Critique | Unfriended : la mort en ligne

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Deuxième long métrage du réalisateur russe Levan Gabriadze, Unfriended s’attaque au thème de l’hyperconnectivité et des dérives qu’elle suscite sous la forme d’un film d’horreur 2.0.

Le scénario

Une bande de lycéens discutent un soir sur Skype quand ils remarquent la présence d’un inconnu dans la conversation. Impossible de le faire raccrocher, il semble être un bug du système. Mais lorsqu’il prend la parole l’individu se dit être Laura Barnes, une lycéenne qui s’est suicidée un an plus tôt après qu’un vidéo humiliante d’elle ait été posté sur le net. Un a un les six amis vont devoir répondre de leur méfaits.

Spoil: le début

Gabriadze plante le spectateur en face de l’écran d’ordinateur de Blaire, jeune fille dont il va partager le point de vue tout au long du film. Ainsi l’écran de cinéma se fond complètement avec celui du mac du personnage dans une intéressante confusion des médiums. Le décors est planté : pour parler de cyber harcèlement quoi de mieux que de se servir exclusivement d’internet et de ses terminaux (ordinateurs, smartphones …) ?

Une impression de réchauffé

Mais si l’on est d’abord enthousiasmé par cette dimension expérimentale du film et son questionnement transmédiatique, le manque de réflexion poussée nous déçoit bien vite. Loin de renouveler le genre le film réemploie les mêmes thématiques éculées du sexe, de la drogue, du groupe d’amis invariablement composé du geek, de la fille facile, du sportif, du fumeur d’herbe, de la fille propre sur elle … Cela en reprenant l’intrigue de Souviens toi l’été dernier : un groupe de jeune gens est coupable d’un meurtre accidentel (ici par vidéo et harcèlement interposé) va être brutalement punis pour ça.

Le jugement est rapidement énoncé : tout le monde doit murir, pas de pardon possible. Et pour cause le fantôme manipulateur va prouver que chaque protagoniste cache des secrets peu flatteurs sur le mode du « Tous coupables ». Par photos et vidéos interposées ils apprennent tout les uns sur les autres et commencent à s’entredéchirer. Le spectateur peine alors à ressentir de l’empathie pour eux et leur mort violente semble donc justifiée. Drôle de morale …

Critique du film Unfriend

Laura Barnes se fait alors une métaphore d’un internet vengeur doté de conscience. Omniprésente, omnipotente, omnisciente, elle est une forme de déesse faisant régner la loi du Talion. Mais le film ne cherche pas plus à pousser la réflexion métaphysique sur une possible divinisation de l’internet qu’à travailler subtilement le thème du harcèlement. celui-ce n’est pas suffisamment traité, à la rigueur voir la vidéo à l’origine de la mort de Laura n’a pas d’importance, ce qu’il aurait fallu travailler plus en profondeur c’est le déchainement de haine et de violence qui s’est produit après sa publication à l’encontre de la jeune fille. Décrire l’humiliation et sa brutalité aurait été bien plus marquant et subtile.

On s’ennuie donc rapidement avant que la tuerie ne débute et que l’on assiste au traditionnel compte à rebours jusqu’à la fin du film : 5 personnages, 4 personnages, 3, 2, 1 … L’originalité n’aura pas duré longtemps.

Ce qui sauve le film est peut-être l’interprétation de ses jeunes acteurs filmés pendant 90 minutes, en plan séquence, chacun devant leur ordinateur dans des pièces différentes de la même maison. Il s’agit là d’une véritable performance. Dirigés par Gabriadze via un oreillette, ils offrent une certaine sincérité dans leurs réactions, surement facilitée par le dispositif, qui donne au film un caractère plus authentique. Cependant cela ne suffit pas d’autant plus que le réalisateur les cantonnent dans sa direction de jeu à la colère et la peur…

Unfriended se fait donc un recyclage 2.0 de films d’horreurs déjà trop vus. L’on aurait aimé qu’il propose une véritable réflexion sur les réseaux sociaux et leur utilisation et joue mieux de son incroyable dispositif. On saluera tout de même son audace.

Note personnelle : 4/10.