Les profs 2 : une faiblesse scénaristique très forte…

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C’est la deuxième fois que Pierre-François Martin-Laval adapte pour le cinéma Les Profs, la série de bandes-dessinées de Erroc et Pica qui racontait avec sarcasme les aventures des professeurs d’un lycée imaginaire. Le premier volet avait été un succès en salle en réunissant presque 4 millions d’entrées, et par la même occasion le titre de 7e plus gros succès au box-office de 2013. Les Profs 2 commence fort également, avec le démarrage le plus important pour un film français depuis 2008.

Synopsys

Ce second volet prend place dans un des lycées les plus brillants d’Angleterre, où les « pires profs de France »sont envoyés par les services secrets britanniques afin de redresser les résultats scolaires de la petite fille cachée de la Reine Élisabeth. Leur seule condition pour accepter le poste était d’y faire transférer Kev Adams alias Boulard leur chouchou, quadri-redoublant et éternel retardataire. A part pour le remplacement de Christian Clavier par Didier Bourdon, la bande est de nouveau réunie. Et quelle catastrophe..

Un film qui aurait pû être drôle

Le ton absurde et décalé que semble vouloir adopter le film aurait pû être très drôle; cela à déjà été le cas avec d’autres adaptations de BD, comme les premiers films de la franchise Astérix, ou encore Scott Pilgrim outre Atlantique. Mais le résultat des Profs est simplement gênant. Le niveau des dialogues et des réparties est extrêmement bas, à coups de flatulences, de surexcitations et de jeux de mots dignes de la cour de maternelle ( Ils ont sorti : »Anglosaxophone »… plusieurs fois..).

Très peu d’acteurs britanniques figurent au générique, et tous les personnages parlent français (car bien sûr, la directrice du lycée instaure l’obligation à tous les élèves et au personnel de ne parler que français). C’est une preuve assez flagrante de la persistance du film à ne pas s’ouvrir au pays qu’il à pourtant choisi d’habiter. Ce déplacement en Angleterre n’est justifié que par l’invention très bancale et superficielle d’une héritière cachée du trône. Si l’intention était seulement d’introduire la bande de profs dans un internat privé avec uniformes obligatoires, et une intrigue à base de noblesse voulant échapper à son destin, ce n’était vraiment pas la peine d’aller s’y loin, surtout pour ne pas exploiter les possibilités humoristiques que cela peut apporter (à part que les français soient comparés à des grenouilles et les anglais soient dépeints comme studieux et coincés biensûr…).

Un film parfait pour s’endormir

Cet ensemble donne lieu à un festival d’accents à couper au couteau, et une succession interminable de clichés et de situations ultra attendues. Sans aucune surprise, aucun rebondissement original et aucune finesse scénaristique, l’écriture est même parfois franchement limite; la prof de français jouée par Stefi Celma est ultra sexualisée et abêtifiée par exemple, et le prof de sport insulte ses élèves réfractaires en fonction de leur coupe de cheveux (Paris Hilton, Justin Bieber, « le gang des citrouilles » pour les roux) sauf un élève apparemment originaire du sous continent indien qu’il appelle « Bollywood ». Limite limite.

Rien à voir avec la BD

Loin de la bande dessinée qui dressait subtilement des références à l’éducation nationale, aux syndicats des professeurs etc, les enseignants écrits par Martin-Laval sont tous plus incompétents et idiots les uns que les autres. Transformés en profs médiocres et guignolesques, les personnages deviennent insipides et ridicules ; la prof de français lit du Stromae en classe, et est ensuite dépassée par les interprétations de son audience au point de lancer le récurrent « rien compris« ; le prof de sport fait jouer ses élèves au rugby avec une balle imaginaire, ou encore le prof d’histoire, resté bloqué à l’époque napoléonienne dont il est fanatique, se considère en territoire ennemi, et fait même rejouer aux jeunes « anglais » la bataille de Austerlitz.

Quant au personnage de Boulard, qui est censé être un cancre malin, « too cool for school » aux réparties acérées, l’interprétation de Kev Adams le rapproche beaucoup plus d’un gamin de primaire, gentillet mais tête à claque, qui se complait parfaitement dans ses redoublements répétitifs (triste message). Ses interactions avec les autres personnages sont assez limitées et l’alchimie qui se dégage entre lui et l’héritière est à peu près équivalente à celle d’une moule et d’un brin d’herbe.

Note du film

Le film aurait donc bien bénéficié d’une mise en scène originale, mais l’enchaînement affligeant de champ/contre-champ, les vues touristiques sur Londres avec musique tapageuse et les répétitions, font se dire que décidément rien ne rattrapera ce film mauvais. Et c’est dommage, car le public attiré par les Profs 2 paraît trop habitué à voir des films sans intelligence, qui ne fait pas honneur aux potentiels de la sienne.

Ma note personnelle : 3/10