Annabelle : un film maudit ?

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Le film d’horreur Annabelle fait l’objet d’une vague d‘interdictions dans les salles françaises. En effet, plusieurs cinémas ont décidé de le bannir suite à des « débordements de violence » : les responsables de l’UGC de Strasbourg ont évoqué des « bagarres dans les salles », tandis que la direction du cinéma Le Prado a Marseille parle d’ « une clientèle de jeunes pas facile ».

Il semblerait en effet que le film, interdit aux moins de 12 ans, ait attiré un public d’adolescents perturbateurs qui n’hésitent pas à se comporter dans les salles « comme à la maison » : non seulement les jeunes commentent à voix haute leurs impressions sur le film, mais ils provoquent aussi des altercations qui finissent en bagarres générales. Le phénomène rappelle des incidents qui avaient marqué la sortie puis la déprogrammation de deux films d’horreur en 2012, Paranormal Activity 4 et Sinister : des projections avait dégénéré à Mantes-La-Jolie lorsque des jeunes avaient pillé les comptoirs à confiserie et uriné sur les fauteuils. Cependant, le comportement des adolescents semble s’être cette fois-ci concentré dans la salle de projection : le film sur la poupée démoniaque aurait-il ensorcelé son public ?

Les témoignages de spectateurs pullulent sur twitter, et les médias se font la guerre du mauvais buzz/bon buzz. En effet, il s’agit d’une publicité supplémentaire pour le film qui a déjà bénéficié d’une campagne commerciale très importante, et cette nouvelle réputation de « film qui rend fou » exploitée par quelques médias pourrait bien relancer l’intérêt du public pour cette oeuvre (non pas qu’elle en ait besoin, ayant surpassé Gone Girl de Fincher et Mommy de Dolan au box office). Cependant, un nouvel évènement de ce genre vient à nouveau entacher le regard du grand public pour les amateurs du cinéma de genre : l’analogie peut être rapide entre les jeunes surexcités qui cherchent n’importe quelle excuse pour provoquer un litige et un public plus mature qui s’intéresse au cinéma d’horreur contemporain. Le distributeur Wild Bunch avait pourtant demandé aux spectateurs « de bien vouloir être respectueux des règles de courtoisie » : la distribution de films de genre en France, qui n’était déjà pas facile, semble aller de mal en pis. Il serait dommage que le comportement de quelques jeunes qui se laissent déposséder de leur sens commun par la tension et l’excitation que provoque le film stigmatise un important public cinéphile.

Il est intrigant qu’un nouvel évènement vienne entacher l’histoire du film réalisé par John R. Leonetti et produit par James Wan ; le réalisateur raconte en effet que de nombreux incidents se sont produits lors du tournage, entre autres : « nous sommes allés dans l’appartement dans lequel nous tournions, et nous avons vu la pleine lune dans la fenêtre du salon ; à travers la poussière sur la vitre se dessinaient trois longs doigts, et notre démon a trois longs doigts. Les marques étaient éclairées par la lune, j’ai une photo. C’était fou ! ». Le film explique que la véritable poupée Annabelle repose dans la cave des démonologues Ed et Lorraine Warren, enfermée dans une boîte en bois, et est bénie deux fois par mois par un prêtre. Est-ce que c’est elle qui cherche à nouveau à mettre des bâtons dans les roues du film qui raconte son histoire ? Mystère. En tout cas, il est certain que ces incidents, qu’ils fassent une bonne ou mauvaise publicité au film et à son public, auront des conséquences pour le score d’Annabelle au box-office, mais aussi pour le regard porté sur le cinéma de genre en France.