Le Hobbit – La Bataille des Cinq Armées : Ouf, c’est fini.

10min
Le-Hobbit.jpg

Réalisé par le Néo-Zélandais Peter Jackson, le voilà enfin, l’un des films les plus attendus de l’année, « Le Hobbit : La Bataille des Cinq Armées », à l’affiche depuis le mercredi 10 décembre 2014. Au programme, le dernier et épique épisode d’une deuxième trilogie qui devait clore l’une des plus grosses sagas de l’histoire du cinéma… Une promesse assez énorme, donc, mais comme on dit, « plus on s’élève, et plus dure est la chute ».

 

Synopsys rapide et Analyse

Retour en Terre du Milieu, donc, et plus précisément à Lacville, dont les habitants passent un sale quart d’heure sous les flammes d’un Smaug (le vilain Dragon du deuxième opus) pas très content de l’aide que les Hommes ont apporté aux Nains pour le virer de son squat’ et  lui voler sa thune. Mais l’archer Barde va très vite réduire au silence le gros lézard un peu bouillant, et demander ensuite aux nains d’honorer leur parole et de leur filer un petit lingot ou deux à se mettre sous la dent en guise de remerciement (accompagné par des Elfes qui ne sont pas là non plus par pure charité chrétienne – bien que leur distribution de salades façon resto du coeur vaille franchement le détour !). Thorin, chef des Nains, rendu fou par la disparition du joyau ultime de son trésor, l’Arkenstone, le « Cœur de la Montagne », refuse toute négociation et renvoie vertement les racketteurs, secouru par son cousin Dain, et son armée des Monts de Fer. Tous sont prêts à « rentrer dans le vif du sujet » plus joyeusement qu’un troupeau de traders le lendemain de la mort du patron de Total quand arrivent les Orques d’Azog l’Albinos, qui met tout le monde d’accord en voulant taper sur tout ce qui bouge, parce qu’il est très moche et qu’en plus il trouve pas de nana (confère aux Annexes G et H du livre). A partir de là, tout le monde se bat, les gentils gagnent, les méchants perdent, les aigles géants foutent en deux-deux une raclée à une armée de trouzemille vilains, les mecs qui étaient cools au début et un peu moins cools ensuite redeviennent cools, etc. Et notre héros Bilbon, quasi inutile durant tout le film (c’est censé être le personnage principal, hein), rentre chez lui en mode BG.

Critique

Alors c’est drôle parce qu’écrit comme ça, ça paraît assez fidèle au bouquin, alors qu’en fait pas du tout. Et pourquoi ? PARCE QUE LA MOITIE DU FILM EST UNE SEULE ET MEME BATAILLE ! Je ne plaisante pas, sortez votre montre quand ça commence à défourailler sérieusement, notez l’heure, et regardez la de nouveau à la fin. Vous verrez. Alors bien sûr, on s’est tous fait cette réflexion un peu simplette, au début des années 2000, les yeux plein d’étoiles : « Dis donc, t’as vu les batailles dans Le Seigneur Des Anneaux 1/2/3, elles déchirent trop hein ? T’imagines, ils pourraient faire un film uniquement sur les combats, franchement j’adorerais ! » Oui, mais non, LA PREUVE. La preuve qu’une seule bataille ne peut PAS être la base d’un film de l’univers de Tolkien qui cherche à se respecter un minimum, sous peine de se transformer en « Conan le Barbare labellisé 2011 ». La preuve que Jackson-l’Auto-Troll a vendu son âme pour sortir une deuxième trilogie bas-de-gamme qui sonne comme une parodie de son propre boulot, avec ses trois films pour adapter un seul pauvre bouquin de 250 pages ! La preuve que Tolkien avait sûrement un poil raison quand il a choisi de faire très peu de descriptions de batailles dans ses livres, et de se concentrer sur une intrigue plus vaste ! (Rappelons que chez lui, la Bataille des Cinq Armées est « résumée » oralement à Bilbon, vrai personnage principal, par un homme du lac car notre glorieux Hobbit s’est fait assommer au début de la baston par un caillou ! Bon, donc avec Jackson, on fait UN FILM ENTIER sur une dizaine de pages, en gros. SEEMS LEGIT. .

Un film Ennuyeux ?

BREF (façon de parler !), on a donc là le film le plus long/ennuyant de la saga, alors que, paradoxalement, il est le plus court dans sa durée : 2h24 ! C’est dire ! A partir de la mort de Smaug, qui clôt une intro somme toute assez correcte, tout est lent, pesant : les personnages n’ont quasiment aucune évolution psychologique (sauf une, mais qui a l’air de se dérouler sous psychotropes dorés) ; les négociations entre Thorin et n’importe quel personnage qui tente de le raisonner sont toutes les mêmes (toutes les mêmes, et y en a marre) ; la relation triangulaire Kili-Tauriel-Legolas est encore plus niaise que dans le second film (et POURQUOI est-ce qu’on parle de la mère de Légo ? On s’en fiche !), les séquences d’action à rallonge sont pompées sur celles du Seigneur Des Anneaux, avec l’arrivée des Aigles et de Beorn quasiment copiée/collée du « Retour du Roi » (ok, d’un autre côté, là, pour le coup, c’était de l’invention totale, et du pompage dans le sens inverse, mais bon, c’est pas une raison), sauf qu’en plus c’est moins bon et on ne voit presque rien… (Si comme moi, vous êtes un fan invétéré de Beorn et que vous rêviez depuis une décennie et demie de le contempler massacrer Bolg et sa garde personnelle, et remporter presque tout seul la bataille, ET BAH TANT PIS POUR VOUS. Voilà, désolé, mais Peter Jackson a choisi l’irrespect le plus total envers ce personnage, comme pour quasiment tous les autres, en fait.)

Un manque de créativité

Et le pire, dans tout ça, c’est que ce n’est même pas vraiment beau. La créativité des excellents décors du Seigneur Des Anneaux s’est complètement essoufflée, et Simon Bright, Directeur Artistique sur le « Hobbit » ne parvient pas à renouveler leur magie. Quand aux magnifiques extérieurs, ils sont presque carrément absents : dites adieux aux paysages à couper le souffle de la première trilogie vu qu’il n’y a pas de voyage dans « La Bataille des Cinq Armées » (le premier film de la saga sans aucun « mouvement », il faut le souligner). Les design comme les moments d’apparition trop top des armées Elfes sont désormais « so 2002 », et Legolas lui-même ne fait plus réellement fantasmer secrètement les plus virils d’entre nous en dégainant ses deux couteaux. L’image d’Andrew Lesnie est encore plus contrastée qu’avant, c’est soit tout sombre, soit tout doré, pas super bien monté parfois, il y a trop de personnages pour que ce soit réellement cohérent, bref, un ensemble artificiel, brouillon et franchement ni très crédible, ni très joli.

Côté jeu, les acteurs n’avaient déjà pas grand-chose de fabuleux, mais Martin Freeman relevait malgré tout le niveau, tout en s’affirmant le meilleur acteur de Hobbit de tous les temps… Et là aussi, ça retombe, et c’est logique, vu qu’en fait, il n’a rien à faire ici, dans un film de guerre. Nan, vraiment, y a pas grand-chose à sauver à ce niveau là non plus. A moins que ce ne soit un film sur l’avant-gardisme monolithique facial, et auquel cas je m’incline.

Même Howard Shore, qui s’était maintenu à flot tant bien que mal avec les deux premiers « Hobbit » (et notamment une composition d’un thème pour les nains qui déboîtait sévère) a réussi ici à produire un truc sans âme, une musique de salle d’attente qu’on entend quasiment pas quand elle est là, et qui se fait oublier dès qu’elle arrête de résonner… Rien à voir avec les véritables « hymnes » auxquels on a eu droit il y a une dizaine d’années…

Alors quoi de neuf en Terre du Milieu depuis une décennie ? Et bien New Line Cinema et la Metro Glodwin Meyer ont décidé que disséquer et user jusqu’à la corde un bouquin acclamé par des armées de fans à travers le monde ne posait pas véritablement de problèmes, éthiquement parlant, et que dépenser 250 millions de Dollars pour pondre un tel étron était artistiquement très recevable. Soit. Allez les amis, on se rassure en se disant que cette fois, c’est bien fini, que Jackson a lui-même dit adieu à Tolkien, et…

On attend le rachat de la franchise par Disney ? Nan parce que franchement, là, on en est pas loin.

Ma note personnelle : 1/10

Vous pouvez retrouver la bande annonce sur le site youtube.fr : https://www.youtube.com/watch?v=AxBMo38wgxs

Lire aussi:

Analyse: Le calamar Catcheur
Analyse rétro: Braveheart de Male Gibson