La tête haute : mélo en demie teinte

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Film d’ouverture de la 68 ème édition du Festival de Cannes, La tête haute n’a rien des films rassemblant qui entament d’habitude les festivités cannoises. Mélo social français sur fond de délinquance juvénile, le film dresse le portrait sur 10 ans de Mallony, un gamin maltraité par la vie et irrémédiablement poussé à faire les mauvais choix.

Dès les premières minutes du film, Bercot nous plonge au cœur de ce qui va être le centre du film, le lieu de la lutte, du doute et des décisions, le bureau de la juge. En quelques plans en plongées, focalisés sur Mallony alors âgé de 6 ans, la réalisatrice plante à la décors qui servira à ce huis clos qui s’ignore et son sujet principal, à savoir la vie d’un enfant mal aimé luttant pour ne pas s’en sortir et espérant le faire, et à qui la justice française par l’intermédiaire de la juge Blanquet va donner les chances et les moyens nécessaires.

Ainsi la trajectoire serpentine de Mallony balloté entre un foyer familial en ruines dominé par une mère enfant irresponsable brillamment interprété par Sara Forestier, un centre d’éducation ouvert puis un autre fermé, un travail dont il ne veut pas, ne cessera de repasser par le bureau de la juge érigé en icône de rédemption, en nef de salvation.

Bercot semble sans cesse vouloir montrer, comme le dit explicitement la juge, la justice tend la main à Mallony, elle lui offre une multitude de « secondes chances ». Elle lui affecte un éducateur (Benoit Magimel très inégal) qui fait tout son possible pour l’aider, elle lui permet de s’échapper des bras d’une mère qui ne veut pas de lui, elle lui offre des possibilités d’emplois etc. La construction du film autour de ces têtes à têtes entre la juge (Catherine Deneuve) et Mallony ne fait que renforcer ce discours épidictique sur la Justice française. Certes notre système judiciaire présente bien des avantages quand il s’agit de traiter les cas des mineurs mais il estt loin d’être aussi gracieux et miséricordieux que celui que décrit Bercot. Surtout il est capable des plus terribles erreurs comme on l’a récemment vu. Loin de nous l’envie de sombrer dans le pessimisme ambiant mais le film montre une réalité fantasmatique qu’il essaye de faire passer pour véritable.

Bercot s’intéresse pourtant à quelques moments aux dysfonctionnements du système. Que ce soit lors d’une des premières séquences lorsque Mallony s’attaque à son éducateur, au bout du rouleau, qu’il juge incapable de l’aider ou lorsque qu’au centre d’éducation fermé un débat s’engage sur les inégalités raciales devant la justice. Cependant ces problèmes sont rapidement évacués, le film s’en désintéresse et préfère couvrir les échecs et réussites de Mallony qui s’en sortira malgré tout. Ainsi la violence destructrice de ce dernier semblant être au fil du film un problème majeur s’apaise peu à peu de manière sans être véritablement traitée, comme si son amour pour une fille aussi perdue que lui l’avait fait s’évanouir.

A force de se désintéresser de tout ce qui aurait pu faire de lui un excellent film social, La tête haute s’enlise dans une élégie de la justice française consacré par cet ultime plan du palais de Justice devant lequel se dresse le drapeau bleu, blanc, rouge… Trois fois Manon, la série d’Arté diffusée il y a un peu plus d’un an traitait du même sujet avec bien plus de rigueur et de subtilité, n’épargnant rien à la Justice française sans l’accuser, présentant sans fard ses qualités et défauts. Mais surtout la série arrivait remarquablement à parler de la violence (auto)destructrice de son personnage principal et de ces jeunes que l’on enferme…

Trop long et bien trop bienveillant à l’égard d’une justice qui est loin d’être aussi parfaite et humaine qu’il le montre, La tête haute, traitant difficilement la violence qui habite son personnage principal, est loin d’être le film réaliste qu’il se dit être. Sorte de wannabe Loach ou Dardenne, il ennuie plus qu’il n’émeut malgré quelques bonnes séquences. Il laisse ainsi un sentiment de film en demie teinte, un film qui aurait pu être excellent comme il aurait pu être exécrable et qui se balance dangereusement entre les deux.

Note personnelle : 5/10.