Divergente : Le nouveau phénomène

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Ces dernières années, la littérature pour jeune adulte se voit dépouiller par Hollywood de ses histoires, l’objectif pour les studios étant de trouver le nouveau phénomène mondial qui succédera au précédent. A ce jeu beaucoup se sont cassé les dents comme « Les Ames Vagabondes », « Sublimes Créatures », ou encore « The Mortal Instruments », succès commerciaux en librairie mais pas au cinéma. Mauvaise communication, adaptation raté, mauvais timing ou tout simplement mauvais matériau d’origine, ils ont tous lamentablement échoué à séduire leur public. Adaptation du livre de Veronica Roth, « Divergente » est une histoire en trois parties dont le premier segment sort cette semaine en salle. Banco pour les studios ou nouvel échec à essuyer ?

Dans un futur d’après guerre, en plein Chicago, le gouvernement a hiérarchisé la population en les divisant en cinq factions ( les Sincères, les Erudits, les Fraternels, les Audacieux, et les Altruistes) afin de maintenir l’ordre et la paix dans ce nouveau monde en reconstruction. Initialement dirigé par Marcus, un leader Altruiste, car appartenant à une faction renonçant aux intérêts personnels au profit de l’intérêt collectif, le gouvernement en place se voit déstabiliser par des rumeurs décrédibilisant la nature même des Altruistes. Jeanine Matthews (Kate Winslet), la leader de la faction des Erudits, convoite secrètement la place et a des plans qui pourraient violemment bouleverser l’ordre des choses.

Béatrice Prior (Shailene Woodley) ainsi que son frère Caleb vont devoir passer, comme tout les jeunes de leurs âges, un test d’aptitude qui définira leur nature et donc leur place au sein de la société. Issue d’une famille d’Altruistes, Béatrice ne se reconnait pas dans les valeurs de cette faction, étant plutôt attirée par les Audacieux, et montre des désirs d’émancipation qui pourraient l’éloigner définitivement de sa famille. En effet, une fois le test passé et quelque soit le résultat, l’individu peut choisir la faction qui lui convient le mieux, mais sans possibilité de retour. Si il choisit une faction différente de celle de sa famille, il ne la reverra donc jamais : « La faction avant la famille ». Pendant le test, Béatrice présente des aptitudes envers plusieurs factions, un cas rarissime que le gouvernement traque car le considérant comme subversif. Béatrice avait raison, elle n’est pas Altruiste mais Divergente…

Divergente VS Hunger Games ?

Si beaucoup voyait en « Divergente » une copie désincarnée d’« Hunger Games » ( notre critique ) faute à des similitudes justifiées : l’univers dystopique, l’héroïne adolescente, le gouvernement divisé ici en factions, contre des districts chez Katniss, il est désormais primordial, après visionnage, de cesser toute comparaison entre les deux sagas qui ont chacune leur identité propre. Béatrice alias Tris, est une jeune femme sociable en quête d’identité qui n’a ni prédilection au combat, ni préparation à la violence dans laquelle elle va être projeté. C’est un personnage qui va être amené a évolué drastiquement afin d’être accepté dans le carcan social qu’elle convoite. L’univers où elle vit n’est, en apparence, pas en proie à l’oppression et à la violence. C’est une forme d’état démocratique, où un système s’est imposé car ayant remporté l’approbation du plus grand nombre.

A contrario, Katniss, l’héroine d’« Hunger Games », est plutôt solitaire et froide. De nature méfiante, elle ne cherche absolument pas à s’intégrer, refusant tout forme de sociabilisation. Elle a dès le début de très bonnes aptitudes au combat ayant évolué en milieu rural et étant une très bonne chasseresse. Son pays est bien décrit comme étant sous un régime totalitaire qui force ses jeunes concitoyens à s’entretuer dans des jeux annuels assez sadiques. Dès le début, l’objectif de Katniss est de survivre et de protéger sa famille tandis que Tris cherche à s‘affranchir. C’est par la suite que le but de Tris se rapproche de celui de l’héroïne des Jeux de la Faim, mais le contexte ainsi que la personnalité de son héroïne fait de « Divergente » une toute autre histoire.

Nous sommes ici à l’aube d’un génocide, celui des Altruistes, la faction des parents de Tris et Caleb. La population vit recluse dans l’ancienne ville de Chicago, entouré de remparts gardés par les Audacieux qui incarnent l’ordre et la sécurité. Jeanine Matthews, cousine éloigné d’un célèbre dictateur allemand, voit dans les divergents (ces êtres aux capacités multiples qui refusent inconsciemment d’entrer dans les cases) le chaos. Afin de maintenir l’ordre, et de les empêcher de déjouer ses plans de répression par la violence et la peur, elle se donne pour mission de les traquer et de les éliminer.

Pendant ce temps, Tris a rejoint les Audacieux et tente, malgré ses faiblesses, d’intégrer définitivement la faction. Dès leur entrée, les nouveaux arrivants sont soumis à une série d’épreuves très rudes, d’abord physiques puis mentales. En choisissant les Audacieux, notre héroïne, prend le risque d’être évincée de la sélection et de finir Sans Faction, rejetée de la société. Entre écho historique et initiation adolescente, « Divergente » montre tout son potentiel à travers son univers cohérent et extrêmement dense.

Un potentiel indéniable

Neil Burger, réalisateur des très bons « Limitless » et « L’illusionniste », signe un film dont l’univers solide et la mise en scène tendue ne rattrapent pourtant pas les problèmes de rythme de son scénario. Ce n’est pas tant l’histoire en elle-même qui doit porter ce défaut, mais plutôt l’adaptation scénaristique qui, comme pour le premier « Hunger Games », prend allègrement le temps de nous présenter l’univers, ses personnages et ses codes mais en oublie de traiter correctement ce qui suit : l’histoire et ses enjeux dramatiques. Nous avons donc une première partie avec toute l’introduction, l’entrainement de Tris et ses rencontres, qui prend plus de la moitié du film mais qui pourtant maintient notre attention.

Puis vient la seconde partie qui enchaîne les scènes d’actions, des événements importants et des changements de lieux à une tel vitesse qu’on n’a pas même le temps de voir arriver le générique. Le film a, en cours de route, malencontreusement oublié son fil conducteur, son fond : son sous-texte politique, sa lutte des classes… La première partie aurait-elle du être légèrement raccourcie pour laisser plus de place à la seconde ou est-ce que le film aurait pu/ du être coupé en deux ?

Toujours est-il que le plaisir éprouvé à suivre Tris dans son aventure n’en est pas amoindri. Le choix de Shailene Woolley (« The Descendants », « The Spectacular Now ») s’avère payant pour le film et pour le personnage. La jeune femme possède un véritable charisme naturel qui lui permet de tenir aisément le haut de l’affiche. Sa fraîcheur couplé à l’incroyable douceur qu’elle dégage en fait l’incarnation parfaite de Béatrice. Tout comme son personnage, l’actrice cache en elle une force latente qui sort spontanément au moment voulu. Non seulement « Divergente » se positionne comme un concurrent sérieux à « Hunger Games » mais en plus son actrice principale s’avère être la parfaite rivale à Jennifer Lawrence, qui tout comme elle a commencé dans des productions indépendantes pour finir en premier rôle d’un film à grand budget.

On appréciera également la présence de l’excellente Kate Winslet, quand bien même son temps de présence à l’écran n’est pas suffisamment important (peut être du à sa grossesse ?) et son rôle pas assez bien écrit pour nous laisser un souvenir impérissable. On espère la voir dans de meilleures conditions pour le second opus. Theo James dans le rôle de Quatre, le « love interest » de Tris, fait le boulot mais sans étincelles. Il reste assez charmant pour séduire le public d’adolescentes en mal de regard profond et mou langoureuse. Malheureusement on ne croit jamais vraiment à sa relation avec Tris. Heureusement on ne s’attarde pas trop sur cette dite relation.

Shailene retrouve Ansel Elgort, son partenaire dans « Nos étoiles contraires », encore inédit en France, qui campe ici son frère Caleb. Miles Teller avec qui elle avait déjà joué dans « The Spectacular Now » incarne Peter, le rival de Tris. Il est plaisant de voir un casting de jeunes gens talentueux, pour la plupart habitués à des productions plus modeste, se retrouver dans un film d’une toute autre dimension, se donner la réplique. A ceux là, vient s’ajouter la pétillante Zoë Kravitz qu’on avait déjà remarquer dans « X-Men First Class » avec… Jennifer Lawrence ! Elle n’est autre que la fille du chanteur/ acteur Lenny Kravitz déjà vu dans… « Hunger Games » !

Ce premier épisode s’en sort avec un bilan positif même si mitigé. Incontestablement le film possède un univers très riche qui ouvre sur de nombreuses perspectives, le personnage principal est attachant et on se surprend à plonger dans cette histoire qui pourrait, au premier abord, paraître superficielle. La réalisation, le casting ainsi que tout les moyens qui ont été mis en œuvre à l’élaboration du film lui font honneur. Cependant les problèmes de rythme, le manque d’homogénéité du récit, ses musiques impersonnelles et l’absence d’une antagoniste réellement charismatique, retiennent le film dans son statut de simple divertissement. Pourtant, quitte à comparer, on préfère le premier épisode de la jeune divergente plutôt que celui de la fille de feu…
Rendez-vous l’année prochaine voir si « Les Insurgés » vaut « L’embrasement ».

Ma Note : 7/10

Bande annonce du film Divergeante

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