Aimer, boire et chanter : Les derniers mots

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Honoré du prix Alfred-Bauer au dernier festival de Berlin, récompense décerné aux films offrant une vision esthétique novatrice et singulière, le dernier film d’Alain Resnais marque aussi la troisième adaptation d’une pièce du dramaturge anglais Alan Ayckbourn après le dyptique « Smoking/ No Smoking » et « Cœurs ».

Synopsys

George Riley est mourant, il ne lui reste plus que six mois à vivre, mais ça, seul Colin son médecin et ami de longue date le sait. Malheureusement il va laisser échapper l’information par mégarde au détour d’une conversation à sa femme Kathryn. Contrairement à son mari, elle ne sait pas tenir sa langue. C’est ainsi que Jack, le meilleur ami de George ainsi que sa femme Tamara vont être mis au courant. Suivront Monica, l’ex-femme du condamné, et Simeon son actuel compagnon. Cette nouvelle va bousculer le quotidien de ces amis qui vont tout faire pour que George ne se sente pas seul dans ses derniers mois. Ils décident alors de l’inclure dans la pièce de théâtre qu’ils préparent, seulement l’intérêt de ces trois dames pour le malade va semer la discorde dans le groupe et dans leurs couples…

Tout comme « Smoking/ No Smoking » en son temps, « Aimer, boire et chanter » présente des décors minimalistes largement inspiré du théâtre afin d’éliminer tout artifice pouvant détourner notre attention du cœur du film : les personnages, mais aussi les acteurs qui les incarnent. Car en plus d’être un vaudeville à la fois drôle et subtil, la nouvelle œuvre de Resnais est surtout une déclaration d’amour à ses acteurs qui s’expriment ici, non pas dans du théâtre filmé comme pourrait dire les détracteurs du cinéaste, mais plutôt dans une espèce d’entre-deux qui rendrait hommage aussi bien aux planches qu’au grand écran.

Le scénario

Les acteurs évoluent donc dans des décors aux allures de « spectacle de fin d’année » colorés et inventifs qui ne cesse de solliciter l’imagination du spectateur durant le film. Pour animer un peu plus cet environnement, Resnais emploie le hors-champ avec brio (encore une fois) densifiant ainsi son histoire.
Si l’aspect-carton pâte en rebutera plus d’un, il est à noter que la lumière y est extrêmement bien maitrisé et rend parfaitement bien tout ses effets. Bravo donc à Monsieur Dominique Bouilleret qui, travaillant aussi bien pour le cinéma que pour la télévision, s’évertue, peut être inconsciemment, à briser les barrières entre les deux et à démontrer les compétences des techniciens de télévision.

Après « Vous n’avez encore rien vu », le dernier né de Resnais nous offre une nouvelle réflexion sur la mort mais aussi sur nos amours, nos vies passés et nos regrets. Ces trois couples, aux femmes fortes et aux maris peu vigoureux, sont à un certain point de leur relation que seul un électron libre comme G. Riley peut chambouler. La mort que symbolise Riley, cette ombre flottante, n’est autre que la peur de la solitude, d’une fin soudaine à leurs relations. Il est à la fois la source de leurs questionnements, de leurs incertitudes et leurs réponses. Il va pousser ces maris apathiques à offrir à leurs femmes la passion qu’elles attendaient dans leurs couples.

Ce qu’on reprochera réellement à Resnais c’est le choix de l’adaptation qui reste tout de même l’une des pièces les moins intéressantes du dénommé Ayckbourn.
En dépit de dialogues assez savoureux et d’un ton plutôt malicieux, l’intrigue fait état d’une absence de force dramatique qui manque cruellement au film, surtout pour une histoire qui brasse des thèmes aussi intenses.
Malgré tout, Alain Resnais nous laissera le souvenir d’un artiste passionné qui n’a jamais eu peur de partir à la conquête de nouvelles terres. Tout du long de sa carrière il aura eu autant d’admirateurs que de détracteurs, mais n’est-ce pas la marque des grands cinéastes ?