Les Yeux Jaunes des Crocodiles : un film plaisant, à apprécier sans prétention

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« Les Yeux Jaunes des Crocodiles » est le troisième long-métrage réalisé par Cécile Telerman. Ses deux films précédents, « Quelque Chose à te Dire » (2008) et « Tout pour plaire » (2004), ont fait l’objet d’avis mitigés de la part des critiques. Qu’en est-il de ce nouveau film ?

C’est une adaptation du roman éponyme signé Katherine Pancol paru en 2006. Il est le premier volume d’un triptyque comprenant : «La Valse Lente des Tortues » (2008) et « Les Ecureuils de Central Park sont tristes le lundi » (2010).

Synopsys

Le film nous narre l’histoire de Joséphine (Julie Depardieu), une historienne spécialisée sur le XIIème siècle, bardée de diplômes et chercheuse au CNRS. Lorsque son mari, Antoine (Samuel Le Bihan), ex-cadre supérieur au chômage, la quitte pour l’esthéticienne du coin, Joséphine se retrouve seule avec ses deux filles dans son appartement de banlieue. Iris (Emmanuelle Béart), la sœur de Joséphine, est quant à elle l’opposé de sa sœur. Iris est belle, sûre d’elle, et fût la préférée durant toute leur enfance : elle est mariée à Philippe (Patrick Bruel), brillant avocat qui lui permet d’avoir un niveau de vie confortable sans travailler. La vie des deux sœurs va progressivement basculer lorsque Joséphine accepte d’écrire un roman pour Iris (et signé de cette dernière) afin de pouvoir payer ses dettes. Joséphine prend l’argent, Iris la gloire.

« Les Yeux Jaunes des Crocodiles » est une surprise.

Cécile Telerman signe ici une comédie dramatique légère et plaisante qui sonne juste. Julie Depardieu incarne avec talent le personnage de Joséphine : un peu gauche, victime d’un rejet maternel, c’est un personnage attachant, confronté aux difficultés de la vie quotidienne. Julie Depardieu ne fait pas dans la surenchère, son personnage est interprété avec réalisme et l’on partage rapidement les souffrances de cette femme moderne, surdiplômée qui doit sans cesse jongler entre son travail et son rôle de mère. L’actrice esquive le piège qui aurait été de tomber dans un trop plein d’émotion ou de victimisation. Du courage et de la force se dégagent de ce personnage, nous révélant un caractère profond et travaillé.

Emmanuelle Béart, qui incarne Iris, est quant à elle l’archétype de la femme vénale, fainéante et entretenue par son mari. Un personnage de nombreuses fois rencontré, tant dans la littérature que dans le cinéma. La qualité du jeu d’Emmanuelle Béart est quelque peu terne face à la performance de Julie Depardieu.

Son personnage n’apporte au final que peu d’émotion à l’œuvre. Iris, bien que centrale dans l’histoire, « sert » en fait à mettre en valeur Joséphine. Certaines de ses répliques cependant, apportent leur lot de cynisme au film, ce qui n’est pas déplaisant.

Mais l’une des véritables surprises du film est Alice Isaaz, qui joue la fille ainée de Joséphine, Hortense. Alice Isaaz est une jeune comédienne de vingt-deux ans, révélée en 2011 à la télévision dans le feuilleton « Joséphine Ange Gardien ». Elle décroche son premier rôle au cinéma en 2013 dans « La Cage Dorée » de Ruben Alves. Elle est actuellement au cinéma dans le dernier film de Kim Chapiron « La Crème de la Crème » dans lequel elle joue l’un des rôles principaux, celui de Kelly (notre critique juste-ici).

Dans « Les Yeux Jaunes des Crocodiles », Alice Isaaz incarne avec brio une jeune adolescente de quinze-ans, en pleine période de rébellion contre sa mère qu’elle juge faible et bien trop facilement manipulable –à plusieurs reprises, elle est d’ailleurs responsable de réactions dans le public tant ses répliques sont acerbes envers sa mère. On finit par aimer détester cette jeune fille qui semble être une copie miniature du rôle joué par Emmanuelle Béart.

C’est également Patrick Bruel qui signe ici une performance honorable. Bien que secondaire, « Philippe » est attachant et représente la voix de la sagesse. On assiste progressivement à une remise en question de cet homme qui occupe ses journées à faire des fusions-acquisitions d’entreprises, sans réel amour pour ce métier qui lui fait passer à côté de l’enfance de son fils. Il tient de ce fait l’un des rôles les plus profonds dans le film, qui aurait mérité d’être plus amplement exploité.

Parallèlement à l’histoire principale:

Cécile Telerman a également décidé de nous faire suivre l’aventure extraconjugale que connait Marcel (Jacques Weber) le beau-père des deux sœurs, avec sa secrétaire, Josiane, interprétée par Karole Rocher. Malheureusement cette histoire semble au final anecdotique. Cette relation n’est présente simplement pour amplifier le fait que la famille des deux sœurs vole en éclat à la suite de tant de bouleversements. Mais elle n’apporte pas grand-chose en plus, si ce n’est quelques répliques amusantes et grinçantes émanant de la mère des deux sœurs, jouée par Edith Scob. Certains personnages, comme Josiane, la secrétaire, n’interagissent jamais avec les rôles principaux de l’œuvre.

Concernant la réalisation, le film ne se distingue pas par des plans de caméras de haut-vol, la plupart sont somme toute assez classiques. Il en va de même pour la bande originale du film, qui, sans faire tâche, n’apporte que peu à l’œuvre. On peut cependant légitimement penser que le film n’a pas bénéficié d’un budget astronomique, évitant de ce fait toute extravagance de la part de la réalisatrice.

Critique

En résumé, « Les Yeux Jaunes des Crocodiles » est un film qui se regarde avec plaisir et sans trop de prétention. Le film fait la part belle aux sentiments mais n’oublie pas des notes d’humour, nécessaires pour ne pas tomber dans le drame pur et dur. On peut regretter des jeux d’acteurs qui ne sont pas tous du même niveau ainsi que le développement d’histoires parallèles anecdotiques C’est un film sur la passion en général, le pouvoir de l’argent, la rivalité entre sœurs, une sorte d’Abel et Caïn au féminin, la violence en moins.

Ma note personnelle : 7/10

La bande annonce ici