Le Tout Nouveau Testament : Obsédés et assassins

5min

 

Un film unique

Jaco Van Dormael est un réalisateur à multi-casquettes, depuis Mr Nobody qu’il a réalisé en 2009 il a mis en scène des opéras, des pièces de théâtre, et il revient maintenant aux longs-métrages avec Le tout Nouveau Testament.

Vous l’avez lu sur les affiches et vous l’avez entendu dans toutes les salles de cinéma : « Dieu existe, et il habite à Bruxelles. «  Et c’est un vrai salaud, qui hait sa femme et qui martyrise sa fille. Son seul plaisir il le trouve en créant depuis son ordinateur les Emmerdes Universelles, qui visent directement ses jouets préférés : les humains.

Synopsys

Le film est narré par Ea, la fille de Dieu et petite sœur de J-C, qui en a assez des abus de son père et de sa méchanceté avec les gens. Elle décide de faire comme son frère avant elle, et de choisir six apôtres au hasard afin d’écrire un tout nouveau testament.  Pour rendre son père impuissant elle pirate son ordinateur et envoie à tous les humains la date de leur mort.

L’idée de confronter les gens à leur mort n’est pas nouvelle et on l’a souvent vue dans les films de science fiction, comme Time Out assez récemment (le truc avec Justin Timberlake), mais c’est toujours intéressant d’en voir des nouveaux traitements. Ici on suit quelques personnages de second plan et surtout les six apôtres de Ea dans la découverte de leur mortalité, et comment ils y réagissent.

Après La Genèse et l’Ancien Testament très drôles et sombres à Bruxelles, chaque apôtre a droit à son petit chapitre biblique, l’Évangile selon Aurélie, l’Évangile selon l’Obsédé, L’Évangile selon l’assassin etc.. Chacun raconte son enfance, sa vie malheureuse et comment sa date de décès à changé sa vie et sa relation aux autres. On peut aimer les films sur les introspections humaines et on peut détester ça, n’empêche que les histoires sont plutôt touchantes, malgré le fait que les réflexions soient assez limitées et ressemblent plutôt à un premier chapitre de Freud sur les pulsions de vie et de mort (un peu basique quoi).

Notre avis

Certaines histoires sont donc plutôt réussies, comme celle de Willy, petit garçon qui décide de devenir une fille quand il apprend la date de sa mort, ou celle de l’homme qui devient aussi libre qu’un oiseau et se retrouve à l’autre bout du monde, face à des paysages magnifiques dont il n’osait même pas rêver dans sa vie routinière et triste. Et puis quelques histoires sont plutôt bof, celle des deux femmes (coïncidence?), et surtout celle de Catherine Deneuve, qui se retrouve quand même en ménage avec un gorille (euh, pourquoi??).

La photographie de Christophe Beaucarne est très belle; il a aussi travaillé entre autre avec Bruno Podalydès et Mathieu Amalric. Les jeux de lumière sont très réussis et donnent aux comédiens des expressions très profondes, et l’image est globalement très jolie. En revanche les effets spéciaux sont plutôt moches ou alors inutiles. La musique quant à elle à un rôle très important, car elle change pour chaque personnage, après que Ea ait écouté « la musique de leur coeur », c’est un peu cucul mais les musiques sont belles et vont bien avec le côté onirique du film.

Benoit Poelvoorde n’a pas beaucoup de temps à l’écran, mais confirme que les rôles de méchants sadiques ont été crées pour lui et son petit sur-jeu si drôles. Pili Groyne dans le rôle de sa fille, le nouveau messie sonne très juste, avec son petit air mi-ange-mi-démon, qu’on a pu apercevoir déjà dans Deux jours une Nuit. Les autres comédiens sont également bons, tantôt touchants, pathétiques et parfois comiques (très peu quand même). Et une mention spéciale pour Yolande Moreau, en déesse désespérante de lenteur et de bêtise, mais qui finit par sauver l’humanité.

Pourquoi nous vous conseillons de le regarder :

Finalement la touche humoristique est essentiellement assurée par Poelvoorde et ses mimiques, le film est plutôt émouvant, un poil absurde et fantastique, mais ne va pas jusqu’au bout dans son potentiel subversif (pour un film qui récrit la bible c’est un comble). Mais on passe un bon moment malgré tout, sans que le film défie les attentes ou transcende d’originalité.

Ma note : 7/10