Chemin de croix : du sacrifice au suicide

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Chemin de croix est le quatrième film réalisé par l’allemand Dietrich Brüggemann et a obtenu l’Ours d’argent du Meilleur Scénario au festival du film de Berlin. Brüggemann nous fait découvrir quatre nouveaux acteurs prometteurs : Lea van Anken (l’actrice principale), Lucie Aron, Moritz Knapp et Georg Wesch. Aucun d’eux n’avait joué pour le cinéma avant Chemin de croix.

Synopsys

Le film de Dietrich Brüggemann reprend les quatorze étapes du chemin de croix dans son découpage en quatorze plans séquence, quasiment tous fixes (seuls trois plans, correspondant à des moments clés de la vie du personnage principal, dérogent à la règle). Ce personnage principal, c’est Maria, interprété par l’étonnante Lea Van Acken. Maria est une adolescente de 14 ans qui vit dans une famille catholique fondamentaliste, c’est-à-dire attachée aux principes originels de la doctrine catholique et opposée à toute forme de modernisme. Ainsi, dans la famille de Maria, il est impensable qu’une fille se maquille ou que quiconque écoute du rock, cette « musique sataniste ».

La première scène

Elle consiste en un cours de catéchisme auquel le spectateur participe puisqu’un espace est laissé, sans chaise, entre les enfants, et que le prêtre assis de l’autre côté de la table pointe la caméra du doigt quand il parle des pécheurs contre lesquels les défenseurs de la « vraie foi » doivent lutter. Impossible de ne pas se sentir visé. Maria a décidé de devenir un « soldat de Dieu » et de défendre les principes de sa paroisse ; petit à petit, elle se met à l’écart de tous ceux qui ne partagent pas les idées fondamentalistes – à l’exception de Bernadette, la jeune fille au pair de la famille, pour qui elle a beaucoup d’admiration. Maria subit les moqueries des autres et refoule ses sentiments pour un garçon qui lui plaît. Si elle supporte les souffrances que ses choix lui apportent, c’est parce qu’elle désire sacrifier sa vie pour que son petit frère puisse parler. Sacrifice… ou suicide ? Car il est évident que l’adolescente va mal, et que son mal être vient de sa famille, composée d’une mère tyrannique, d’un père effacé et de frères et sœurs effrayés.

On comprend alors que si Maria s’enferme dans sa foi et désire se sacrifier, ce n’est pas tant parce que l’église lui enseigne des idées rétrogrades mais plus pour fuir un environnement familial qui la rend malheureuse… Le film montre ainsi brillement la fine frontière entre sacrifice et suicide, entre folie religieuse et mal être social.

Les rares mouvements de caméra sont très symboliques. Le travelling latéral pendant la Confirmation illustre le passage de l’enfance à l’âge adulte, le travelling vertical représente la montée aux cieux… Le découpage selon les stations du Chemin de croix n’est pas toujours pertinent, d’une part en ce qui concerne la correspondance entre les plans et les stations, d’autre part parce que Maria est ainsi identifiée à Jésus. Certes, la jeune fille se sacrifie pour son frère comme Jésus se sacrifie dans la Bible pour sauver les hommes, mais l’assimilation de Maria à Jésus ne fonctionne pas très bien. D’ailleurs, elle ne colle pas avec le premier plan, dont la composition rappelle le tableau de Léonard de Vinci, La Cène. Dans ce plan, c’est le prêtre dispensant le cours de catéchisme qui est associé au Messie, pas la jeune fille.

Conclusion

Le Chemin de croix de Dietrich Brüggemann est un beau film. Son esthétique lisse et sa forme « sérieuse » n’empêchent pas au spectateur d’éprouver de l’empathie pour les personnages, mais créée une distance permettant de ne pas tomber dans l’identification – et au contraire, de rester critique. A voir, donc.

Ma note personnelle : 7/10

La bande annonce ici

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