« La dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil » : une affaire qui roule !

7min

Avec un titre pareil, le dernier film de Joann Sfar ne manquait pas de passer inaperçu, et ce même si l’on oublie que le réalisateur avait déjà signé « Gainsbourg, Vie Héroïque » (2010) et « Le Chat du Rabbin » (2012). C’est donc avec un intérêt certain que l’on attendait son dernier long-métrage, sachant que son casting, composé de la belle Freya Mavor, de Benjamin Biolay, ou encore du talentueux Elio Germano, risquait déjà de faire tourner quelques têtes… On est venu, on a vu, on a écrit. La preuve ci-dessous.

Il est de ces instants de grâce, quand l’on entre dans une salle obscure sans rien savoir de l’œuvre que l’on va voir en dehors de son titre et de son affiche. On s’asseoit en silence sur un fauteuil écarlate, seul, et on attend, en se demandant à quel sauce on va bien pouvoir être mangé. C’est le syndrome du cinéphile fou. Et parfois, ça fonctionne, on tombe sur des petites perles, et le ressenti n’en est que plus intense. Si vous n’avez pas encore vu ce film mais qu’il vous intéresse, ne lisez pas la suite de cette critique.

Éteignez votre ordinateur, sortez de chez vous, trouvez une séance et voyez ce film. La petite claque n’en sera que plus intense, à l’instar de votre satisfaction d’avoir suivi votre instinct, à raison (cette fois). Car oui, « La Dame dans l’Auto » vous mettra une petite claque. Sans être le film le plus original ni le plus ambitieux de l’année (il s’agit d’une adaptation du célèbre roman éponyme de Sébastien Japrisot – 1966 –, déjà adapté au cinéma par Anatole Litvak – 1970 –), il marque le retour d’un Joann Sfar très en forme, et bien décidé à défendre ses deux Césars (Meilleur premier film pour « Gainsbourg », Meilleur film d’animation pour « Le Chat du Rabboin ».

Résumé du film

L’histoire : dans les années soixante-dix, l’introvertie Dany (Freya Mavor), aussi jolie que gracile, est dactylo et travaille pour Monsieur Caravaille (Benjamin Biolay). Le rêve de cette jeune femme est de voir la mer, aussi, quand son patron lui demande de venir terminer de taper un rapport dans sa maison familiale, puis de ramener sa voiture de l’aéroport (où il se rend pour un court voyage), elle décide, non pas de reconduire le véhicule dans sa propriété, mais de s’en servir pour un petit road-trip vers le sud de la France…
Une innocente promenade qui tourne malheureusement au cauchemar glauque quand Dani est victime d’une agression dans une station-service, puis qu’elle rencontre de nombreuses personnes semblant mystérieusement déjà la connaître, parmi lesquelles l’étrange et inquiétant Vincenzo Longo (Elio Germano)…

Une mise en scène troublante

Une histoire qui pourrait presque convenir à un film du genre fantastique, ce que Joann Sfar a bien compris et exploite brillamment par sa mise en scène, troublante, intimiste, à l’aide de la caméra de Manuel Dacosse, directeur de la photographie dont on a notamment pu voir des images l’an passé dans « L’Etrange Couleur des Larmes de ton Corps » (Hélène Cattet et Bruno Forzani), un autre film aux tendances visuelles fantastiques très fortes (encore plus d’ailleurs). Le réalisateur parvient à briser nos repères, à brouiller nos pistes par un montage tantôt éthéré, tantôt abrupte, tantôt fluide, tantôt très cut, qui tente de nous faire saisir de l’intérieur la psychologie torturée du personnage de Dany, et son impuissance totale face aux situations qu’elle rencontre. Devient-elle folle ? Amnésique ? Schyzophrène ? Autant de questions avant qu’enfin le film ne se révèle être un vrai thriller, alambiqué et sombre comme on les aime.

Pour cela, le metteur en scène s’appuie sur des personnages réécris par Patrick Godeau et Gilles Marchand, qui développent le manque de confiance en soi de l’héroïne du livre, et l’érigent quasiment en une névrose malsaine. Dany n’en apparaît que plus complexe, plus passionnante, tout comme sa relation avec son employeur, Monsieur Caravaille, sa potentielle rivalité avec la femme de celui-ci, etc. Bref, des personnages complets qui ne tombent pas dans la simplicité, mais construisent l’histoire peu à peu, comme des piliers solides à celle-ci.

Leur interprétation est par ailleurs à la hauteur des personnages. La Britannique (et parfaitement bilingue visiblement) Freya Mavor incarne à la perfection la jeune femme désorientée, et porte le film sur ses frêles épaules sans jamais faillir. Si Benjamin Biolay n’apparaît finalement qu’occasionnellement et de manière très sobre, l’italien Elio Germano (réincarnation de Robert de Niro rajeuni et Prix d’Interprétation Masculine pour « La Nostra Vita » en 2010, rappelons-le) soutien magnifiquement sa partenaire et fait jeu égal avec elle, dans son rôle petite frappe misogyne et charismatique.

Un film presque parfait

Deux petits points qui ternissent légèrement le tableau : les dialogues d’une part, qui sonnent un peu faux (et peut être réenregistrés) au début du film… Avant que l’on ne se rende compte (par nos propres moyens, car il n’y a aucune indication sur la temporalité du film…) que l’histoire se déroule dans les années soixante-dix, et donc que le phrasé n’était pas le même qu’aujourd’hui… Et le montage, d’autre part, un peu lent au démarrage, mais qui prend très vite un rythme de croisière appréciable. Des détails.

Notre avis sur le film

Une histoire complexe et haletante, donc, des personnages forts et très bien interprétés, une technique d’un très bon niveau global, au visuel bien ancré dans son époque… Pas de doutes, nous avons là affaire à un thriller de très bonne facture, qui ne manquera pas de nous rappeler le très bon potentiel des artistes et techniciens français !

Ma note personnelle : 8/10

Vous pouvez retrouver la bande annonce sur le site youtube.fr : https://www.youtube.com/watch?v=DzT_uI4MJ7s