Critique- Hill Of Freedom : Le temps qui passe

5min
Hill-Of-Freedom.jpg

Le Synopsys

Une femme (Seo Young-Hwa) reçoit une pile de lettre provenant de son ancien amant. Elle quitte la poste locale, dévale les escaliers de son immeuble, lorsque soudain la pile s’échappe de ses mains, bouleversant ainsi l’ordre de sa lecture et par concordance l’agencement des séquences du film.

Interpretation du réalisateur

Le temps n’existe pas nous explique Mori (Ryô Kase), il ne se matérialise pas tel la chair de notre corps. Le passé, le présent, le futur ne sont que des constructions de notre esprit. Pour son nouveau long-métrage (expédié en 66 superbes minutes), Hong Sang-Soo adopte cette philosophie temporelle en tant que dispositif narratif, le montage alterné entre les aventures (et mésaventures) de Mori et la lecture des lettres par Kwon permettant de mettre en parallèle cette déstructuration de la mémoire et de la narration. Force est de reconnaître le génie de cet agencement, rare sont les cinéastes dont l’œuvre réconcilie autant forme et fond. A vrai dire, nous n’avons pas vu pareil utilisation de la narration non-linéaire depuis le Mulholland Dr. de Lynch.

Japon -Corée : Comment communiquer ?

A travers les lettres, nous découvrons les tribulations d’un jeune homme Japonais, débarquant dans une petite ville de Corée pour tenter de reprendre contact avec son ex. Incapable de balbutier le moindre mot de Coréen, il sera forcé de communiquer en anglais avec les passants, un mécanisme scénaristique brillant, d’abord car le manque de maîtrise évident des divers personnages de la langue de Shakespeare ne permet pas de subtilité de langage tel l’ironie, le passif ou l’euphémisme. Chaque individu avance ainsi démasqué, ne pouvant s’exprimer que d’une manière basique, directe et vraie, sans la possibilité de pouvoir cacher ses intentions. Enfin reconnaissons que c’est une jolie réflexion sur le monde actuel, deux pays quasiment voisins, dont les habitants sont obligés de communiquer en anglais pour se comprendre, plus ouverts sur la domination culturelle Américaine que sur les différentes cultures régionales.

Une analyse sur la société Coréenne

Un manque d’ouverture d’esprit et de connaissance du monde caractérisé par les nombreux clichés que perpétuent les habitants, ce qui a le don d’irriter Mori : « vous aimez les Coréens ? » lui demande la dame qui tient l’auberge, « il y a des Coréens que je n’aime pas, mais la personne que je respecte le plus au monde est Coréenne, on ne peut pas parler de tout le monde, il ne faut pas faire de généralisation. » répond le jeune homme, après quoi la femme s’empresse de rétorquer, « j’aime bien les Japonais, ils sont polis et propre ». Un humour et une légèreté que le réalisateur éparpille à travers l’ensemble du film.

Notre critique sur le film

Venons-en tout de même au premier reproche que l’on peut adresser au film : le choix visuel. Si les longs plans viennent poser un certain rythme indispensable à l’architecture du récit et redoublent l’importance des dialogues, si le refus de couper au milieu d’une scène, d’effectuer des champs/contre-champs basique au profit d’un plan large intégrant les deux personnages (souvent de profil) vient également contribuer à la composition générale du film (les coupes deviennent ainsi un signe de passage du temps), il est néanmoins dommageable, en tant que spectateur, d’observer chaque plan sans pouvoir enlever de son esprit que les images font très numériques. S’il est évident que le metteur en scène profite de caméras peu chers et légères pour travailler rapidement (10 films tournés depuis 2009 !) et en équipe réduite (un générique assez famélique quand on le compare à ce que l’on observe d’habitude), on aurait tout de même aimé voir un rendu d’image à la hauteur de l’écriture et de la mise en scène.

Analyse

Sous ses airs de petite chose sensible et délicate, Hill of Freedom se révèle finalement bien plus profond et complexe qu’il ne laisse paraître. Hong Sang-Soo nous livre un film aux confluents du cinéma de Rohmer et de Woody Allen (avant qu’il ne fasse que des films « petit-bourgeois »), un film qui propose une idée de départ simple traité d’une façon complexe et adulte, à l’opposé du cinéma blockbuster, qui accomplit toujours l’inverse. Rempli d’éléments chers à Hong : nourriture, sexe et conversation, accompagné d’une partition piano aussi simple que touchante, Hill of Freedom (le nom du café au centre du village) est un bijou de film sur la nature et le désir humain.

Ma note personnelle : 8/10