranscris à l’écris (le journal de Lou) puis adaptés à l’oral (le film de Lou), ils sonnent extrêmement faux, de par leur incroyable maturité. Ais-je bien entendu Lou, environ 12 ans, prononcer réellement le mot « mitoyen » pour parler de l’appartement de leur voisin Richard ? Malheureusement, même en ayant conscience du style de narration volontairement décalé, l’impact des dialogues est beaucoup trop brutal, et instaure dès les premières phrases du film un manque de crédibilité très mignon, mais qui, encore une fois, nous fait plus nous attarder sur lui que sur l’histoire elle-même…

Les points positifs

Pour terminer sur les points négatifs, le rythme de la narration, « chapitrée » sans que cela ne soit visible à l’écran, reste malgré tout assez artificiel, et perd en régularité, en spontanéité. Cela nous sort encore un peu plus de l’ambiance du film, de temps à autre.

Toutefois, « Lou ! » n’est pas dénué de qualités, loin s’en faut, et il suffit de visionner la bande annonce pour s’en rendre compte. Jouissant d’une mise en scène très poussée, on sent que Julien Neel, à défaut de maîtriser parfaitement certaines techniques audiovisuelles, cerne parfaitement son sujet et ses personnages (normal, il en est l’auteur bd, me direz-vous). Point de caricatures de sa propre histoire donc, et on ressent un vrai plaisir à passer de ses planches de dessin à la pellicule, avec, notamment, une direction d’acteur libre et très créative !

Notre trio d’acteurs principaux s’en donne donc à cœur joie, méconnaissables derrière les costumes d’Olivier Bériot, et semble eux aussi prendre un pied fabuleux, bientôt rejoints par Nathalie Baye, la grand-mère de Lou, autoritaire et tyrannique, et doté d’un caractère aux antipodes de ceux de sa descendance… Du très bon niveau, décalé et joyeusement décomplexé.

Comment terminer cette critique sans parler, bien sûr, de l’image de Pierre Milon et des décors de Matthieu Beutter, qui, combinés, illuminent chaque plan du film, du plus simple au plus complexe, par une recherche et une créativité aussi spontanées que fabuleuses. La mise en lumière des lieux et des personnages n’est pas sans nous rappeler Gondry et son « Ecume des Jours » (en moins triste), ou même certains plans burtoniens (en moins, heu… mort). Un grand travail d’artiste auquel il est impossible de ne pas tirer notre chapeau…

Reste un point flou : la visée. Il s’agit d’un journal intime, donc en théorie écrit (ici, réalisé) pour soi. Le défi étant, du coup, de le montrer à des spectateurs. Mais lesquels ? Si « Lou ! » réussi ce pari haut la main en esquivant adroitement bon nombre d’embûches liées à la narration ciblée et en sachant traiter tous ses thèmes, il reste le soucis de savoir quel public on cherche, et ici, l’ensemble est difficilement discernable. (Beaucoup) trop adulte pour les plus jeunes (nous évoquions Gondry ou Burton un peu plus haut), il sera trop « bébé » (et intelligemment assumé comme tel) pour les plus vieux… Un film qu’il est nécessaire de regarder avec un double regard, celui de l’enfant (ou l’ado) émerveillé et celui de l’adulte bienveillant. Ce n’est pas une entreprise insurmontable (ni forcément désagréable), mais pas pour autant chose aisée pour tout le monde, et cela pourrait (peut-être) embêter les spectateurs, ne sachant pas toujours sur quel pied danser avec un tel film.

Finalement, on pourrait dire qu’il s’agit d’une très bonne adaptation d’ « un » journal intime, tout du moins d’un point de vue technique, pour avoir su respecter ses codes, même retranscris à l’écran… Peut être trop. Peut être qu’il eut fallu moins d’artifices, plus encore de concentration sur l’histoire, son rythme, ses personnages, leurs émotions. Surtout pour Lou, Emma, et leur si jolie histoire…

Ma note personnelle : 6/10

Vous pouvez retrouver la bande annonce ici