La vie d’Adèle : Après la polémique, le verdict.

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À moins que vous ayez été en hibernation depuis le dernier festival de Cannes, vous avez forcément entendu parler du dernier film d‘Abdellatif Kechiche qui a fait polémique: « Blue is the warmest colour » ou plus simplement « La vie d’Adèle« .

Polémique non pas par son contenu, bien que celui-ci ait été critiqué, mais par ses conditions de tournage. Connu avant tout pour avoir obtenu la palme d’or (qui s’est transformée en triple), au dernier festival de Cannes, ce film est surtout connu aujourd’hui pour les déclarations sulfureuses de ses actrices, Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos. Elles dénoncent l’attitude et le caractère d’Abdellatif Kechiche, le réalisateur, mais également les conditions de tournage qu’il leur a fait subir. Mais nous ne sommes pas là pour départager le vrai du faux de ces déclarations, débats et critiques assassines … « Cela ne nous regarde pas » comme dirait un trio bien connu.

Pour en revenir au film, son histoire est tirée de l’œuvre éponyme « Le bleu est une couleur chaude » de Julie Maroh. L’histoire se centre sur Adèle, adolescente de 15 ans qui pense qu’une fille ne peut sortir qu’avec des garçons. Mais c’est alors qu’elle fait la rencontre d’Emma, une jeune femme intrigante aux cheveux bleus. C’est à partir de là que Adèle découvre un nouveau monde et de nouveaux amours. Elle va progressivement sortir de son cocon pour devenir une femme. On suit donc son évolution dans l’adolescence, la maturité et son passage à l’age adulte.

Poignant, touchant, émouvant … Tels sont les adjectifs qui pourraient décrire ce film. Kechiche, par son art de la mise en scène, nous fait vivre une magnifique aventure. Le réalisateur, comme il l’a prouvé dans chacun de ses autres films, sait manier la réalité, les émotions puissantes et souvent silencieuses. Tout est capté ici : le désir, la déchirure liée au manque, les premières envies d’Adèle, ses moindres émois. Tout cela est accentué par un jeu de caméra simple et efficace. Kechiche ressert les plans pour montrer que plus rien d’autre n’existe dès que ses actrices se retrouvent devant la caméra. Et au contraire, les plans s’élargissent pour montrer le vide qu’elles ressentent l’une sans l’autre. Ces détails accentuent la mise en scène déjà impressionnante de Kechiche.

La beauté du film est aussi reflété par le jeu des deux actrices principales. Léa Seydoux fait ici la meilleure prestation de sa carrière selon moi. Elle incarne le rôle d’Emma, jeune femme charismatique aux cheveux bleus. Mais elle est avant tout un fantasme, un idéal pour la jeune Adèle depuis qu’elles se sont échangées un regard furtif dans une rue. Emma représente le fantasme absolue d’Adèle, et elle devient également progressivement le notre.

Adèle Exarchopoulos quand à elle, est ici la révélation du film. Elle incarne une jeune fille de 15 ans qui évolue jusqu’à sa vie d’adulte, interprétant d’une manière très réaliste et émotionnelle ses phases de doute, de joie et de tristesse. Elle nous fait comprendre à tous à quel point la passion d’Adèle est sulfureuse, destructrice, que ce soit pour elle ou pour Emma, et qu’elle finira par les consumer.

Mais évidemment le mot « parfait » n’existe pas, et nous pourrions bien trouver une ou deux choses à reprocher au film. Notamment au niveau de sa durée, 3h, qu’il faut arriver à supporter, bien que l’on pourrait y retirer aisément 20 minutes des scènes pornographique. Le style de Kechiche est assez spécial et n’est pas aimé de tous, notamment au niveau de son approche en profondeur de la réalité, trop profond pour certains peut-être.

Malgré ses quelques défauts donc, le film est très globalement réussi et ses détails ne gâchent en rien la beauté de ce long-métrage. Le spectateur ressent l’intensité des sentiments qu’Adèle ressent pour Emma et inversement. Car oui, « La vie d’Adèle« , les spectateurs la vivent avec elle.

Ma note personnelle : 8/10

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