« Gerontophilia » : Un pari réussi

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C’est en apercevant à l’entrée du cinéma, le nom de Bruce LaBruce sur l’affiche de son film Gérontophilia, que je me suis demandée dans quel pétrin je m’étais embarquée. Maître de la provocation, Bruce LaBruce est l’auteur de nombreux films trashs dont L.A Zombie réalisé en 2011 où il y mélangeait, comme dans la majorité de ses films, différents thèmes : zombie, violence, homosexualité ou encore pornographie. C’est cependant dans un tout autre registre que nous le retrouvons aujourd’hui. A l’inverse de Harold et Maude, l’histoire de Gerontophilia est centrée autour d’un adolescent prénommé Lake qui va se découvrir un penchant sexuel pour les hommes plus âgés….beaucoup plus âgés que lui.

Lake est un garçon on ne peut plus ordinaire. Sa vie est agrémentée par une mère délurée, une petite amie excentrique et par ses dessins. C’est lorsqu’il tente de sauver un vieux monsieur de la noyade par du bouche à bouche que Lake se rend compte de, ce qu’il appellera plus tard, « son fétichisme ». Suite à son embauche dans une maison de retraite, Lake va rencontrer Mr.Peabody âgé de 82 ans avec qui il va lier une amitié qui va rapidement se transformer en une relation amoureuse.

A travers ce scénario original, le film nous livre donc un sujet peu traité jusqu’alors : une relation amoureuse et sexuelle entre un adolescent et un vieil homme. Le réalisateur arrive avec brio à rendre naturel un tabou et à remettre en question certaines normes imposées par notre société : Qu’est ce que la normalité et l’a-normalité sexuelle ? Difficile d’assumer pleinement ses relations lorsque sa propre mère lui balance cette phrase cinglante « Je t’ai mal élevé », ou encore lorsqu’un collègue de travail définit les personnes âgées comme des êtres « dégoûtants » qui ne cessent de se « pisser » dessus. Lake, qui s’obstine à le répéter plusieurs fois, sait qu’il n’est pas un saint contrairement à ce que sa petite amie pense. Il porte dans chaque scène une croix autour du cou comme pour se délester de ses péchés et de se donner bonne conscience. Lake est persuadé que « quelque chose cloche chez lui ». Il va cependant progressivement commencer à assumer son penchant pour les hommes âgés et à faire accepter cette relation au spectateur qui au début, aurait pu se sentir septique. Le réalisateur laisse place à la subtilité et arrive donc sans jugement à construire une relation crédible entre un octogénaire et un adolescent, qu’il ne centre pas seulement autour du sexe. Les deux personnages incarnés à la perfection par Pier-Gabriel Lajoie et Walter Borden, qui signent tout deux leur premier rôle au cinéma, sont à la fois touchants et attachants.

Gérontophilia est donc un film empreint de délicatesse qui traite d’un thème, considéré comme tabou sur un ton léger parfois même amusant. Bruce LaBruce signe ici son film le plus accessible et très certainement le plus abouti. Alors même si il ne s’avère pas forcément transcendant, Gérontophilia reste néanmoins un bon film qui arrive plus d’une fois à nous faire sourire et à nous décomplexer.