Critique du film « Love  » : L’art de la provocation

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Qui ne se souvient pas de la caméra mouvante, des plans séquences ou encore de l’obscénité qui nourrissent et hantent les scènes d’Irréversible et d’Enter The Void ?

Réalisé par un provocateur

Le maitre de la provocation, Gaspar Noé revient avec un quatrième long métrage qui depuis sa présentation en séance de minuit au Festival de Cannes n’a cessé de faire parler de lui. Comme à son habitude, le réalisateur a su suscité la controverse : Alors que l’avis des festivaliers convergeait nettement à la sortie de la projection officielle, Fleur Perrin avait quant à elle demandé à la commission de classification du CNC de l’interdire aux mineurs, la ministre de la culture n’ayant pas obtenu gain de cause puisqu’il a finalement été interdit aux moins de seize.

Synopsys du film

A travers ce film, Gaspar Noé avouait avoir essayé de « reproduire la passion d’un couple amoureux dans tous ses excès aussi bien physiques que émotionnels ». Mais ce pari risqué est-il une réussite ? Love arrive t-il à montrer l’état amoureux dans ce qu’il a de plus charnel ou est-il un triste film pornographique déguisé afin d’être diffusé en salle ?

Depuis qu’il a perdu la personne qu’il considérait comme son âme soeur, Murphy se sent las et désespérément seul. L’appel de la mère d’Electra à propos de la disparition de sa fille éveille en lui un sentiment refoulé : sa vie familiale ne lui convient pas. Il se remémore alors l’espace d’une journée la relation passionnelle et destructrice qu’il viva avec Electra durant deux ans.

Difficile de trouver des acteurs renommé pour un film tel que Love où l’intimité de chacun est mise à rude épreuve.. pour ce faire Gaspar Noé s’est entouré de trois acteurs novices dont les noms ne vous seront donc pas familier : Karl Glusman, Klara Kristin et Aomi Muyock, cette dernière se démarquant nettement du jeu fade et mièvre de ses deux camarades. Le réalisateur a de nouveau fait appel au directeur de la photographie Benoît Debie qui fournit comme toujours un travail remarquable. La mise en scène est parfaitement maitrisée, Love est un film esthétique, joli et soigné. Gaspar Noé est manifestement et indéniablement un très bon réalisateur, il joue avec les rayons de lumières comme il joue avec sa caméra, il sait filmer ses personnages, il sait les magnifier mais le problème est tel qu’il n’a jamais su les travailler et leur donner de la profondeur. On ne connait finalement que très peu de choses sur ces protagonistes qui ont un véritable potentiel, celui d’être des créatures fascinantes mais qui ne le sont malheureusement pas. Le trio et plus souvent le duo Murphy/Electra ne sont que trois corps, trois objets, trois marionnettes utilisés à des fins sexuelles dont l’un prévaut sur les deux autres (le plaisir masculin domine nettement sur le féminin).

Les scènes sexuelles, pourtant électriques et sensuelles sont bien trop récurrentes et explicites et composent une grande partie du film. Le sexe ne vient pas seulement combler les vides scénaristiques, il est le seul et unique élément du scénario. Noé souhaite à la fois séduire et déranger son spectateur et c’est justement cette position de provocateur qu’il occupe qui gâche véritablement le potentiel de son film. Gaspar Noé fait preuve d’un narcissisme certain en multipliant les allusions maladroites et grossières à sa personne et à son travail. Il s’amuse à faire référence à Enter the Void ou Seul contre tous, à donner son nom à l’enfant de Murphy, à « discrètement » se déguiser en amant loufoque à l’aide d’une perruque ridicule ou encore à insulter le spectateur de « piece a shit », Gaspar Noé ira même jusqu’a nous proposer une éjaculation faciale en 3D déjà devenue culte.

Love est donc un film dont la beauté visuelle est gâchée par une trame narrative inaboutie et par l’arrogance de son réalisateur qui mise sur la qualité de sa mise en scène au dépend de son scénario. Peut être aurait-il fallu aborder la question de la représentation de l’acte sexuel et des sentiments amoureux avec davantage de profondeur, de finesse et de pudeur.

Note personnelle : 6/10