L’Analyse Nanard n°2 : « Invasion USA » (1985)

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« 1986, l’Amérique n’était pas prête. Lui, si. »

Aujourd’hui, dans le cadre de notre rubrique « L’analyse Nanard » et en collaboration avec « C’etaitlebontemps.com », Au-bout-du-film.fr se propose de vous faire revivre les plus belles années de reaganisme aux côtés du plus grand héros des États-Unis.

 

En effet, Joseph Zito (qui signait l’année précédente « Delta Force ») nous offre ici un chef-d’œuvre de la propagande antibolchévique qui marqua les années 80, et tout ceci s’incarne en la personne monolithique de notre cow-boy si cher aux dimanches après-midi de tf1, la figure implacable de l’Amérique réactionnaire : Chuck Norris.

Mais Invasion USA, ça n’est pas qu’un film pour apprendre à nos enfants à craindre la menace communiste. Bon, c’est surtout ça mais pas que. Invasion USA, c’est aussi le nanard d’action ultime.

LES +

L’histoire : Alors que l’Amérique coule des jours heureux et paisibles et que Chuck Norris (Matt Hunter dans le film, ça c’est un nom à pas y chier dans les bottes), ancien marines/forces spéciales/badass classique fight le crocodile à main nues dans les marécages de Floride avec son tatou de compagnie, juste sous leur nez, la menace rouge fomente. Cette menace, elle a un nom : Rostov (et Rostov, ce n’est autre que Richard Lynch, une « gueule » du cinéma bis avec une incroyable filmographie de méchants de nanards à son actif). A noter qu’on trouve également au casting une courte apparition de Billy Drago, plus connu pour avoir joué le mafioso Franck Nitti dans « Les Incorruptibles » de De Palma, et qui se fera quelques années plus tard péter la gueule par Chuck dans « Delta force 2″.

Ce fourbe de Rostov donc, dans toute la malfaisance que lui impose sa condition de ressortissant de l’Union Soviétique, n’a rien de mieux à faire de ces week-ends que d’envahir les États-Unis, accompagné de tous les ennemis des États-Unis (entendez par là les arabes, les asiatiques, les latinos et les russes). Tout ce beau monde débaroule sur les côtes de Floride (pas de bol) dans des barges du débarquement de Normandie, s’entasse dans des camions et part semer la terreur.

Le hic, c’est le Chuck. On apprend en effet que Rostov s’est pris un mawashi dans la tronche par Mike Hunter par le passé et qu’il a depuis une dent contre lui. L’inconscient part pourtant y mettre un coup de roquette dans sa cabane. Chuck se relève des décombres, visiblement contrarié, se cintre dans un moule-bite en jean et part défendre son pays le mulet au vent (le héros d’action se doit de porter le mulet, c’est connu).

 

Mesdames, contenez vos orgasmes.

Mais au fait, pourquoi s’en prendre aux États-Unis, hein, pourquoi? N’attendez pas d’Invasion USA un cours de géopolitique sur fond de guerre froide. Ici, ils sont méchants parce qu’ils sont méchants, c’est tout. Sans rire, ils n’ont ni plan, ni revendications, ni objectifs, ils sont juste là pour mettre le zbeul un bon coup. Et le pire c’est qu’ils y arrivent.

Par exemple, Rostov se pointe dans un charmant petit quartier résidentiel ou les bons américains fêtent Noël en famille. Or, tous ces symboles de l’impérialisme Yankee font bouillir son sang de bolchevik et ni une ni deux, il sort son bazooka et fait systématiquement tout péter, comme ça, pour le lolz. Idem pour un centre commercial, sauf que quand on s’en prend au système capitaliste, Chuck intervient et offre ses lettres de noblesse aux Uzis Akimbo en dégommant la vermine terroriste qui ose terroriser en périodes de fêtes.

 

Le Chuck frappe toujours deux fois.

Mais résultat des courses, l’Amérique prend peur et les rues prennent des allures d’apocalypse. On se planque dans les églises la nuit, heureusement que Chuck passait justement par là tout à fait par hasard alors que la vermine rouge s’apprêtait à dynamiter la maison du Seigneur. Et oui, car Chuck protège Dieu, pas l’inverse. On évacue les enfants dans des bus scolaires, rebelote. Ces salauds, qui ne respectent rien, tentent de les faire péter. Sérieusement, quel avantage tactique pensent-ils gagner à plastiquer des morveux, à part celui de prouver qu’ils sont de bons gros fils de pute ? Bref tout ça pour dire qu’on a l’impression que les envahisseurs n’ont pas la moindre foutue idée de ce qu’ils font et se contentent de frapper au hasard.

Le film climax en un affrontement entre la glorieuse armée des Etats-Unis d’Amérique et les envahisseurs tandis que de son coté, Chuck affronte Rostov dans un duel au bazooka. C’est aussi ça Chuck, la démesure au service de la démocratie.

Dans l’ensemble, le scénario ne casse pas trois pattes à un Gorbatchev mais malgré tout, le film se laisse agréablement regarder dans un joyeux bordel décousu et propagandiste au possible. Après tout, qui a besoin de faire un bon film quand on a Chuck au casting?

LES –

Question jeu d’acteur, n’en demandez pas trop. Si les autres gros bras du cinéma que sont Stallone, Schwarzy ou autres Van Damme arrivent parfois (et parfois très bien) à nuancer leur jeu, Chuck, lui, ne possède que deux expressions à son répertoire: « Chuck content » et « Chuck pas content ». Autant dire que quand la menace rouge s’en prend à son beau pays, il abuse du « Chuck pas content ». Mais ses fans ne lui en tiendrons pas rigueur, après tout il a toujours fait comme ça dans ses films. On appréciera néanmoins quelques somptueuses répliques qui restent gravés dans l’histoire du nanard, style : »Toi tu commences à m’baver sur les rouleaux« , ou le célèbre « Si tu t’pointe encore, tu peux être sûr que tu repars avec la bite dans un tupperware« . Préférez le doublage français pour en profiter de manière optimale.

On notera tout de même l’interprétation de Richard Lynch qui nous sert un magnifique spécimen de Ruskof psychopathe, halluciné et sadique. Il ne manquerai plus qu’il soit punk et on aurait le méchant des années 80 parfait.

Conclusion: Un must-see pour tous les fans de Chuck et de nanard d’action eighties.