Au Bout Des Labels – BadBadNotGood & Ghostface Killah

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Il y a quelques temps, je vous avais parlé du trio canadien BadBadNotGood avec la sortie de leur troisième opus chez Innovative Leisure, sobrement intitulé III. Et bien le groupe nous revient avec un album collaboratif dont ils ont fait les instrus pour accompagner les voix du rappeur new-yorkais Ghostface Killah et de ses guests. Le disque s’appelle Sour Soul et sort sur le label indépendant londonien Lex Records.

La Genèse

À l’origine, l’idée vient du producteur de hip-hop Frank Dukes. Le dude Dukes avait accompagné le Killah quelques temps en tant que DJ. Après ça, il s’est vu proposer la prod d’un album complet. L’idée en tête, il découvre BadBadNotGood qui venaient de se faire remarquer avec leur vidéo Youtube The Odd Future Sessions. Les Canadiens y reprenaient des titres de Tyler The Creator, qui, ayant bien apprécié le projet, avait parlé d’eux sur son compte Twitter. Ainsi, Dukes les a invité à une session studio à New York en 2012. En cinq jours, le groupe y a enregistré cinq chansons. Après acceptation du vétéran du Wu-Tang Clan, Frank Dukes lui a envoyé quelques sons. De son côté, Ghostface a enregistré des couplets à mettre sur les instrus. S’en suit une période de trois ans de mixage et de peaufinage et d’échange de tracks avant la sortie de l’album en 2015.

L’univers sonore

Depuis la sortie de Twelve Reasons To Die, le dixième album de Ghostface, l’univers sonore a totalement évolué. En effet, depuis son premier album solo, Ironman, son inspiration a été tirée, en grande partie, des comics Marvel et de la musique Funk et Soul des 60’s/70’s. Mais depuis Twelve Reasons To Die et jusqu’à Sour Soul, l’ambiance des disques évoquent les bandes-sons des films type blaxploitation des années 70. BadBadNotGood a relevé le défi et s’en est plutôt bien sorti. Ils nous proposent des instrus assez sombres avec des rythmiques plutôt lentes et calme qui s’adaptent parfaitement avec le nouvel univers désormais célèbre du Killah.

L’album

Seulement quelques mois après la sortie de 36 Seasons, son onzième album studio, Ghostface Killah revient sur le devant de la scène avec un album plutôt court de seulement 33 minutes. Et, malheureusement, on y ressent la conséquence de son emploi du temps chargé. La plupart des chansons ne contiennent qu’un seul couplet posé par Ghostface lui-même et, quand le morceau lui permettrait d’en faire plus, un guest vient prendre sa relève. Le rappeur va même jusqu’à recycler, dans « Six Degrees« , le texte de “I Go Hard” sur lequel il était en featuring avec Wiz Khalifa et Boy Jones pour la BO de The Man With The Iron Fists. Un peu dommage.

BadBadNotGood et Ghostface Killah nous livrent un bon album assez tranquille qui dégage une atmosphère très envoutante. On regrette juste un peu le manque d’implication du Killah. Quant à BadBadNotGood, ils nous prouvent qu’ils ont de la ressource et s’offrent ici la possibilité de changer cette image de groupe purement jazz qu’ils n’aiment pas plus que ça. Bref, je m’en vais réécouter le disque, histoire de me retrouver, une fois de plus, dans cette ambiance très particulière d’un sombre club de jazz qui aurait accepté en guest un grand nom du hip-hop new-yorkais.