Big Eyes : un film qui vaut le coup d’œil !

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Tim Burton, ça vous dit toujours quelque chose ? Après presque deux ans et demi d’attente, on est en droit de se poser la question, surtout quand le bonhomme a pondu huit long-métrages en à peine plus d’une décennie… Mais n’ayez crainte, chez au-bout-du-film.fr, nous avons la mémoire longue et nous attendions donc de pied ferme le petit dernier du plus bizarre des réalisateurs hollywoodiens, « Big Eyes » (et son dix-septième film, eh oui, déjà !) ! En compagnie d’un duo inattendu, formé d’Amy Adams et de Christophe Waltz, il s’attaque une nouvelle fois au film biographique, avec pour thème une colossale arnaque du monde de la peinture et de l’art moderne. Un film qui vous étonnera sûrement… Par son anti-burtonisme !

Synopsys

1958. Quelques bagages sont faits dans la précipitation, les portes claquent, le moteur vrombit. C’est ainsi que Margaret, jeune épouse, s’enfuit du domicile conjugal avec sa petite fille Jane, quittant un mari dominateur et supposé violent. Elle quitte ainsi sa banlieue calme et pastelle pour se retrouver au cœur de la fourmillante San Fransisco, sans revenus ni adresse, mais avec de la liberté à revendre. Son don pour la peinture et sa motivation à élever sa fille seule lui font trouver un emploi de décoratrice de meuble, petit boulot qui lui laisse le temps de s’adonner à sa passion comme elle l’entend. C’est en faisant des portraits à un Dollar pour des passants qu’elle rencontrera Walter Keane, peintre également mais charmeur avant tout, qui l’épouse rapidement et promet de protéger Jane. Le couple est heureux, mais les finances piétinent, et Walter désespère de vendre ses toiles et de devenir un artiste riche et célèbre… Jusqu’au moment où, par une habile combinaison de hasard et d’intérêts communs, les tableaux de Margaret (devenue « Keane » et signant ainsi) s’arrachent soudainement… Walter s’approprie, d’abord par mégarde puis volontairement, la paternité des toiles de sa femme, consentante… C’est le début d’une des plus grosses arnaques de l’art contemporain…

Critique et Analyse complète du film

Ce sont Scott Alexander et Larry Karaszewski, deux acolytes ayant à plusieurs reprises travaillé ensemble, qui signent un scénario qu’ils devaient à l’origine réaliser, avant que Burton producteur ne devienne Burton producteur/réalisateur. Au passage, signalons que nos trois lascars ont déjà collaboré, et selon ce même schéma, sur un certain « Ed Wood »… Premier et seul autre film biographique réalisé par Tim Burton, en 1994 !

On retrouve ainsi le thème de l’artiste seul et rejeté de tous pour la « grossierté » de son art, et dont les œuvres ne seront reconnus que plus tard, soutenu seulement par une « production » au diktat permanent, celui de la rentabilité. En effet, et de la même manière que dans « Ed Wood », il y a beaucoup du « Tim Burton Artiste » dans ce film. Bien sûr, on peut retrouver le « Tim Burton Personnage » dans quasiment tous ses films, sous différents visages et sous différents rôles, mais, on le croise ici d’une manière bien plus vraisemblante, sous moins de masques et de maquillage. Burton se reflétait en Ed Wood, et de la même manière il se reflète en Margaret Keane, en femme cette fois, certes, mais sa propre mise en abîme et celle de son cinéma n’en sont pas moins saisissantes. (Au contraire, en se centrant sur un peintre, Burton revient à ses premiers amours, lui qui est féru de dessin et de peinture, et qui a par ailleurs commencé sa carrière comme dessinateur pour Disney, rappelons-le.)

Peut-on lire alors, à travers « Big Eyes », un mélange de subtiles critiques envers le milieu de la production artistique hollywoodienne, ou une menace envers ceux qui tenteraient de s’approprier son travail ? Probablement, oui, ainsi que son habituel dédain moqueur pour la surconsommation, en pleine explosion au milieu des années soixante… Mais Burton a ce toujours ce petit rictus de génie enfantin, celui qui semble le faire sourire de tout, et ne pas tomber dans la méchanceté gratuite. Aussi le film reste léger, raconté par une voix off comme un conte presque amusant (et certains passages sont réellement drôle, oui !).

Le film reste, passé ce stade, quasi hermétique aux autres thématiques burtoniennes. Point de magie, de gothisme, ou de monde des morts, nous sommes dans le monde réel et entendons bien y rester. On sent pourtant que le réalisateur a lui-même du mal à ne pas sauter le pas quand Margaret commence à être prise de panique devant les ventes astronomiques de ses œuvres… Au point qu’il risque quelques plans joliment surréalistes (les personnages aux « Big Eyes ») trop rapidement perdus par un esthétisme qui n’assume pas de plonger dans la folie du personnage… Dommage…

… Bien que cohérent vis-à-vis du reste du visuel du film (et de la réalité historique bien sûr), étonnamment discret pour un Burton. Hormis un plateau de couleurs assez kitchs et propres aux sixties (avec une ouverture rappelant étonnamment celle d’ « Edward aux Mains d’Argent » !), ainsi qu’un suivi intéressant de la technique télévisuelle en cette période charnière (qui permet un traitement différent de chaque interview/plateau de télévision), la mise en scène se fait extrêmement classique, et décevra bien des fans de la première heure, s’ils ne savent pas s’adapter aux variations artistiques d’un réalisateur qui commence sûrement à mûrir un peu, et que les derniers films n’ont pas laissé indemnes tant ils n’avaient plus grand-chose d’originaux pour leur publique…

Un point sur le jeu, pour terminer, avec un binôme que l’on n’attendait pas au tournant, mais qui fonctionne pourtant très bien. Si Amy Adams sort particulièrement son épingle du jeu grâce à une palette d’émotion variées et puissante (et mérite très probablement son Golden Globe), Christoph Waltz, très bon, est limité par ce rôle de petit escroc un peu minable et sans envergure… On le retrouve heureusement le temps d’une confrontation finale des deux conjoints, lors de laquelle il se montre fidèle à lui-même et, à son habitude, fabuleux en acteur comique. Un résultat plus que positif !

« Big Eyes », le film de la maturité ? Non, on ne va pas utiliser une trouzemillième fois ce terme vidé de son sens, et qui plus est, si l’on devait choisir, serait directement et sans hésitation attribué à un autre « Big », en 2003. Mais une petite pierre de plus sur l’édifice d’un réalisateur en pleine mutation, pour le pire peut être, mais pour l’instant, surtout pour le meilleur !

Ma note personnelle : 7/10

Vous pouvez retrouver la bande annonce du film ici