Difret : La loi du plus faible

3min
Difret.jpg

Ce premier long-métrage du réalisateur éthiopien Zeresenay Mehari, produit en partie par Angelina Jolie s’attaque à une affaire qui a secoué l’Éthiopie et participé à la transformation des coutumes et des moeurs du pays.

L’histoire

En 1996, alors que Hirut, 14 ans, rentre de l’école, elle est enlevée par six cavaliers qui la séquestre ensuite avant que l’un deux ne la viole. C’est le « telefa« , l’enlèvement rituel que les hommes pratiquent dans la région pour se marier. Seulement Hirut va tenter de s’enfuir et sous le coup de la peur, tuer son prétendant. Une avocate militante du droit des femmes, Maeza Ashenafi, va alors prendre le cas en main et tenter de sauver la jeune fille de la peine capitale.

Analyse

Filmé majoritairement caméra à l’épaule, cadre serré sur les visages, Difret semble vouloir capter la réalité sur le vif. Ce qu’il offre à voir c’est la vie en Éthiopie en 1996, une vie qui, pour une femme, est souvent synonyme de soumission à l’autorité masculine. Cependant c’est bien une femme qui va avoir le courage de s’élever pour sauver Hirut et qui va mettre sa carrière en jeu pour que la condition de vie des femmes puisse s’améliorer. Le film va ainsi suivre alternativement puis de concert ces deux trajectoires qui en se croisant vont amener l’Éthiopie à remettre en cause ses fondements traditionnels et l’autorité qui en découle.

Une histoire de lutte

Entre la ville et ses magistrats (en majorité des hommes) qui peinent à prendre Maeza au sérieux et la campagne et son tribunal traditionnel (entièrement composé d’hommes) qui décide d’exiler Hirut, la loi des hommes écrase les femmes. Le film se fait donc le récit d’un lutte contre l’injustice prenant les traits de la tradition pour imposer des coutumes violentes et inégalitaires. Cela sans jamais tomber ni dans le misérabilisme ni dans l’obscénité.

Mehari ne film quasiment jamais la violence, il joue du hors champ avec subtilité et pudeur, rejetant hors du cadre une violence difficilement supportable. En revanche il montre avec précision cette violence psychologique et quotidienne exercée par les hommes à l’encontre des femmes. Par le mépris du substitut du procureur, l’agacement du chef de la police, l’arrogance et le sentiment d’impunité du ministre de la Justice …

Mais si le film traite de la violence, il traite aussi du courage de ces femmes qui se dressent contre l’injustice. Hirut et Maera se battent pour une justice égalitaire, pour une vie égalitaire. En cela le film nous rappelle celui de Deniz Gamze Erguven. Mustang, comme Difret, est une ode au droit des femmes à disposer d’elle-même et donc à s’opposer aux désirs des hommes même si cela doit passer par la violence.

Mehari comme Erguven, redonne avec son film un statut d’être humain libre et indépendant à la femme que l’on traite comme une bête devant être domptée. Son film prouve que le courage et la détermination peuvent renverser les rapports de pouvoir et imposer le changement. Ainsi, le plus faible peut faire appliquer son droit, celui de choisir sa vie, de prendre en main son destin.

Note personnelle : 7/10.