L’analyse retro N°7 : ‘Braveheart’ de Mel Gibson

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I- Genèse

1- Tourisme culturel

Aussi banal que cela puisse paraître, le scénariste du film, Randall Wallace, eu l’idée du film durant ses vacances à Edimbourgh. Lors de sa visite du fameux château qui surplombe la capitale écossaise, il demanda au guide qui représentaient les deux statues de William Wallace et Robert de Bruce. Le récit de leur vies fit naitre chez le scénariste l’envie de les porter à l’écran. Le projet de Braveheart était né.

La statue de William Wallace au château d’Edimbourg.

2- Des procédés d’écriture peu orthodoxes

Tout bon scénariste vous le dira avant de vous lancer dans l’écriture, un important moment (plusieurs mois voir un an) doit être consacré à la recherche et à rassembler tout ce que l’on peut sur le sujet que l’on veut adapter. Cette technique est particulièrement recommandée lorsqu’on écrit un film portant sur des personnages ayant bel et bien existé.

Or, Randall Wallace (qui, soit dit en passant, n’est pas le descendant du héros du film) écrivit le scénario avant de faire des recherches. Il rajouta quelques détails historiques a posteriori et évidemment le film s’en ressent. Si vous n’êtes pas spécialistes de la période vous pourrez passer à côté des erreurs du scénariste, sinon vous risquez l’infarctus. Le film est truffés d’erreurs historiques sur lesquelles nous reviendront lors de notre analyse. Randall Wallace se défendra en prétendant que ce qui comptait était la tension dramatique et l’esprit du film, non pas les détails historiques (qui, vraiment, ne sont pas que des « détails »). Cependant, rassurez-vous, il s’est tout de même basé sur des documents pour ré-écrire la vie de Wallace et notamment sur The Actes and Deidis of the Illustre and Vallyeant Campioun Schir William Wallace de Blind Harry, un auteur du XVème siècle. Le texte est lui aussi assez inexacte mais fournit tout de même une base solide sur la vie de Wallace.

3- Une production perturbée

La société de production de Mel Gibson, Icon Production, achète le scénario. Or le budget du film devra être conséquent afin d’en rendre tout le souffle épique. Icon cherche donc des investisseurs capables de fournir les fonds suffisants pour produire correctement le film.

Mel Gibson s’adresse donc à la Warner qui accepte de produire le film si l’acteur signe pour un nouvel épisode de L’Arme Fatale. Gibson refuse et se tourne vers la Paramount qui accepte de distribuer le film aux Etats-Unis et au Canada. Il s’associe avec The Ladd Company et finit par réunir 72 000 000 de dollars de budget. Le film peut donc être produit.

Or un nouvel écueil vient perturber cette production. Terry Gilliam, pressenti pour réaliser le film et que Mel Gibson voulait absolument, refuse de le faire, laissant Gibson seul aux commandes. Sur ce, la Paramount accepte que Gibson réalise le film mais uniquement s’il joue le premier rôle. L’acteur est donc obligé de refuser le premier rôle du Cinquième élément de Luc Besson pour se consacrer à son film.

4- Sortie et controverses

Ayant coûté 70 000 000 dollars le film en rapporta 210 409 945 à sa sortie. Ce fut un succès planétaire, 13 ème plus gros succès de l’année 1995. Il se classe au 527 ème rang des plus grands succès de l’histoire du cinéma.

Or le film fut sujet à de nombreuses controverses. Notamment à cause de ses nombreux anachronismes.

Dans le film les écossais sont souvent représentés portant un kilt. Or cet élément de la tenue traditionnelle n’est apparu que bien plus tard en écosse (vers le XVIème siècle alors que le film se déroule à la fin du XIIIème) et jamais William Wallace et ses compères n’ont été en mesure de montrer leur parties génitales aux anglais en soulevant leur kilt lors de la bataille de Stirling, comme le film le montre. Bon, rien de grave jusque là. Oui mais cette même bataille pose un problème plus important. En effet, l’élément majeur du champ de bataille de Stirling est un pont. Or, aucun pont n’apparait à aucun moment de la bataille dans le film …

La bataille de Stirling.

D’autre part, le film fait état d’une romance entre William Wallace et la princesse Isabelle de France. Or lorsque le chevalier écossais mourut sous la torture, la princesse n’avait en réalité que 13 ans et n’avait pas mis les pieds en Angleterre, encore moins en Ecosse…

D’autres éléments comme les peintures faciales arborées par Wallace et ses lieutenants sont aussi des anachronismes. En effet, le « Woad » n’apparaitra que plus tard sur les champs de bataille.

Mais les anachronismes ne sont pas les seuls à faire réagir. En effet, la violence du film interpelle le public, notamment les associations de défense des chevaux. Celles-ci accusent Mel Gibson de maltraitance envers les animaux et ce à cause des scènes de batailles particulièrement violentes dans lesquelles des quadripèdes sont taillés en pièces. Evidemment, ces scènes utilisaient des « faux chevaux » fabriqués pour l’occasion …

Enfin, le film fut jugé d’anglophobe pour sa représentation peu flatteuse de l’Angleterre et des anglais.

II- Coeur martyr, le prix de la liberté : une analyse de Braveheart

Une scène résume toute la problématique du film, la problématique d’un homme, d’un paysan devenu sauveur de son pays.

Cette scène se déroule au début du film. Le père et le frère de William Wallace viennent d’être tués par les anglais. C’est l’enterrement. William fixe les dépouilles de se famille, de grosses larmes coulant sur ses joues enfantines. Alors que tout le monde quitte le cimetière, une enfant, Murron, qui sera plus tard la femme de Wallace, cueille un chardon et lui offre, sans un mot.

Cette scène paraît anodine, simple et sans prétention. En réalité elle revêt une toute autre importance à la lumière du film prit dans son ensemble. Beaucoup de choses se jouent à cet instant.

La vie de Wallace vie est marqué par le deuil, la perte continuelle et la souffrance. Il a perdu sa mère très jeune, puis son père et son frère alors qu’il était toujours enfant. Le deuil fait partie de sa vie très tôt. Très vite il apprend la solitude et la douleur. Or cela sera récurrent durant toute sa vie. Sa femme sera exécutée, puis il sera une nouvelle fois laissé seul par les nobles qui avaient promis de l’aider et qui le trahissent, notamment Robert de Bruce. Une nouvelle fois cela renforcera sa souffrance, le poussera eu bord du désespoir et l’affermira dans sa colère.

Lorsque Murron enfant offre ce chardon au jeune Wallace, une ambiguité nait. Cette ambiguité sera assumé par Gibson jusqu’à ce qu’il la fasse clairement basculer plus tard dans le film. La problématique pourrait se poser ainsi : Wallace se bat-il vraiment pour l’Ecosse ou juste pour se venger des humiliations et de la douleur que toute sa vie on lui a fait subir ? Son amour de la liberté, de l’indépendance, sa soif de paix ne sont peut-être qu’un leurre cachant le gouffre de son désespoir, le réservoir de sa haine et le nid de sa rage.

A son retour du continent, Wallace aspire à la paix. Il veut fonder une famille, avoir un foyer et vivre dans la paix et l’harmonie. L’indépendance de l’Ecosse est pour lui une cause perdue pour laquelle trop de gens de bien (son père, son frère …) sont déjà morts. Il veut s’occuper à vivre et non pas à faire une guerre perdue d’avance. Il ne veut pas se mêler au magma politique écossais, composé de clans disparates et haineux tous à la botte du roi d’Angleterre.

Alors comment se paisible fermier devient-il le meneur d’une révolte sanglante ?
Comment l’homme de paix devient-il le martyr supplicié de l’indépendance ? Le symbole d’un pays ?

Alors qu’il vient de rentrer chez lui, Wallace assiste à un mariage où il retrouve son ami d’enfance Hamish et bien sûr Murron. La fête bat son plein tout le monde semble heureux.

Cependant des cavaliers arrivent, ce sont des soldats de la garnison anglaise chargée de maintenir l’ordre dans la région. A leur tête avance le régent qui vient faire valoir son droit de Prima Noctis (droit de cuissage).

Le trouble s’instille dans ce moment de fête. L‘humiliation , la douleur se ravivent. Wallace en est témoin. Cet évènement est très important pour la suite du récit. En effet, cela obligera William et Murron à se marier en secret et à cacher leur amour aux yeux de tous.

La deuxième humiliation arrive rapidement, un sergent anglais tente de violer Murron, Wallace vient la secourir. Dans leur fuite les deux amants se séparent et si Wallace arrive à s’en sortir, Murron est capturée et exécutée pour l’exemple.

C’est ici que tout bascule. Privé de sa femme, et donc de ses espoirs de foyer et de paix. Plonger dans la rage et la douleur, Wallace va répliquer. Il va se venger et lancer un engrenage qui le portera au sommet de la révolte. Le meurtre de Murron entrainera le soulèvement de l’Ecosse. C’est ce meurtre qui va conduire à l’escalade et à la participation de Wallace à la bataille de Stirling.

Avant le combat, Wallace harangue la foule, et dit se battre on nom de la liberté, pour l’Ecosse. C’est ce même discours qui ne le quittera pas tout au long du film. Ce même mot qu’il répètera comme une incantation. Comme pour se persuader qu’il se bat bien pour ça.

Mais il le reconnaitra, cela vient bien au-delà de la politique, de l’idéal de liberté et du rejet de la tyrannie. Lorsque de Bruce dira à Wallace que ses plans sont plus proches de la rage que du courage, Wallace ne dément pas, il réplique que c’est bien au-delà de la rage. Il se venge avant tout, il se bat pour ça. Lorsque Hamish lui dira cela avant que Wallace ne tombe dans le piège des nobles, Wallace ne démentira pas, il le dira. Il se bat parce qu’il est persuadé que là où elle est Murron le voit.

Il court vers le piège, en sachant en son for intérieur qu’il court à sa fin. Il sera fait prisonnier, torturé, condamné à mort. Il s’enfermera dans sa volonté de tenir, malgré les souffrances, de ne pas abdiquer. Cela parce que Murron l’a supporté, il mourra sur l’échafaud comme elle l’a fait. Il supportera la torture parce qu’elle sera là pour le soutenir. Il mourra en martyr parce qu’elle le voit. Et lorsque comme une ultime défit il criera « Freedom! » on entendrait presque « Murron! ».


Wallace se sera battu pour l’Ecosse, pour la liberté, mais avant tout par détresse, par rage. C’est le pari que fait le film, placé au centre de l’idéal de liberté, une part plus sombre. Mettre au coeur de la pureté une haine bien noire et dévorante qui le poussera par l’escalade jusqu’à l’échafaud. Son désespoir accouchant de son martyr.

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