La isla minima (film) Analyse Complète

4min

Alberto Rodriguez de retour

Le réalisateur espagnol Alberto Rodriguez signe ici un thriller sombre et torturé plongeant dans l’Espagne profonde post-franquiste.

Le synopsys

Nous sommes en 1980, cela fait cinq ans que Franco est mort mais son ombre place encore sur le pays divisé entre les partisans de l’ancien dictateur et ceux de la démocratie. Deux policiers, dont l’un a servi dans la police franquiste, sont chargés d’éclaircir le brutal double meurtre survenu dans un petit village andalous.

Un changement radical de style

A l’instar de True Detective, c’est bien du mal comme entité omniprésente et omnipotente que décrit La isla minima. Le mal qui s’insinue partout, se manifestant par le biais de phénomènes macabres, troublant les eaux calmes du Guadalquivir.

Le mal c’est d’abord la dictature qui même à genoux continue de hanter l’Espagne et notamment la police et l’armée. Ces forces sensées faire respecter la loi, protéger le peuple mais qui ont joué un rôle particulièrement sombre sous le joug de Franco. Ainsi, lorsqu’il faut traquer un meurtrier doublé d’un violeur sadique c’est un policier connu pour ses pratiques de tortionnaire qui se lance à sa poursuite… C’est une spirale du vice dont on découvre peu à peu avec Juan, l’autre détective, qu’elle est sans fin et qu’il faut la suivre pour trouver le tueur. Cependant, celui-ci n’est qu’un avatar par lequel le mal se manifeste et comme dans True Detective il n’est que le pion d’un plus grand dessein. Des gens plus puissants et qui ne peuvent être inquiétés sont derrières ces machinations : patrons, trafiquants de tabacs et d’héroine etc.

Pour traduire cette omniprésence du mal, Rodriguez donne une place prépondérante à la nature au sein de son image. Pas une nature rassurante et idyllique, un Eden de paix, mais une nature inquiétante, étrange, surréaliste qui engloutit l’homme. Cette nature est une puissance régie par ses propres lois, ses propres cycles et qui amène les protagonistes à se confronter à eux-même. L’inquiétante étrangeté qui s’en dégage, son côté maléfique, font des rives du Guadalquivir le théâtre d’un jeu macabre.

Rodriguez use de nombreux plans en plongée totale qui décrivent ces paysages grandioses aux couleurs vives et surnaturelles. L’eau y tient une place particulièrement importante, force tranquille qui coule le long de rives colorées, elle charrie les cadavres mutilées de jeunes filles qui rêvaient d’une vie meilleure. Ces plans qui font d’un flamand rose une bête menaçante et d’un sublime coucher de soleil un spectacle angoissant traduise l’omniprésence du mal à l’oeuvre dans ces terres.

Porté par ses deux acteurs Javier Gutierrez (Goya du meilleur auteur pour son rôle) et Raul Arevalo, incarnant avec sobriété et subtilité leur personnages tiraillés par leur contradictions, et appuyé par la musique de Julio de la Rosa (lui aussi récompensé), le film traduit ainsi toute l’ambiguité d’une période complexe et méconnue qui a marqué l’Espagne.

Notre analyse

Film noir, parfois brutal, La isla minima est très surement le thriller de l’été. Subtil et intelligent dans sa mise en scène et son interprétation il pèche un peu dans l’écriture de ses dialogues mais démontre que le cinéma espagnol est encore debout et peut toujours produire des films remarquables.

Note personnelle : 7/10.