Le film « Un Français » : l’humain, au détriment de la faiblesse pédagogique

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Mercredi dernier sortait sur vos écrans « Un Français » film qui a provoqué la polémique avant-même ses avant-premières, notamment pour la bonne et simple raison de l’annulation (partielle) de celles-ci. Second film réalisé par l’artiste polyvalent Diastème (« Le bruit des gens autours », 2008), il retrace le parcours de Marco (Alban Lenoir), militant Skinhead dans les années quatre-vingt, et l’évolution de son idéologie qui, avec l’âge, deviendra de moins en moins extrême…

Une histoire qui ne laisse pas de marbre

L’histoire est celle de Marc (« Marco »), un Skinhead d’une vingtaine d’années environ. Avec ses potes, ils militent pour la branche dure du FN, castagnent des bandes adverses quand ils les croisent dans les rues, donnent des coups, en reçoivent. Si Marco possède en lui la même violente énergie que ces camarades, plusieurs éléments vont le faire s’éloigner de son groupe, au cours de la trentaine d’années qui vont suivre : l’arrêt de l’alcool pour cause de santé, son amitié avec un pharmacien, sa rencontre avec Corinne, un travail plus posé que le militantisme… Et des rencontres, car l’humain et l’échange sont deux des thèmes essentiels du film. « Un Français » nous raconte donc comment un jeune homme violemment engagé dans les thèmes de l’extrême-droite va peu à peu changer, s’assagir.

Des propos est fort, et certaines de ses images choquantes.

On pense immédiatement, à la lecture de ce pitch, à un « American History X français », avec l’histoire du gentil nazi repenti. On en est pourtant relativement loin, tant dans la forme (beaucoup plus crue, on y reviendra) que sur le fond. « Un Français » possède un aspect plus moderne, moins exagéré, plus en phase avec les problématiques actuelles. Par ailleurs, et tout simplement, « Un Français » se déroulant (SPOIIIL !!! à) en France, on est automatiquement beaucoup plus touché par son histoire, qui nous concerne directement, résonnant au nom des Mitterrand, Le Pen, ou autre Frigide Barjo (oui oui aussi).

L’histoire résonne toujours plus en nous grâce à une mise en scène nerveuse, abrupte, peu maniérée, souvent tournée caméra au poing et en plans séquences au début de film, puis, peu à peu plus posément, avec des caméras moins mobiles et des coupes plus régulières. La technique, à l’instar du personnage principal, s’apaise petit à petit. Si le parallèle est ici intéressant, on déplore malgré tout cette mise en scène qui, en adoucissant un peu (et fort logiquement au final) sa forme, pourrait endormir les spectateurs trop habitués au rythme effréné du début du film (qui ne ralenti pas, mais évolue, se transforme, et ce de manière très fine).

Mais ce qui nous touche surtout, c’est l’évolution de Marco (formidablement interprété par un Alban Lenoir bouleversé), la transformation de sa psychologie, la progression d’une certaine forme de maturité, qui s’exprime plus par les faits et gestes que par les mots. La perte de camarades lors d’affrontements. La coupe du monde 98 et le support de l’équipe de France, black-blanc-beur. Le coup de main à une amie qui se transforme en bénévolat pour la croix rouge. Et cætera. Cette évolution est touchante car ce personnage ne renie personne, il s’ouvre. Il côtoie toujours certains de ces anciens amis, mais s’en fait des nouveaux, aussi, et privilégie désormais les rapports humains aux idéologies politiques, laissées derrière lui. Privilégier l’humain, c’est ainsi que Diastème fait d’ « Un Français » un film extrêmement puissant.

Mais ce choix très orienté du réalisateur n’est pas sans conséquences, notamment d’un point de vue didactique. L’idéologie Skin, vous y connaissez quelque chose vous, autre que ce qu’on en dit dans les bars de quartier ? La différence avec les Red Skins, les JNR, ou les Green Berets, vous situez ? Non ? Et bien ce n’est pas grâce à ce film que l’apprendrez, malheureusement. En se centrant de manière hyper intimiste sur la psychologie du personnage de Marco, abstraction complète est faite du débat d’idées. On peut comprendre qu’un programme politique étudié en profondeur par la caméra eut été un peu plus rebutant qu’une bonne séquence de bagarre, mais au final, c’est par la connaissance et l’ouverture que l’on découvre, que l’on apprivoise, que l’on comprend, à défaut d’adhérer. Que l’on cesse d’avoir peur de quelque chose dont on ignore tout. Sans nuire au message du film, aisément compréhensible sans des connaissances poussées en la matière, le thème est appauvri par le manque d’information sur ce milieu, ou même juste sur les raisons de Marco d’y adhérer… Au vu d’un sujet aussi sensible que celui-ci, et auquel les médias reviennent si souvent aujourd’hui (alors que la situation politique du pays a bien changé), il s’agit d’une faiblesse, bien que l’on puisse aussi comprendre la démarche non-didactique du réalisateur.

« Un Français », ne serait-ce que le titre s’engage d’emblée. « Ça pourrait être toi », c’est donc cela qu’il signifie, pour la majorité des spectateurs qui iront voir ce film, Français eux aussi. « Un Français » s’adresse donc à tous. Il s’agit d’un témoignage, que l’on prend et dont on fait ce que l’on veut, trop intime peut-être pour, à défaut de nous toucher profondément, nous convaincre pour un bord politique ou pour un autre. « Je ne suis dans aucun camp », c’est cela que dit Marco. Il en est différemment pour Diastème, son réalisateur, qui, même s’il livre par son engagement un drame poignant aux émotions puissantes, n’enrichit cependant pas le débat des idées sur le plan politique. A voir tout de même, évidemment.

Ma note personnelle : 7/10
Bande annonce du film un Français