Chappie : Chapeau, quel film!

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Et c’est le mois de Mars qui s’annonce, fleurant bon les giboulées légères, les pâquerettes au parfum timide et fleuri, les mélodieux refrains de nos amis à plumes colorées… ET LE TITANE FUMANT DE ROBOTS ACCOMPAGNE DE BONNES EXPLOSIONS DE GROS CALIBRES. Vous l’avez compris, nous parlons dans cette critique du très attendu « Chappie », du réalisateur sud-africain Neill Blomkamp, connu du grand public depuis son excellent et très intelligent « District 9 » (2009), puis de son plus accessible mais très correct « Elysium » (2013)… Un film qui réunit cette fois à l’écran Dev Patel (« Slumdog Millionnaire »), Hugh Jackman, Sigourney Weaver, et pour la première fois à l’écran, le duo électro – hip-hop Die Antwoord ! Retour sur un film d’anticipation prometteur !

Synopsys du film

« Chouppie », c’est l’histoire d’un gosse trop chappie (hahaha), un petit être très malin dont on assiste à la naissance, promesse d’espoir dans un contexte particulièrement compliqué en Afrique du Sud. Le crime est partout, la population angoissée, aussi les politiques décident de faire créer par une société indépendante les « Scouts », des robots soldats humanoïdes hyper performants, pour se battre aux côtés de forces de police. « 22 » est l’un d’entre eux, mais, suite à plusieurs altercations violentes, il est déclaré irréparable et bon pour la casse. Mais Deon, jeune et brillant concepteur des Scouts, décide de récupérer son corps afin d’y insérer sa toute dernière invention : une Intelligence Artificielle flambante neuve qui lui permettra de d’apprendre, de penser, et de ressentir comme un humain… Alors que ses diodes oculaires se rallument, Deon assiste à la naissance d’un enfant doté d’un corps de titane de deux mètres de haut, et qui va bouleverser son existence… Chappie est né.

Pourquoi il faut regarder le film (sans spoil)

On n’en dira pas plus pour ne pas spoiler tout l’enjeu du film, mais on peut toutefois parler de la présence des thèmes chers à Neill Blomkamp : un futur proche désolé aux inégalités accrues, au bord de la guerre civile, et une rédemption, un retour à la paix qui passe nécessairement par l’hyper technologie et la mutation de l’Homme, ici en robot « intégral ». Ce thème n’est pas sans rappeler certains films qui ont marqué la SF et le film d’anticipation : « I, Robot » par exemple, mais aussi et surtout « Robocop » (le vrai, hein, celui de 1987) dont le pitch est étonnamment similaire, à l’instar de son esthétique (le robot humanoïde VS le robot « monstrueux »), de certains plans, de son dénouement et d’une partie de son message (sans toutefois qu’il s’agisse d’une réplique, pas d’inquiétude). Neill Blomkamp confirme ainsi son obsession névrosée pour un futur sombre qu’il n’envisage que par le changement scientifique, nouvelle religion des vingtièmes et vingt-et-unième siècles…

Analyse complète du film Chappie

On remarque également l’apparition chez le réalisateur d’un thème supplémentaire et inhabituel : celui de l’enfance, avec un personnage qui, en deux heures de film, passe de la naissance à l’âge adulte… Difficile, au-delà des pitreries de Chappie, de ne pas y voir en filigrane une interrogation autour de la vie (« sa durée de batterie ») et la mort (sa « destination »)… Le thème de l’enfance permet aussi, via des séquences aux ralentis impressionnants, d’aborder brièvement mais surtout d’expliquer l’exclusion, la différence. Chappie fait ici usage de son plein potentiel en tant que personnage puisqu’il permet au réalisateur de poser nombre de questions à haute voix (« Maman, qu’est-ce que c’est un mouton noir ? », « Maman, c’est quoi une conscience ? »). C’est donc l’enfance dont il est question ici, et qui est la corde sensible sur laquelle jouera la mise en scène.

Un film plus profond ?

Notre regard sur l’histoire est donc double : on a d’abord celui de son créateur, Deon, génie humaniste, faible physiquement, soudainement « papa » d’un être naissant doté d’une intelligence propre, puis celui de Chappie, invincible créature de métal, vierge de toute considération et influence sociale mais pas dénuée de sentiments, reflet de ce qu’est, selon le réalisateur, l’humain de demain.

Un autre contrebalancement fort (et intéressant car il allège la lourdeur thématique de l’histoire…) est à relever : la forte présence de l’humour dans « Chappie », qui permet de rendre plus agréable les évènements, de souffler entre deux séquences de maltraitances… Un film drôle dans la manière dont il singe l’enfance, d’une part, car le concept du robot enfant en train d’apprendre n’est pas si fréquent que cela (et parce que l’adulte qui sommeille en vous ne pourra pas s’empêcher de couiner des petits « il est vraiment trop mignooooon… »), mais aussi, d’autre part, par le gangsta style de certains personnages qui entourent le robot, qui finit lui-même par les imiter. Et un droïde qui a un gros « $ » au bout d’une chaîne en or à son cou, ça envoie son swagg.

Analyse: Mise en scène

À ce niveau Neill Blomkamp nous rappelle qui est aux commandes, avec sa manière très particulière d’entrer dans une action réaliste, servie par ses très bonnes techniques de docu-fiction habituelles, des plans rendus vivants par une caméra épaule au montage dynamique et ses coupes nombreuses et hachées. A nouveau, on est dans l’action, on la vit, presque pour rappeler qu’il s’agit d’un futur quasi immédiat que nous présente le réalisateur Sud-Africain.

Critique: Le jeu d’acteur

Concernant sa direction d’acteur, on retrouve un soin tout particulier accordé à la création de Chappie, ainsi qu’au traitement de la voix, modifiée à partir de son acteur fétiche, Charlto Copley, qui le suit depuis « District 9 ». Le personnage principal s’affiche d’abord comme le croisement entre un petit enfant et un bébé Amstaff en acier, mélange de naïveté un peu débile et de puissance cachée (qui l’étonnerait lui-même et ferait dresser en l’air ses deux oreilles de lapin rigolote – Yenneka, je t’aime mon chien), mélange évolutif donc, puisque Chappie « grandit » extrêmement vite, jusqu’à devenir l’égal et bien plus que son propre créateur, à terme… Le « robot » et « l’enfant » n’ont jamais été aussi bien mêlés. Dev Patel, dans le rôle du jeune scientifique Deon, créateur de Chappie, est de son côté très touchant par son approche d’une certaine forme de paternité et par son humanisme (ou est-ce du « robotisme » ?) à tout épreuve. Le grand écart obtenu entre ce film, celui qui l’a révélé au cinéma (« Slumdog Millionnaire », 2008), et les autres qu’il a pu tourner entre temps nous montre définitivement que cet acteur de vingt-cinq ans est désormais un de ces incontournables discrets qui ne manquent jamais de se renouveler et de nous surprendre.

Les autres acteurs sont beaucoup plus en retrait, bien que tous très forts en gueule, car immensément moins originaux. Passons outre Sigourney Weaver qui nous sort une nouvelle variation de son personnage du Dr Augustine (« Avatar », 2009) pas super intéressante, et Hugh Jackman qui s’est accordé avec son coiffeur pour tenter de faire revivre Chuck Norris et sa coupe mulet (mais PERSONNE ne peut faire revivre Chuck Norris, c’est bien connu… Sauf peut-être… Vous connaissez la suite.), et qui du coup a oublié qu’il savait jouer un peu mieux que correctement, BREF, on en arrive, bien sûr, aux deux lascars qui nous intéressent, j’ai nommé Yo-Landi Vi$$er (de son vrai nom Anri du Toit) et Ninja (aka Watkin Tudor Jones), membres d’un Die Antwoord (groupe électro – hip-hop, en gros) au succès grandissant depuis la fin des années 2000, et dont tout le monde attendait l’arrivée sur grand écran, le groupe n’ayant jamais caché ses ambitions cinématographiques futures… A l’arrivée, les deux musiciens/acteurs offrent une performance à peu près honorable, mais qui ne restera probablement pas dans d’autres mémoires que celles des aficionados du groupe. Pourquoi ? Parce que Die Antwoord qui est Die Antwoord à l’écran est très désagréable, particulièrement lorsqu’ils conservent leurs pseudos scéniques ou, pire, quand ils portent les t-shirts du groupe devant la caméra ! Quelle est la symbolique ? Le message ? Plus simplement, franchement, quel intérêt, autre que commercial ? Yo-Landi et Ninja jouent à être leurs propres personnages, dans une Afrique du Sud violente et gangrénée par le crime, certes, mais que doit-on comprendre ? On ne sait pas, qui plus est, on en est gêné, car, et cette remarque est valable pour absolument TOUS les films, les caméos et autres apparitions clin d’œil de ce type nous font définitivement « sortir » du film. En effet, on ne voit plus un acteur mais un musicien, une chanteuse, potentiellement vus par les spectateurs il y a à peine un mois et demi au Zénith de Paris, et notre rapport avec la fiction, la « réalité du film » en est totalement bouleversée. Et c’est vraiment chiant, pour le gens sensibles à ce genre d’apparitions qui n’ont pas réellement lieu d’être… Bon, au-delà de ça, les deux sont plutôt rigolos dans leurs rôles respectifs de gangstas atypiques.

Critique finale

A noter, tant qu’on parle de Die Antwoord, qu’ils signent bien évidemment la musique du film, accompagnés pour l’occasion de Hans Zimmer, qui a rejoint le projet assez tardivement, mais malgré cela, petite claque, le mix des univers fonctionne admirablement bien ! On a donc droit à une musique très « personnelle », qu’on pourrait croire écrite par Chappie lui-même pour exprimer ses peurs, interrogations, et espoirs en l’avenir. Un très bon boulot de ce côté-là, et un bravo aux deux artistes sud-africains, acteurs et compositeurs, pour avoir réussi cette double performance.

« Chappie » est donc un film qui instaure définitivement Neill Blomkamp comme un « grand » du film d’anticipation. Peu original dans son pitch, il l’est plus par le traitement de ses thèmes, par la mise en scène de son personnage principal adorable et si peu conventionnel, et par une technique qui, bien qu’éprouvée auparavant par son réalisateur, reste une signature particulière qui gage de sa bonne facture ! Un divertissement entraînant et intelligent !

Ma note personnelle : 8/10

Vous pouvez retrouver le teaser ici

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