Kyo – L’équilibre

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Ah Kyo… Je ne sais pas toi, lecteur, mais moi, la simple mention du nom « Kyo » me ramène des années en arrière et me remplit de très bons souvenirs. Je n’ai pas honte de le dire : j’ai été un grand fan de ce groupe, que j’écoute toujours et qui a été le premier que j’ai vu en concert.

Si vous avez plus de 18 ans aujourd’hui, vous n’avez pas pu passer à côté de Kyo. Qu’on aime, qu’on n’aime pas, Kyo a tout balayé sur son passage entre 2003 et 2006, avec deux albums, Le Chemin et 300 Lésions, vendus à plus de 1,5 millions d’exemplaires, après un premier album éponyme passé un peu inaperçu. Puis ils ont disparus de la circulation, du moins pour ceux qui ne savent pas où chercher. Car les Kyos ont alors préféré travailler dans l’ombre d’autres artistes, en tant qu’auteurs compositeurs. Vous avez sûrement entendu voire chanté Mon Essentiel, de la comédie musicale Le Roi Soleil. Savez vous qu’elle a été écrite par le chanteur de Kyo ? Idem pour Ma Religion dans son regard de Johnny Hallyday, L’or de nos vies du comité Fight AIDS Monaco etc… Bref, si le groupe Kyo était en pause, ses membres étaient loin d’avoir quitté l’industrie musicale..

https://www.youtube.com/watch?v=4besUaZWHDc

Et aujourd’hui, après 8 ans d’absence, ils sont de retour avec un quatrième album, L’équilibre. Le line-up n’a pas changé d’un poil, on retrouve les quatre même gars, qui eux ont changé ! Je tiens à préciser que mon attente sur cet album est à la hauteur de ma passion pour ce groupe. Dès le début de l’album, je suis rassuré au moins sur un point : la voix de Benoît Poher (chant), caractéristique essentielle de l’identité du groupe, n’a pas changé le moins du monde ! Elle n’a pas vieilli et donne la même impression de fraîcheur et de jeunesse… Contrairement à la musique du groupe.

A ce sujet, que dire ? Déjà, qu’ils ont choisi la mauvaise chanson pour faire la promo de l’album, Le Graal étant la moins « Kyo » de l’album. Dans un sens, ce choix est facilement compréhensible : cette chanson, la voix mise à part, est très différente des deux premiers albums, avec un son plus pop, voire électro, un chant plus calme et posé, et des paroles plus gaies. Tout cela crée un univers et une ambiance plus mûrs, et en choisissant ce morceau comme premier single, c’est l’image que le groupe renvoi au public : « venez écouter notre album, notre musique a changé et nous avons mûris ! » Cependant, ce n’est pas vraiment le cas, ce morceau étant le seul vraiment différent du style habituel du groupe, et tout ceux qui s’attendent à trouver un album dans sa lignée seront déçus. Pour ma part, cette non-évolution musicale me convient, car si Le Graal est une chanson sympa, elle est loin de se révéler à la hauteur de mon attente.

Abordons maintenant le reste de l’album. Comme je l’ai dit plus haut, la voix (et le chant en général) n’a pas trop changé, elle reste très proche de ce que Kyo faisait avant, et c’est tant mieux : on groupe a une identité, et trop de groupes, en évoluant, essayent de se débarrasser de tous les éléments qui ont fait leur succès au début, et Kyo ne tombe pas dans cet excès. Le style n’a pas non plus trop changé, Kyo fait toujours du Kyo, mais pas de la même façon. Exit les guitares saturées au son dark légèrement punk/métal que l’on retrouvaient sur 300 Lésions (Contact, Sad Day), bonjour accords pop, plus calme et enjoués. Le résultat perd en fraîcheur et en saveur. Je ne m’attarderais pas sur tous les morceaux, car beaucoup sont transparents. Après une demie douzaine d’écoutes, à chaque fois avec les paroles sous les yeux, je ne me souviens que de cinq morceaux (sur 12)… On ne peut pas dire que c’est mauvais, au contraire, c’est plutôt sympa (mais pas plus). En fait, cet album aurait été fait par n’importe quel autre groupe, je pense qu’il aurait été une bonne surprise pour moi, puisqu’il ferait évoluer un style que je ne supporte pas (la pop rock un peu simpliste genre BB Brunes) vers un style un peu plus déjanté. Mais venant de Kyo, l’évolution se fait dans le sens inverse, et le résultat n’est pas à la hauteur de ce que Kyo proposait avant.

Point positif : les paroles sont poétiques, belles et bien écrites, comme toujours. Elles sont plus joyeuses que sur les opus précédents, parfois plus crues (L’équilibre, On se tourne autour). Comme avant, Kyo arrive à parler avec beaucoup de poésie de sujets qui en sont par nature dépourvus, et toutes les chansons racontent une histoire. C’était une des raisons pour lesquelles j’adorais Kyo, et je suis malgré tout content de retrouver cela. Comme sur les deux premiers albums, le micro est partagé, puisqu’une des chansons est chantée par Florian Dubos (guitare), et comme sur les deux premiers albums, cette chanson est un peu en dessous des autres.

<https://www.youtube.com/watch?v=UfWjzBivCtM

Une sonorité plus éléctro, un peu teintée 8O’s… Cool, mais loin de ce que Kyo propose habituellement

J’ai commencé cette critique en montrant à quel point Le Graal était un mauvais choix comme single car il différait du reste de l’album, je vais maintenant finir sur un point très positif : le meilleur morceau de l’album, le second single : l’Équilibre. Chanson d’amour qui finit mal, c’est la seule chanson qui reste à 100% fidèle au Kyo des premiers albums, dans la lignée de Dernière danse ou Sarah. C’est également la seule chanson sur laquelle Ben utilise le plein potentiel de sa voix, en montant haut dans les aiguës dans le refrain. Mélancolique, elle traite avec humanité du sujet de l’adultère, souvent abordé mais rarement sous cet angle et jamais aussi joliment. Cette chanson est écrite de façon à ce que tout le monde puisse s’y reconnaître, et montre que le trompeur n’est pas forcément un être sans cœur et peut souffrir de son acte autant que le trompé. Elle m’a fait monter les larmes aux yeux, comme Kyo savait si bien le faire.

En quelques mots, cet album est bien mais frustrant, et un peu décevant. Kyo a essayé de faire mûrir sa musique, et le résultat obtenu est moyen, puisqu’une grande partie de sa saveur résidait dans son côté sombre mais énergique qui a été balayé à cet effet (byebye la mélancolie des Sarah et autres Dernière danse et les riffs qui déménagent de Contact ou Tout envoyer en l’air…). Je ne jugerais pas le retour du groupe sur cet album, puisqu’on y retrouve un peu de leur musique d’antan, et quelques motifs de satisfaction (paroles, voix). Je vais donc croiser les doigts et attendre un éventuel prochain album en réécoutant leurs grands succès et les quelques bons morceaux de cet album.