« Cake » : Un drame pas si tarte

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Il arrive que nous nous enfermions dans une salle obscure par une belle après-midi pleine de soleil et de printemps parce que nous savons qu’au cinéma il nous est possible de vivre en 2h00 ce que dans la vraie vie nous mettrions des années à vivre, voire ce que nous ne vivrions jamais.

Le mal-être qui prend aux tripes du personnage interprété par notre « friend » préféré, Jennifer Aniston, n’est bien entendu souhaitable à personne. Qui mieux que le cinéma nous permet de sentir de nouvelles manières d’être sans nous mettre en danger ? Connaitre de nouveaux personnages est comme rencontrer de nouvelles personnes, à cela près que nous accédons à eux directement de l’intérieur et que moins ces personnages nous ressemblent plus ils élargissent notre horizon. Cake, c’est ce que nous ne voulons ô grand jamais vivre, tout en sachant que c’est possible…

Mais passons ces considérations pseudo philosophiques et arrêtons-nous sur le principal : notre Jenny internationale dans la peau d’une névrosée dépressive sans fards ni entrain ni sourire (ce pourtant si charmant sourire qu’il eut séduit un temps l’un des acteurs les plus sexy d’Hollywood !) et dont le cynisme et la profonde dépression la confine dans une écrasante solitude trompée par sa seule femme de ménage (ou plutôt femme à tout faire). Cette dernière tente vaille que vaille de soutenir sa patronne, qui fait une nouvelle fixation sur le suicide d’une de ses amies de son groupe de soutien et décide de s’immiscer dans la vie de son veuf. A coup de grandes avalées médicamenteuses et de crispations douloureuses sur le visage, Claire Bennett sa cramponne maladroitement à la vie depuis un accident qui a coûté la mort de son jeune fils. Terrible synopsis et interprétation à contre-emploi des habitudes de Jennifer : c’est pourtant cet inattendu rôle qui pourrait lui donner l’occasion de prendre sa part du gâteau aux prochains Oscars, après une absence de nomination à la cérémonie de cette année.

Le long-métrage de Daniel Barnz offre la réplique à Anna Kendrick, qui joue l’obsédant et très glamour fantôme de l’amie suicidée, mais aussi à Felicity Huffman (visiblement appréciée par le réalisateur qui lui avait offert un autre second rôle dans le délicieux Phoebe in Wonderland quelques années auparavant), à Sam Worthington (sur lequel on peut se rincer l’œil, même drapé de son malheur), ou encore et surtout à Adriana Barraza, une des favorites du cinéma d’Alejandro Gonzales Inarritu. D’ailleurs, prenons le risque de faire un parallèle avec les drames du célèbre mexicain pour lequel la question de la mort et de son refus sont des thèmes privilégiés puisque dans Cake aussi, malgré le mielleux du titre, l’interrogation sur la perte et son non-sens guide le récit.

Ce film prouve que Jennifer Aniston mérite plus que des rôles de bonne copine aux blondeurs californiennes, d’ailleurs son interprétation ne tombe pas dans un pathos nauséeux. Son visage traduit avec justesse les émotions qui pourraient être notre dans une telle situation et on se surprend à adopter les mêmes expressions que l’anti-héroïne à certains moment de l’histoire. On aurait peut-être voulu que son côté tordu, notamment dans l’entreprise de recherche sur le passé de Nina (son amie suicidée) soit davantage poussée. Son ton sarcastique et sa tendance à perdre la boule aurait pu rendre ce film plus puissant émotionnellement. Donner à voir ce qui ne tourne plus rond dans la douleur rend l’intrigue moins plate et rappel vaguement Ghost à nos souvenirs, mais sans nous convaincre tout à fait. On peut aussi regretter le manque de relief des personnages secondaires, cantonnés à une palette de sentiments un peu limité. On apprécie cependant les coups de gueules respectifs de Roy et de Silvana, qui donne son sel à Cake.

Co-productrice d’un film dont nous pouvons aussi saluer une bande-son sans fausses notes, Jennifer déclara suite à sa projection au festival de Toronto comme « c’est fantastique et très libérateur de lâcher prise », tandis que Daniel Barnz a lui-aussi chanté ses louanges en affirmant que « C’est l’actrice la plus courageuse que je connaisse car elle a laissé son orgueil derrière elle ». Vous êtes prévenu : nous sommes à mille lieux des comédies romantiques auxquelles nous avons été habitués. Notez quand même que sans qu’elle ait eu besoin de s’enlaidir pour rafler l’oscar, Julianne Moore a elle aussi donné une brillante interprétation d’une difficile expérience : celle de la maladie d’Alzheimer… Et sans avoir la prétention de contester la pertinence de donner au public un aperçu de toutes ces vies qu’on ne vit pas, et d’ailleurs qu’on ne souhaite, répétons-le, pas vivre, on vous suggèrera quand même de traînasser sous le soleil avec des copains après avoir visionné Cake, histoire de faire le plein de vitamine D et de se « relever » (petit clin d’œil à la dernière scène du film) après le visionnage.

Ma note personnelle : 7/10

Retrouvez la bande annonce du film cake ici

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