John Wick : la fortune sourit aux audacieux -Analyse et critique

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Dernier film du « Calvaire d’Octobre » imposé par les ténébreuses instances d’au-bout-du-film.fr, « John Wick » Réalisé par le duo David Leitch et Chad Stahelski, et porté à l’écran par Keanu Reeves, un peu absent ces derniers temps mais qui nous revient ici en bonne forme, ce premier long-métrage raconte la cruelle vengeance d’un homme auquel on a tout pris… Simple, efficace, et sans concession !

L’univers de John Wick

John Wick (Keanu Reeves) évoluait dans l’univers sombre et violent de la mafia, en tant que tueur à gage. « Il n’était pas le Croquemitaine, il était celui qu’on envoyait tuer le Croquemitaine », nous dit-on, soit le meilleur de tous, craint et respecté pour son travail à la précision redoutable, bref, un vrai bad guy. Quand il rencontre Helen (Bridget Moynahan, qui ne fait qu’une apparition dans le film), sa vie bascule et il se range instantanément, goûtant enfin au bonheur auprès d’une femme qui sait maîtriser sa violence. Mais au bout de quatre ans, la maladie l’emporte. Helen fait alors offrir à John un chiot, Daisy, afin qu’il lui reste « quelqu’un à aimer ». Mais la route de ce dernier croise celle de Iosef Tarasov (Alfie Allen), fils du parrain de la mafia Viggo Tarasov (Michael Nyqvist), jeune loup prétentieux qui souhaite lui acheter sa superbe Mustang. Quand John Wick refuse, Iosef s’introduit chez lui de nuit avec deux compères, s’attaque à lui violemment, vole sa voiture, et tue Daisy brutalement. C’est alors le début d’une longue et sanglante course à la vengeance opposant l’implacable John Wick à l’ensemble du réseau Tarasov…

Un film de représailles

Compact (1h36 seulement !) et intense, voilà ce qu’est « John Wick », premier film de David Leitch et Chad Stahelski, deux très vieux compères et baroudeurs du cinéma d’action américain. Leurs noms doivent vous être inconnus, et c’est tout à fait normal, pourtant vous connaissez probablement une part de leur travail, principalement en tant que cascadeurs (« Matrix », des frères et sœurs Wachowski – 1999), responsable et/ou coordinateur de cascades (« V pour Vendetta », James McTeigue – 2005), ou encore assistants réalisateur ou réalisateurs de secondes équipes sur des films d’action à gros budget (en ce moment respectivement sur « Ninja Turtle » de Jonathan Liebesman ou « Hunger Games – La Révolte ». Oui oui, rien que ça.). Bref, leur filmographie est longue, terriblement bien fournie, et ces deux gars sont des pointures du genre, qui ne débarquent pas là par hasard… Et qui vont rapidement nous montrer qu’ils ont de l’expérience à revendre !

D’emblée donc, on s’attendait à une action qui dépote, et on en a pour notre argent avec un film qui ne cherche pas à se compliquer la vie, mais plutôt à nous envoyer séquence d’action sur séquence d’action, à un rythme effréné. Si l’histoire peut paraître un peu « légère », elle n’en reste pas moins psychologiquement crédible, et son intérêt reste cependant présent par le très bon traitement visuel du manque de l’être disparu, et dans celui de la perte de repère. C’est le talentueux Jonathan Sela (directeur de la photographie – « A Good Day To Die Hard » ou « Max Payne », John Moore) qui nous entraîne dans l’univers peu enviable de John Wick, et mieux que ça, dans sa propre tête, en nous assénant d’images froides et artificielles, qui nous montrent la vie désormais dénuée d’intérêt d’un homme qui a tout perdu. Ces images s’opposent à celle, chaudes et vivante, de courts flashbacks, datant de l’époque ou Helen était encore vivante. Elles renforcent encore le décalage de John à la réalité en jouant sur d’infimes profondeurs de champs, rendant le point particulièrement travaillé, très souvent majoritairement flou en début de film (et net sur un seul élément de l’image, principalement Keanu Reeves lui-même), alors que le personnage principal est désorienté… Et plus net ensuite, quand il « reprend les chose en main », en retombant dans une spirale de violence mécanique et inarretable. Un très beau travail d’image, donc, pour lequel il faut également saluer un éclairage varié (grâce à de nombreuses et diverses séquences d’action) et toujours de très bonne facture, ainsi qu’une aisance à suivre l’action, pourtant particulièrement agitée ! On termine de parler du visuel en adressant un petit mais chaleureux salut au montage qu’on qualifiera de très correct, froid et tranchant comme un rasoir, taillé pour l’action.

Et l’action, on peut dire qu’on est bien servi par deux réalisateurs qui maîtrisent parfaitement leur sujet ! On a donc droit à des affrontements sauvages et sans concessions, au poing, à l’arme blanche ou à feu, et plus souvent tout en même temps, mais surtout hyper chorégraphiés, presque mécaniques, rendant le personnage de Keanu Reeves impressionnant de puissance et de maîtrise de son « art ». La séquence de combat dans la boîte de nuit est particulièrement saisissante pour le côté très contrôlé de sa mise en scène et de ses mouvements, malgré le chaos ambiant qui règne sur les lieux dès les premiers échanges de coups de feu… Juste bravo, de ce côté-là.

Si ces séquences d’action sont très efficaces, on peut dire qu’un certain Tyler Bates (le collaborateur régulier de Zack Snyder, Rob Zombie, ou encore de James Gun…) n’y est pas non plus étranger. Aux commandes de la musique dans « John Wick », il ne fait pas dans la dentelle comme à son habitude, en mélangeant habilement musiques d’ambiance sympho traditionnelle avec des sonorités plus dures, plus modernes, et en intégrant par exemple le titre « Killing Strangers », composé pour le film avec Marylin Manson, qui apporte ses riff rock-metal indus’ bien lourds. Un très bon boulot sur toute la bande originale donc, à laquelle viennent participer de nombreux artistes de renom.

On termine sur les personnages et le jeu des acteurs, assez corrects dans l’ensemble, bien que clairement stéréotypés. « John Wick » est implacable, immuable, et Keanu Reeves plutôt monolithique, ce qui convient au rôle, mais n’a rien de réellement exceptionnel… Allez, passable. Le fils à papa mafieux insupportable (Alfie Allen) ne possède pas non plus une grande originalité, bien que campé suffisamment correctement pour que vous le détestiez dès le premier regard (mais il faut dire qu’il est assez moche donc bon, ça aide). Un regain d’intérêt proviendra peut être de trois autres personnages secondaires : le boss mafieux(Michael Nyqvist), caricature russe assumée et amusante par son caractère tragique un peu démesuré, et qui gagne en profondeur à la fin du film ; un collègue et ami de John Wick, incarné par Willem Dafoe, dont l’importance dans le film est croissante, et qui apporte un rebondissement intéressant et inattendu lors des dernières minutes, montrant l’interminable spirale de la violence ; et bien sûr le réceptionniste très anglais de l’hôtel « Continental » (Lance Reddick, que vous avez pu voir dans la série « Fringe », dans le rôle de Brook), parfaitement au fait des agissements de ses clients, et qui agit tout en retenu, provoquant ça et là quelques sourires entendus…

Conclusion

En définitive, une réalisation très travaillée pour un petit film que l’on n’attendait pas forcément au tournant (quelle affiche promo dégueulasse!), et deux auteurs qui ont su coordonner efficacement tous leurs départements pour nous offrir un film d’action simple, très efficace et esthétique, pour un budget relativement restreint pour le genre (Vingt Millions de Dollars seulement) ! Il est très probable, au vu des recettes en cours du film que le nom de nos deux réalisateurs vous reviennent prochainement… En tout cas, nous, on l’espère !

Ma note personnelle : 7/10


Vous pouvez retrouver la bande annonce de JOHN WICK ici