Analyse True Detective Saison 2 Episode 6: Les héros avancent en reculant

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Après deux épisodes définitivement plus intéressant, on sentait cette saison enfin sur les bons rails. Malheureusement, cet épisode six a fait un bond en arrière en terme d’intérêt, faisant rechuter des intrigues montées en tension et négligeant encore et toujours cette pauvre enquête qui n’a le droit qu’à un quart d’heure de gloire par épisode. La fin des espoirs est proche, mais il en reste encore un peu.

 » Où est passé True Detective? « 

C’est la grande question posée par beaucoup de fans inconditionnels de la première saison qui trouvent que la seconde n’a pas le niveau ni le charme de son aîné. Et à deux épisodes de la fin de cette histoire assez dense pour une mini-série, on commence à discerner plusieurs problèmes concernant l’évolution de la série. Et s’il y en a une qui chasse toutes les autres, c’est que quatre personnages centraux, c’est trop, beaucoup trop.

Là où Game of Thrones peut se permettre d’entretenir un ensemble d’intrigues car la géopolitique de l’univers y est omniprésente, True Detective n’a pas ce luxe, avec une enquête concentrée sur un seul territoire et ne possédant alors aucune variété. Ce qui du coup devrait être primordial passe au second plan au profit de plusieurs scènes lourdes autour du passé tourmenté de chacun.

On reprends les bases

Exit Woodrugh et son homosexualité refoulée, exit Bezzerides – enfin pas tout à fait mais on va y revenir – et son problème de gestion de sa vie personnelle, cette semaine c’est Velcoro qui a le droit à son passage sur son passé difficile en confrontant d’abord le violeur de sa femme puis en acceptant de donner raison à sa femme en lui laissant son fils, à condition qu’elle ne lui donne jamais le résultat du test de paternité qui n’a pas encore été divulgué. Tout cela se révèle dans une scène lourde, lente lors d’une visite de son fils sous les yeux d’une assistante sociale ce qui ne plaît pas à Velcoro évidemment.

Et c’est dommage car ce début d’épisode avait démarré sur une bonne tension entre Velcoro et Semyon, chacun se méfiant de l’autre en pointant une arme sous la table. Malheureusement, la façon dont les choses se calment est encore assez floue concernant la manière dont Frank et Ray se seraient faits manipuler par un homme dont Semyon ne veut pas dire le nom.

La cabane

Pendant ce temps-là, l’enquête se divise en deux entre Woodrugh et Bezzerides après la découverte de la cabane où les tortures ont probablement été effectuées. Un petit pas bloqué par un soucis de juridiction un peu étrange, où le shériff de la forêt prend son boulot très à cœur. Mais le cœur de l’enquête est dans cette opération d’infiltration à la soirée mondaine où se déroulent des orgies par Bezzerides où elle veut se faire passer pour une prostituée.

Elle n’est pas très à l’aise et pour cause, Bezzerides semble avoir été abusée plus jeune, et a des visions sous l’effet de drogue, ce qui la rend un peu vulnérable lors de la mission. Donc, résumons. Bezzerides : un père distant et plus concentré sur son groupe religieux, une mère qui s’est suicidée et un abus sexuel étant plus jeune. Woodrugh : un passé militaire lourd, une homosexualité refoulée, une mère pas forcément stable. Velcoro : une ex-femme violée, un enfant qui n’est probablement pas le sien, un statut de flic véreux. Semyon : Une enfance traumatisante et un soucis de vouloir rester le plus propre possible. Pas un seul personnage n’a eu une vie que l’on pourrait qualifier de normale et ils se retrouvent tous sur la même enquête. C’est un peu cliché et assez lourd à suivre parfois.

Pire que ça, on dirait que c’est tout le nihilisme de Rust Cohle qui déteint négativement sur cette deuxième saison, comme si pour s’intéresser à des personnages, ils devaient nécessairement être des êtres perdus et soumis à des addictions diverses et variées. Bizarrement, malgré ce moment d’espoir des deux précédents épisodes, on a l’impression que True Detective se parodie elle-même.

Et c’est dommage car la tension dans le final est bonne et nos héros finissent par retrouver la personne disparue que chercher Bezzerides tout en récupérant des documents et en apercevant l’ex-associé de Semyon avec l’homme d’affaire russe Osip Agranov, on peut dire que l’on tient une belle avancée. Mais tout ce qu’il faut endurer dans la vie privée de chacun pour en arriver là est assez injustifié.

Quand on parlait de la vie privée de Rust Cohle et de Marty Hart, c’est par le biais d’un interrogatoire qui se concentrait autour du comportement de Rust Cohle, et ça permettait une narration fluide car elle essayait de se maintenir tout de même autour de l’enquête. Ici, le passé semble être un grand et vaste frein aux capacités de nos personnages à continuer leur enquête.

Pire encore, les échecs sont nombreux, notamment quand Semyon essaye de retrouver une femme détenant des infos et qu’il doit passer par des dealers mexicains pas très heureux d’avoir été évincé par ce même Semyon. Elle détenait des infos mais a été égorgée avant d’avoir pu donner une quelconque piste, Velcoro rentrera alors encore une fois bredouille.

On tend tout de même à voir une fin décevante arriver avec une résolution assez classique. On peut être perturbé par cette écriture beaucoup plus bégayante de Nic Pizzolatto qui essaye de maintenir un ton mais qui finit par s’enfermer et donner une intrigue assez terne. Deux épisodes, c’est suffisant pour rattraper et laisser un sentiment positif mais c’est aussi trop tard pour donner l’impression que les retrouvailles avec True Detective auront été un franc succès.

À trop vouloir entretenir le mystère autour de l’homme à la tête de corbeau – officiellement porté disparu depuis l’épisode trois, True Detective finit par plutôt créer la confusion autour de son récit, avec un grand manque de lien entre les personnages qui vivent chacun leur vie en dehors de l’enquête, et que l’on subit alors qu’elles n’y ont que rarement un impact. La déception grandit malheureusement, là où si la comparaison avec la première saison ne devrait pas être si forte, elle devient obligatoire tant cette seconde saison fait ressentir la pression mise par ces chers Woody Harrelson et Matthew McConaughey.