Loin de la foule déchaînée : Loin de l’originalité

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« Loin de la foule déchaînée » est le neuvième film du réalisateur danois Thomas Vinterberg (il succède à l’ovationné « La Chasse » – 2012 –, sélectionné et récompensé à de nombreuses reprises à travers le monde). Dans cette romance dramatique, adaptée du roman homonyme à succès de Thomas Hardy, publié en 1874, on retrouve Carey Muligan, Matthias Schoenaerts, Michael Sheen, ainsi que Tom Sturridge, pour un « quadrilatère amoureux » très attendu, dont les affiches prometteuses inondent métros et arrêts de bus parisiens…

Une adaptation d’un des meilleurs romans

Pour son dernier film, Thomas Vinterberg a choisi de porter à l’écran l’histoire de « Far from the Madding Crowd », de Thomas Hardy (1874). Il s’agit de la troisième adaptation de ce roman qui figure dans le classement des cinquante meilleurs romans de tous les temps, selon la BBC. Bien que les deux précédentes adaptations datent respectivement de 1915 et 1967, le réalisateur était donc attendu au tournant, avec ce long-métrage racontant les oscillations amoureuses d’une femme anglaise répondant au nom de Bathsheba Everdene (Carey Mulligan), courtisée successivement par trois hommes d’âges, de professions, et de situations sociales très différentes.

Critique du film

La réalisation

Thomas Vinterberg nous offre une réalisation fine et de qualité, collaborant pour la troisième fois avec Charlotte Bruus Christensen à la caméra. L’image est impeccable, comme pour « Submarino » (2010) et « La Chasse » (2012), avec une lumière superbement maîtrisée de bout en bout, et une colorimétrie éblouissante. Oubliez le fervent défenseur du célèbre « Dogme 95 » (qu’il créa avec son ami Lars Von Trier en 1995), le film est aux antipodes des préceptes que le réalisateur avait lui-même contribué à instaurer, tout du moins techniquement parlant. Sa période « rebelle-anti-système-hollywoodien » est bien terminée, ça, on le savait déjà, mais on tombe ici dans une précision visuelle extrêmement contrôlée, et fort jolie au demeurant. On pourrait presque s’en contenter, mais ce n’est pas tout…

Une musique soignée

La musique, signée du prolifique et très polyvalent Craig Armstrong (« L’incroyable Hulk » – 2008 –, « Gatsby le Magnifique » – 2013 –…), apporte une poésie supplémentaire aux images, par la grâce de son thème principal, doux et entraînant, et de sa composition en général, à l’intensité variable, mais jamais hors de propos, bien au contraire.

Des acteurs de haut vol

Le « carré d’acteur » du film est de son côté très bien dirigé : Carey Mulligan, tout d’abord, offre une performance largement au niveau de la qualité habituelle de son travail, nuançant son image de femme-enfant fragile par un personnage d’avantage indépendant qu’à l’ordinaire, et qui l’assume d’autant plus dans un film qui se déroule à une époque encore très peu favorable à l’indépendance féminine… Entourée de trois hommes aux caractères frontalement opposés (incarnés à l’écran par Matthias Schoenaerts, Michael Sheen, et Tom Sturridge), elle se joue d’eux parfois cruellement, parfois contre son gré, et ceux-ci n’ont plus qu’à supporter son étrange caractère (sa psychologie est explorée par le réalisateur d’une manière intéressante, mais peut-être un peu trop poussée), ce à quoi les trois acteurs les interprétant se révèlent très bons. Aucun des trois ne prend le dessus sur les autres par son jeu, tant les émotions dégagées par chacun sont différentes, mais ils se complètent au contraire d’une manière juste et cohérente. L’apparition de Juno Temple (Vue dans « Kaboom » – 2010 –, ou plus récemment dans « Horns » – 2013), quant à elle, s’avère courte mais poignante, grâce à la spontanéité de l’actrice.

Les points négatifs

Toutefois, voilà, quelque chose cloche. Le temps semble long dans la salle, beaucoup trop long, et la frustration des spectateurs face à un personnage qui joue à « je t’aime, moi non plus » pendant tout le film est quasi palpable. On apprend alors que l’adaptation est signée David Nicholls, écrivain et scénariste pour le cinéma, mais aussi (et d’avantage) pour la télévision… Et, à la réflexion, on se dit qu’effectivement, le rythme du film correspond peut être plus à celui d’une série tv romantico-dramatique (avec une approche pychologique du personnage principal fine et détaillée) qu’au rythme d’un long-métrage de deux heures (qui nous paraissent, ici, durer beaucoup plus…). Par ailleurs, le film tend aussi à se répéter plusieurs fois, les relations entre Bathsheba Everdene et ses trois courtisans n’évoluant que peu, ou très lentement, tandis que nombre de « rebondissements » sont relativement prévisibles, ce qui dessert cruellement un ensemble qui aurait dû être magnifique…

Une œuvre à la forme superbe, au final, mais au fond trop classique et trop peu « vivant » pour nous conquérir véritablement… Une petite déception, mais qui pourrait toutefois séduire les spectateurs peu critiques face à un rythme un peu trop lent et une originalité discutable…

Ma note personnelle : 5/10

Vous pouvez retrouver la bande annonce ici